CHAPITRE IV
sion intérieure «. De 1822 à 1905, ajoule-t-il, la Propagation de la Foi distribuait 71 000 000 de dollars, et l'on peut admettre, suivant une estimation plutôt large, que l'ensemble des autres œuvres catholiques en donnait autant ; cela ferait donc 142 000 000 de dollars pour toutes les missions catholiques réunies; or, dans le même intervalle de quatre-vingt-trois ans, les protestants en ont dépensé 232 000 000 pour leurs seules missions des Etats-Unis, soit 90 000 000 de plus que l'Eglise romaine dans le monde entier. Aujourd'hui, la moitié des paroisses méthodistes, baptistes, épiscopaliennes, congrégationalistes, sont entretenues par les diverses sociétés de « missions intérieures ». Le bulletin de juin 1909 fait ressortir qu'aux Etats-Unis 1 821 504 Presbytériens ont bâti 16478 ég^ses et entretiennent 12 723 pasteurs, tandis que les 14 millions de catholiques y po.^sèdent seulement 12 762 églises avec 15 655 prêtres.
Les zélés promoteurs de l'Extension catholique se gardent bien de tirer de pareils faits des conclusions humiliantes ou des reproches. Ils expriment très haut leur reconnaissance pour les dizaines de millions qu'a donnés à leurs pères l'œuvre admirable de la Propagation de la Foi; ils savent que leur Eglise ne compta pendant longtemps qu'un petit nombre de fidèles et qu'elle n'avait ni assez de clergé ni assez de ressources pour suffire aux besoins même les plus urgents; ils comprennent bien que chaque évêque se soit laissé, dans ces conditions, absorber par le soin de son propre diocèse, chaque prêtre par le souci de son église, de son presbytère et de son école, chaque laïc même par l'entretien des œuvres de sa paroisse. Mais le temps leur paraît, à bon droit, venu où, dans beaucoup de villes, sinon presque toutes, les catholiques, n'ayant plus comme jadis à se préoccuper du strict nécessaire, doivent consacrer une part au moins de
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lour superflu à soutenir la « mission intérieure », à envoyer et à faire vivre des missionnaires partout où besoin en est, à sonner autour des nouvelles églises le rappel des fidèles que l'isolement perd, à assurer le pain de la parole et celui de l'Eucharistie aux âmes qui tombent d'inanition, à évangéliser, en un mot, ces foules de païens dont le nombre va sans cesse croissant dans nos sociétés qui se disent chrétiennes.
Et ces vues si justes n'ont pas mis longtemps à faire leur chemin. Rien ne paraît capable d'entraver le brillant et rapide succès de la nouvelle œuvre d'apostolat. Même au plus fort de la crise financière, les souscriptions ont afflué. Au début de 1908, les membres fondateurs, qui versent chacun 5 000 dollars (25 000 francs), étaient au nombre de 10; les membres à vie, qui versent 1 000 dollars, étaient plus de 150, et beaucoup d'autres contributions personnelles ou de quêtes dépassaient 100 dollars. Un « homme de l'Est » venait de promettre 100 000 dollars, si l'on en trouvait 900 000 autres, et il n'est pas impossible que le défi soit relevé. En deux semaines seulement, du mois de décembre 1908, il était venu, par l'entremise de 300 prêtres, 10 000 petites souscriptions (1).
L'emploi des fonds ne subit, du reste, aucun retard. A chaque réunion du « corps des gouverneurs », dont l'archevêque de Chicago est le président et qui compte toujours quatre hommes d'affaires expéri-
(1) On trouvera des renseignements encore plus récents et plus complets sur tous les développements de l'Extension dans le compte rendu du grand congrès qu'elle a tenu à Chicago du 15 au 18 novembre 1908, sous la présidence du délégué apostolique, Mgr Falconio, et en présence de plus de cinquante archevêques ou évêques. Ce compte rendu est publié chez J.-S. Hyland and C", à Chicago. — En juillet 1909, le bulletin de la Société nous apprend que les membres fondateurs, qui donnent 25 000 francs, atteignent le chiffre de dix-sept.