L UNIVERSITE DE CHICAGO
Vie intellectuelle. — Histoire de l'Université de Chicago. Les cent millions de John D. Rockefeller et les quarante millions des autres fondateurs. — Ressources et édifices. — Les cadres de l'enseignement régulier. — Le département de V Extension. — Le trimestre d'été. — Sermon d'un prêtre catholique à l'Université. — Le Credo commun des chrétiens. — Sciences religieuses et sciences sociales. Le professeur Henderson. — Settlements universitaires. — Maisons d'étudiants. — Une institution originale : les fraternités de lettres grecques. Delta Upsilon. — Le Daily Maroon, journal des étudiants. — Imprimerie de l'Université.
Une ville qui donne naissance à des œuvres de cette envergure a droit de n'être plus simplement regardée comme un centre de production et de richesse matérielles. Et ce n'est point la seule manifestation puissante de la vie de l'esprit qui m'ait frappé à Chicago, Dans les salons d'amis déjà vus au premier voyage et qui ne le cèdent en bonne grâce, ni d'ailleurs, en causticité, à personne du vieux monde; dans les groupes de professeurs, d'avocats, de journalistes, avec qui successivement je suis invité par le jeune directeur de la Tribune, M. Me Cormick, par l'avocat 0' Keefe et pai* le doyen qui remplace, à l'Université, le président an vacances; au Board of Education,on le très aimable M. Megan m'explique l'organisation de l'instruction publique et comment la cité ou l'initiative religieuse fournissent l'enseignement secondaii'e
gratuit, dans dix-sept High Schools, à quatorze mille adolescents des deux sexes entre quatorze et vingt et un ans (1) : partout j'ai eu l'occasion de fortifier en moi l'idée, au reste peu originale, qu'il est temps pour l'Europe de renoncer à se croire la seule partie du monde qui mérite vraiment le nom de civilisée. Nous avons notre passé glorieux, avec les monuments d'art qu'il a semés pour nous le long des siècles, avec raffinement qu'il a, goutte à goutte, creusé dans les âmes comme l'eau creuse la pierre du rocher, et je ne prétends point que les cités neuves d'Amérique ou d'Australie rivalisent de sitôt, ni peut-être jamais, en beauté profonde, avec Sienne, Florence, Paris ou Oxford. Mais ce n'est pas une raison, non plus, de mépriser les civilisations plus jeunes et de traiter de sauvage quiconque se permet de différer de nous. A ce compte, les Chinois pourraient nous toiser de belle manière, comme je crois que, du reste, ils ne s'en font pas faute.
Certaines circonstances favorables, une invitation pleine de bienveillance, des relations d'amitié avec des professeurs et des étudiants m' ayant permis d'observer de plus près qu'aucune autre la jeune et prospère Université de Chicago, je voudrais en parler avec insistance. L'effort très consciencieux qui s'accomplit en Amérique pour élever la nation au plus haut degré possible de culture morale et intellectuelle, ressortira peut-être mieux d'une seule description un peu détaillée que de plusieurs aperçus rapides. Nous avons parlé déjà, en ce livre et dans le précédent, de ce qui se fait pour l'éducation des classes laborieuses; sans les exclure du présent chapitre (car il n'y a pas d'ins-
(1) L'enseignement élémentaire, qui est obligatoire jusqu'à quatorze ans, est donné dans 240 écoles. Il est gratuit, cela va sans dire, de même que celui des écoles du soir, ouvertes à tout le monde, sans limite d'âge,