‹ L'Amérique de demainChapitre 40 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

libres en d'autres saisons et notamment aux maîtres de l'enseignement élémentaire. A trois mois ou même à six semaines par an, car on a exprès pour eux dédoublé le trimestre, ces étudiants exceptionnels n'avanceront sans doute pas très vite, mais enfin ils recevront, s'ils y tiennent, le bénéfice de l'éducation supérieure. C'est, une fois de plus et comme dans les High Schools, l'idée bien américaine d'égaliser les chances pour tous les capables.

Le trimestre d'été n'est donc pas ce qu'on appelle un Summer Meeting, un enseignement spécial et vulgarisé comme en ont établi, pai' exemple, les Universités d'Oxford et de Cambridge, de Caen, de Grenoble et même de Paris. Il fait partie intégrante de la vie universitaire complète et les facultés de droit, de médecine, de théologie, de philosophie et des arts y fonctionnent comme dans le reste de l'année. A cause, toutefois, du grand nombre des instituteurs et institutrices, les branches relatives à l'éducation y sont les plus favorisées.

D'autre part, l'Université tient un peu compte de la saison en offrant à ses hôtes, pour les reposer, quelques concerts, quelques représentations de Shakespeare et des conférences libres, qui sont au nombre de quatre ou cinq par jour. C'est dans cette dernière série que je fus invité àpai'lerde la situation politique et religieuse de la France contemporaine. On voit que ce genre de distractions ne présente rien de dévergondé. L'auditoire, fort mêlé, de gens du monde, de professeurs, d'étudiants, de clergymen, ne me parut pas différer beaucoup de ce qu'il est dans les cours publics des autres universités au milieu de l'année scolaire (1).

(1) Notons en passant que la plupart des universités américaines s'abstiennent de donner, comme font les nôtres, des cours publics et gratuits.

Le dimanche, on ne parle qu'une fois, et c'est pour faire un sermon. J'eus l'honneur d'être, à mon tour, VUniversity preacher ; et, comptant que mes lecteurs voudront bien sortir de leurs habituelles préoccupations pour apprécier en elle-même seulement une situation qui n'a point d'analogue chez nous, je raconterai avec candeur cette expérience, la plus émouvante de tout mon voyage.

Lorsque le professeur Henderson, qui est à la tête de l'enseignement et du service religieux, m'invita par lettre à prêcher le sermon d'université le dimanche 21 juillet, il ne manqua pas de me dire qu'il serait tenu absolument compte des exigences de notre Eglise ; qu'au reste, l'on avait déjà entendu, dans les mêmes conditions, un orateur catholique, l'illustre évêque de Peoria ; et, qu'enfin, considération décisive, la cérémonie avait lieu, non dans une église, mais dans la plus belle salle de concerts et de conférences. J'acceptai en demandant que tout se passât comme pour Mgr Spalding. Il fut convenu, en conséquence, que je n'entrerais qu'après la fin des prières et qu'il y aurait séparation marquée entre le service et mon discours.

La Providence permit que ce fût mieux encore, et que, sans blesser les convictions de nos frères séparés, il n'y eût rien que de catholique dans toute la cérémonie. La veille, en effet, j'étais à peine aiTivé chez mes chers Paulistesque j'y recevais la visite de M. Henderson. Après les premières effusions de l'amitié, — car c'est un ami pour moi, et tous ceux qui le connaissent comprendront que je sois fier de le dire, — il me parla de la cérémonie. Je priai le supérieur des Paulistes, le P. O'Gallaghan, de rester avec nous et de me donner son avis. Ancien élève d'Harvard et ayant eu lui-même à faire un sermon dans cette célèbre université, d'autre part aussi remarquable par sa largeur de vues que par sa sûreté doctrinale et dis-

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