CHAPITRE IV
pasteur connaisse tout son monde individuellement. Bien que nous ayons, par grande exception, une paroisse de près de vingt mille âmes, pour des Polonais, qui tiennent à rester ensemble, notre idéal est de grouper les fidèles par quatre ou cinq cents familles. Avec ce principe et le perpétuel accroissement de la population, vous vous expliquez que nous ayons souvent à fonder des paroisses nouvelles.
— Quelles ressources donnez-vous au prêtre qui en est chargé?
— Des ressources ? Aucune. Il faut que ce soit son œuvre à lui. Une fois nommé, il cherche sur sa circonscription un terrain convenable pour l'église, l'école et le presbytère, et il emprunte pour l'acheter.
— Il emprunte à qui?
— Aux banques. Il doit d'abord nous soumettre son choix d'emplacement. Si le choix convient, l'archevêché l'approuve et se porte garant. N'empêche que c'est au prêtre de trouver l'argent et de tout acquitter. Il y arrive comme il peut, généralement assez vite ; les gens sont heureux d'avoir leur paroisse et savent qu'il faut la payer. Vous verrez que votre ami de Vos s'en tirera très bien.
En tout ce que dit le jeune évêque on sent la confiance, la vie, en même temps que la sagesse, le zèle, un sens à la fois très pratique et très noble de tous les besoins présents du catholicisme. Pourvu que l'épiscopat des Etats-Unis continue de se recruter comme il l'a fait depuis longues années, l'Eglise y réussira autant ou plus que nulle part au monde.
Et Chicago sera, Chicago est déjà l'un des plus actifs foyers de la vie catholique. Le diocèse, pour plus de moitié compris dans la ville, compte un archevêque et 3 évêques, 452 prêtres séculiers et 191 réguliers, 296 paroisses, 115 églises ou chapelles de secours, 125 écoles paroissiales, 33 pensionnats ou collèges;
et ces statistiques, pourtant les dernières, ne sont plus, quand je les publie, à la hauteur des progrès réels (1). Les prêtres de Chicago que j'ai rencontrés, chez Mgr Muldoon et chez mes Paulistes, à Saint-Jarlath, à Saint-Malachie, à Saint- Jean Berchmans, à la Catholic Church Extension Society (dont nous parlerons en détail), joignent à beaucoup de zèle une vraie distinction. En général, du reste, et quoi que l'on dise ailleurs, la moyenne du clergé catholique aux Etats- Unis est plus « gentleman » et juste aussi instruite qu'en nos vieux pays. Si les prêtres de très grand savoir y sont encore peu nombreux, comme il est inévitable avec l'activité intense qu'exige la création perpétuelle de paroisses et de diocèses nouveaux, cependant il existe déjà des grands séminaires d'une valeur telle qu'on en trouverait peu de semblables dans la vieille Europe; ainsi, pour pai'ler seulement de ceux que j'ai étudiés, les séminaires de Rochester, de New- York, de Saint-Paul, de Boston, de Baltimore. La plupart des diocèses, jusqu'ici, sont assez raisonnables pour envoyer leurs clercs dans quelque séminaire bien organisé, au lieu d'en vouloir à tout prix créer un chez eux malgré l'absence des ressources nécessaires. C'est dans une pensée semblable que Pie X a obligé les petits diocèses d'Italie à sacrifier leurs embryons de séminaires et, qu'en France même, nous avons vu assez récemment les diocèses de Sens et de Troyes réunir leurs jeunes clercs en une seule maison deux fois mieux équipée.
(1) Le Catholic Directory ne donne pas le chiffre total des diocésains de Chicago; mais on peut l'évaluer à un million, le nombre des enfants qui fréquentent les écoles catholiques étant, en 1907, de 97 845,