‹ L'Amérique de demainChapitre 42 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

envoyé, une assistance attentive, religieuse, désirait de moi les paroles d'amour et de vérité. II mo semble que, si j'eusse été assez maître du langage, ma voix aurait trouvé sans peine le chemin des cœurs et je les aurais tous embrasés des sentiments qui me brûlaient.

Obligé de m'en tenir au discours préparé, j'eus du moins la consolation de penser qu'il s'harmonisait à la circonstance, et, à défaut d'autres qualités, ce fut avec conviction que le pauvre envoyé de Dieu s'acquitta de son message.

J'avais pris pour sujet the Common Creed oj Chrislendom, le Credo commun de la chrétienté, c'est-à-dire le symbole des apôtres, gardé, dans les mêmes termes par les catholiques et par les diverses branches du protestantisme. Après avoir nettement déclaré « que l'amitié attestée par cette réunion ne reposait pas sur un malentendu, et qu'il ne s'agissait point de m.éconnaître nos différences trop réelles, notamment en ce qui touche la notion d'autorité religieuse, je rappelai qu'entre nous tous, chrétiens, il reste pourtant le respect des mêmes livres saints, une même morale, celle du Décalogue et de l'Evangile, mais surtout un même formulaire de foi, un Credo identique, the Common Creed of Chrisiendoiyi. J'essayai de montrer le chemin glorieux qu'avait parcouru le symbole des apôtres tout le long des siècles pour descendre jusqu'à nous, depuis le temps des catacombes, depuis la conversion des empereurs romains et des peuples barbares, depuis saint Irénée et Tertullien. « On récite, ajoutaije, on récite au Gap, à Melbourne, à New-York le Credo des martyrs de Rome, d'Antioche et de Lyon. Et aujourd'hui un prêtre catholique romain vient des bords de la Seine à ceux du lac Michigan, de l'antique Lutèce à la jeune Chicago, glorifier le même symbole des apôtres devant des chrétiens la plupart séparés

de lui sur beaucoup de points, mais heureux de répéter avec lui ou plutôt avec l'élite de l'humanité : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, et en Jésus- « Christ, son fils unique, Notre-Seigneur. »

Plus longuement que ces gloires extérieures de notre commun Credo, j'essayai d'en retracer la beauté intérieure, et d'exposer la synthèse magnifique des vérités qu'il nous affirme : vie intime de Dieu dans la Trinité ; élévation absolue de l'humanité et de la création à cette vie suprême dans le Christ, Dieu incarné ; communication de cette même vie à chacun de nous par le Rédempteur et parles moyens de grâce qui nous appliquent ses mérites; beauté enfin du plan providentiel qui nous lie dès maintenant entre nous et avec Jésus-Christ par la communion des saints, — qui élèvera même la création matérielle jusqu'à Dieu par la résurrection de la chair, — qui nous ménage la perfection de l'unité et du bonheur dans la jouissance prochaine de la vie éternelle.

Et je souhaitai que, mieux comprise, une telle bonté de Dieu augmentât notre amour pour lui et notre charité mutuelle ; je priai « pour que grandît de jour en jour notre foi commune en cet admirable symbole des apôtres, qui demeure pour nous tous, malgré tant de séparations, le signe ineffaçable de la fraternité entre disciples du Christ, l'étoile qui guide nos pas vers la patrie commune et qui brille si haut dans le ciel qu'elle peut être aperçue de tous ». — « Honneur à vous qui croyez, » dis-je en terminant ; et à ces paroles de saint Pierre j'ajoutai : « Honneur aussi à ce que nous croyons, honneur à notre symbole fidèlement gardé, joyau le plus précieux de notre ancien patrimoine, touchant souvenir de l'union passée, gage et promesse des réunions futures. »

L'inspiration me vint, pour conclure, de proposer que nous récitions ensemble notre Credo, et ce fut

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