CHAPITRE III
sembla bientôt que je m'endormais, que j'étais transporté devant une grande foule et que j'essayais de l'instruire sur des questions, à la vérité, qui m'étaient familières, mais, le croirez-vous? dans une langue inconnue de moimême. Lorsque je m'éveillai de ce rêve étrange, on m'affirma, on me prouva même par des témoignages palpables, qu'il était, comme tout le reste, une réalité. :j^
Me voici maintenant dans la position de l'honnête auteur de cosmographie, dont nous suivions le manuel au petit séminaire : « Où vont, demandait-il en un accès de lyrisme, où vont ces astres chevelus?... » Et il ajoutait entre parenthèses : les comètes. J'ai, moi aussi, le douloureux devoir d'expliquer maintenant tout ce que je viens de dire.
Le nom de Chautauqua, qui sonne très étrange peut-être de ce côté de l'eau, mais qui est on ne peut plus familier aux Américains, désigne premièrement un lac et secondement une institution.
Le lac est bien, des deux, le plus facile à comprendre ! C'est une gracieuse nappe d'eau de dix-huit milles de long et de deux milles de laige, dépassant de quatre cent trente mètres le niveau de la mer, et de deux cent quarante celui du lac Erié, qui en est à trois lieues seulement. Entouré de collines, de bois et de villas, il constitue un des plus agréables séjours d'été de l'Est et du Centre, et l'on n'y vient pas seulement de Buffalo, toute voisine, mais de Chicago et de New- York, lesquelles n'en sont pas à m.oins de cent cinquante lieues.
L'institution, c'est une école qui reçoit, l'été, des milliers d'étudiants de tout âge et qui continue de loin, le reste de l'année, à instruire, soit par des lectures dirigées, soit par des cours ambulants, son immense clientèle. Le succès qu'elle a obtenu a suscité de toutes parts de imitations, qu'elle regarde avec intérêt sans les absorber at qui ont fait de son nom
SO L'AMÉRIQUE DE DKiMAIN
l'appellation commune de tout un système d'œuvres similaires (1). L'Amérique est maintenant, chaque été, couverte, par centaines, de « Chautauquas », petits ou grands, et le Summer Assemhly du lac Ghamplain, décrit au chapitre précédent, est, si l'on veut, un Chautauqua catholique. L'institution mère est toutefois restée, de beaucoup, la plus importante.
Elle fut fondée en août 1874 par Lewis Miller, mort en 1899, et par John H. "Vincent, évêque méthodiste, né en 1832, qui en est le chancelier aujourd'hui encore ; son fils, George E. Vincent, remplit avec maîtrise les fonctions de président. Elle ne se proposait d'abord que de former à leur délicate mission ceux qui se dévouent aux écoles du dimanche ; mais elle ne tarda pas à étendre ses desseins et à embrasser presque tous les ordres d'enseignement. C'est, dans un genre spécialement populaire et souple, une sorte d'Université, où près de cent professeurs, chaque année, donnent les leçons les plus diverses, depuis des cours vraiment supérieurs pour personnes instruites jusqu'à des classes élémentaires pour petits enfants. La session, qui primitivement n'était que de douze jours, en dure aujourd'hui soixante.
Le budget annuel de dépenses va au delà de cent quatre-vingt-cinq mille dollars ; le budget des recettes, au delà de cent soixante-quinze mille. Les biens meubles et immeubles valent sept cent mille dollars. Les dotations n'entrent encore dans cette somme que pour soixante et un mille quatre cent treize, mais elles ne peuvent manquer de progresser, et l'institution avancera toujours dans la voie où elle est entrée de dépenser pour ses « étudiants » plus qu'ils ne lui donnent (2).
(1) Quelques-unes de ces entreprises, désavouées par l'œuvre principale, ne poursuivent qu'un but lucratif.
(2) Il est payé six dollars pour un cours complet, onze dollars