‹ L'Amérique de demainChapitre 39 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

voyons que l'an passé son déficit n'a été que de 191 345 dollars, si bien que les lai'gesses récentes et futures passeront, la plupart, en fondations neuves. Bien que l'équilibre budgétaire, en de pareilles conditions, ne soit pas ce qui émerveillera le plus un recteur français, la question financière exerce, toutefois, sur le moral assez d'influence pour qu'il y ait lieu d'en dire quelques mots. Du l^r juillet 1905 au 30 juin 1906 les recettes se sont chiffrées, en dollars, à 2 796 791 et les dépenses à 2 988 136. La richesse mobilière était de 4 400 117 dollars, en placements très sûrs et d'un revenu moyen de 4,17 pour 100. La propriété foncière était de 3 889 918 dollars; la valeur des édifices utilisés pour l'enseignement était estimée à 4 422 874. Le terrain possédé était de 66 acres 12, et le coût, avec les diverses améliorations, en revenait à 2 761 803 dollars.

Ces deux derniers chiffres sont de nature, croyonsnous, à impressionner le lecteur. Un emplacement estimé quatorze millions de francs, des édifices qui en coûtent près de vingt-trois, voilà qui ne donne pas l'idée de constructions banales, L'Université de Chicago est située, en effet, aux limites de la ville, juste entre deux parcs immenses, Washington et Jackson, sur les bords d'une avenue, Mid^vay Plaisance, qui les rattache l'un à l'autre et dont les pelouses, les arbres, constituent déjà pai- eux-mêmes une splendide promenade. C'est là qu'ont surgi, dans une irrégularité voulue et savante, les vingt et quelques édifices où s'organise et se distribue la vie intellectuelle, morale et matérielle du grand corps universitaire. Séparés par des bosquets et par des pelouses constamment fraîches, ils s'essayent à rappeler Oxford et Cambridge et ils y réussiraient d'autant mieux, si l'antiquité ne leur faisait défaut, qu'ils sont tous construits dans le style anglais de la Renaissance. Grâce à la

noblesse et à la gravité de cette architecture, la nouveauté n'en est pas criarde et l'on hésite à regretter, malgré sa poésie, la grisaille, la noirceur plutôt, qu'impriment aux vieilles murailles les brumes rongeuses de l'Angleterre. Même dans leur jeunesse grave, il est tels édifices, comme le laboratoire de physique et celui de chimie ou comme Mandell Hall, qui rappellent sans trop d'inégalité les plus beaux halls oxoniens de Balliol ou de New-College, et la tour Mitchell, aperçue de Hull-Court, est une fort belle réplique de la divine tour de Magdalen.

Les cadres de l'enseignement, moins rigoureux que dans le vieux monde, permettent aux Universités américaines de donner une instruction beaucoup plus variée que les nôtres. Pour nous en tenir à l'Université de Chicago, il n'est presque rien qu'on n'y puisse apprendre, sauf à devenir architecte, agriculteur ou ingénieur. Les arts et les lettres, les sciences, la théologie, le droit, l'éducation, le commerce et l'administration y forment autant de facultés distinctes et il en existe une spéciale, sous le nom de United Faculty of Junior Collèges, pour s'occuper des étudiants de première et de seconde année. Gomme plusieurs de ces noms ne répondent qu'imparfaitement à ce qu'ils évoquent d'ordinaire chez nous et comme il serait trop long de les expliquer, les spécialistes qu'intéresserait à bon droit cette matière consulteront les rapports annuels du président, toujours très complets, et VAnnual Register qui ne contient pas moins de quatre cent quatre-vingt-quatre pages de documents précis. Disons seulement que les facultés se divisent en soixante et un départements spéciaux d'instruction, où se trouvent enseignés tous les programmes de nos facultés françaises — lettres, sciences, droit, médecine, théologie même — et ceux de la plupart de nos grandes écoles. Je n'ai pas eu la patience de

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faire le compte des professeurs, mais il ne me parait pas inférieur à cinq cents, et quelques-uns donnent plusieurs cours. Les instruments de travail ne manquent pas plus que les maîtres : la bibliothèque, en avril 1907, renfermait 447 166 volumes (1) et recevait 1 500 périodiques ; la chimie, la physique, les sciences biologiques ont chacune leur laboratoire, comme la géologie et les sciences orientales ont leur musée propre et comme l'astronomie a son observatoire.

On voit que toute l'organisation est tracée sur un plan grandiose et témoigne d'une absolue confiance dans l'avenir. L'augmentation rapide des effectifs scolaires justifie un tel sentiment. Dès la première année 1892-1893, le nombre des élèves inscrits dans les Collège and Graduais Classes, c'est-à-dire dans les cours qui correspondent à notre enseignement secondaire et supérieur, fut de 698. Il s'élevait les annés suivantes à 920, 1 347, 1 815, 1 880, 2 307, 2 959, pour dépasser 3 000 en 1899-1900. En 1905-1906, il était de 5 079, parmi lesquels 483 inscrits suivaient les cours du collège universitaire et 1 737 n'étaient présents que dans le trimestre d'été; ce qui laissait un total de 2 859 pour ceux que nous appellerions étudiants, au sens français du mot.

A cet enseignement régulier et direct, il faut ajouter celui qui vient du département de l'Extension. L'Extension universitaire consiste, on le sait, à faire rayonner l'enseignement supérieur au delà de l'Université au moyen de cours ambulants, de travaux par correspondance, de lectures dirigées et de prêts d'ouvrages. Ce système existe depuis longtemps en Angleterre,

(1) On se fera l'idée assez exacte de l'accroissement régulier et des ressources de la bibliothèque, si nous disons que dans les mois d'octobre, novembre et décembre 1908, il a été acheté 3 141 volumes, pendant qu'on en recevait 1 272 en pur don et 237 par échange.

OÙ il est né, et il est même entré dans la pratique de quelques universités françaises, officielles ou libres. Il était trop démocratique pour ne pas se répandre promptement aux Etats-Unis, et nous l'avons vu pratiqué avec succès par l'institution de Chautauqua. L'Université de Chicago s'en est occupée dès le début et n'a cessé de s'y dévouer. En 1906-1907, elle a fait circuler 6 000 volumes et donner à 51 772 auditeurs, en 147 centres différents, 191 cours de six leçons chacun. La ville même en a reçu pour sa part 37, le reste de l'Illinois 27, le Michigan 21 ; les 62 autres ont été répandus un peu sur tout le territoire; on en a compté 4 en Californie, et le lointain Etat de Washington en a lui-même entendu un. Le total des cours distribués depuis 1892 est de 2 325, ce qui ne fait pas moins de 13 950 leçons.

Il ne faut pas confondre avec V Extension ce que nous avons indiqué sous le nom do trimestre d'été et qui n'existe pas, croyons-nous, ailleurs. L'Université de Chicago n'admet pas de vacances prolongées. L'année scolaire, par une anomalie tout à fait spéciale, y est divisée en quatre trimestres de chacun douze semaines; ceux d'automne et d'hiver sont suivis de huit jours de repos; il y a des vacances un peu plus longues après le trimestre d'été, mais aucune après celui du printemps. Chaque trimestre commence par des rentrées et se conclut par des examens comme s'il formait une année complète. La raison principale d'un pareil usage est qu'on a voulu rendre l'enseignement et les grades universitaires accessibles à plus de monde, tout en les maintenant à hauteur convenable. Le « terme » d'été, sans être fermé aux étudiants habituels, sert surtout aux personnes qui ne sont pas

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