CHAPITRE V 7a
titulion américaine qui ne leur fasse une part), nous allons surtout chercher quel secours rencontre la jeunesse qui a le goût et le moyen de se livrer aux études supérieures.
L'Illinois possède plusieurs centres de haut enseignement et, entre autres, V Université même d" Illinois qui est entretenue par l'Etat. 'L'Université de Chicago est, comme la plupart de celles d'Amérique, absolument indépendante des pouvoirs officiels. Son nom fut d'abord celui d'une première entreprise qui échoua et qui disparut en 1886. M. John D. Rockefeller eut, bientôt après, l'idée de fonder sous le même titre une œuvre nouvelle et que son immense fortune allait lui permettre de rendre plus durable. Après avoir mûri le projet avec M. William R. Harper, l'un des professeurs et éducateurs les plus autorisés de toute l'Amérique, il s'assura le concours moral de la Société Baptiste d'enseignement et fit approuver par elle son projet à l'assemblée annuelle tenue à Boston en mai 1889. Il s'inscrivit immédiatement pour 600 000 dollars, à condition qu'on en trouvât 400 000 autres avant le 1®' juin de l'année suivante. Rien de plus fréquent, aux Etats-Unis, que des appels de ce genre : « Trouvez deux millions, j'en donne trois. » Et l'on est sûr de réussir. Nous recommandons le procédé aux mécènes français.
En septembre 1890, la nouvelle Université était incorporée, c'est-à-dire qu'elle recevait l'existence juridique, et M. Harper en était élu président. Elle n'était pas encore ouverte, qu'un autre donataire, William B. Ogden, lui léguait 500 000 dollars ; deux ans plus tard. Miss Helen Curvey, de Chicago, lui offrait une propriété qui en valait un million. M. Rockefeller lui donna bientôt un nouveau million, qu'il a depuis fait suivre de beaucoup d'autres : on peut évaluer à vingt millions de dollars, ou cent millions
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de francs, le chiffre actuel de ses contributions. Une pareille munificence, jointe à l'initiative qu'il a prise dans le lancement, explique la mention qui est ajoutée au titre officiel à^ Université de Chicago ;« fondée par John D. Rockefeller ». Elle ne paraît pas se soucier outre mesure des reproches qu'on lui fait de cette origine, ni du surnom à'Oil U niversity {UmYersité du pétrole) qu'on lui attribue parfois. Sans compter que l'argent gagné à vendre du pétrole pourrait trouver un moins bon emploi que l'encouragement des hautes études, il n'est pas vrai que la jeune école ait le moins du monde aliéné son indépendance dans les mains du célèbre milliardaire, ni même qu'elle ne soit redevable qu'à lui de son existence. Les générosités venues d'autre part atteignent, à peu près, le chiffre appréciable de quarante millions de francs, et les principales d'entre elles ont valu à leurs auteurs le parrainage de halls, de chaires, de maintes fondations sur quoi ne plane en aucune manière le nom discuté ni la figure glabre du roi des pétroles.
Les seize ans d'existence que compte, au temps de ma visite, l'Université de Chicago lui donnent, pour l'Amérique, un ah' presque ancien et traditionnel. A la qualité de ses maîtres, au nombre de ses étudiants, à l'abondance et à l'excellente organisation de ses cours, à la valeur de ses instruments de travail, à l'ampleur et à la dignité de ses édifices, on hésite à la reconnaître, ce qu'elle est cependant, pour une improvisation — l'improvisation, il est vrai, d'un éducateur de premier mérite et de mécènes, si je l'ose dire, inépuisables. Le tonneau des Danaïdes perdait tout ce qu'on y versait; certaines fortunes d'Amérique semblent garder tout ce qu'on en retire.
L'Université de Chicago a fait bon usage de ses cent quarante millions. Elle trouve presque à se suffire, maintenant, dans ses ressources normales, et nous