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CHAPITRE V

fait d'une même voix, d'un même cœur, avec une gravité et une émotion que jamais je n'oublierai.

Des exemples de tolérance comme celui que je viens de rapporter s'associent trop facilement, pour l'esprit des Français, avec l'idée de scepticisme ou tout au moins d'indifférence. La foi, d'une part, l'incrédulité, de l'autre, leur apparaissent d'ordinaire sous la forme combative; et on les étonnerait beaucoup en leur disant que l'université où le prêtre catholique a pu recevoir un pareil accueil sans cacher aucun de ses principes, est l'une des rares, aux Etats-Unis, qui se rattachent à une secte protestante bien déterminée. Il est très vrai que dans cette université, comme dans la plupart des autres, nombre de maîtres et d'élèves ont perdu toute foi pratique; aussi se garde-t-elle d'exiger un credo quelconque sous peine d'exclusion. Mais, sans compter qu'elle ne permettrait à personne de combattre ouvertement la religion comme telle, — en cela, du reste, semblable à toutes les écoles du pays, — elle favorise l'action des différentes églises qui veulent bien s'occuper de ses étudiants, et, pour son propre compte, d'une manière positive et officielle, elle distribue un enseignement religieux qui se rattache à la secte des Baptistes. Lorsque M. Rockefeller souscrivit son premier don de cinq millions de francs, il stipula que le « séminaire théologique de l'Union Baptiste », établi à Chicago depuis 1867, deviendrait l'école théologique de la nouvelle université, et qu'un million serait consacré à cette transformation. La faculté de théologie, d'où relève cette école, comprend, de plus, un séminaire anglais, un séminaire suédois, un séminaire danois-norwégien et enfin le « collège de science religieuse et sociale ».

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Avec les sciences auxiliaires de la théologie, comme les langues orientales, on enseigne naturellement dans les séminaires le dogme, la morale, l'exégèse, l'homilétique, la pastorale, l'histoire religieuse. Mais l'institution, dans ce groupe, qui paraîtra la plus éloignée de nos catégories, est bien celle du collège de science religieuse et sociale. Les étudiants auxquels il s'adresse, lisons-nous dans un document officiel, sont : 1" ceux qui se destinent au secrétariat des associations de jeunes gens chrétiens (1) ou à des fonctions analogues ; 2° ceux qui veulent exercer la médecine dans les pays de mission et qui devront, au reste, étudier cette science dans la faculté spéciale ; 3° ceux qui, se préparant au ministère paroissial, ont été empêchés par l'âge ou d'autres circonstances d'y consacrer le temps habituel dans les séminaires ; 4° ceux qui se proposent de collaborer aux différentes œuvres de philanthropie, telles que le secrétariat des offices de bienfaisance, l'enseignement religieux ou profane dans les maisons pénitentiaires. Nous trouvons au programme, dans les deux premières années (avec quelques variantes suivant qu'on se prépare ou non à exercer le ministère), l'étude de l'ancien et du nouveau Testament, l'économie politique, la science sociale, l'histoire, le grec, les langues vivantes, l'hygiène, la parole publique. Dans les cours supérieurs sont enseignées les mêmes matières, à des degrés plus avancés, et en outre la philosophie, la psychologie, la physiologie, la pédagogie, l'homilétique, l'histoire religieuse, la sociologie ecclésiastique. Le professeur et directeur de ce dernier département est M. Charles R. Henderson,

(1) En anglais Y. M. C. A. (Young men Christian Association). Ce sont des cercles qui servent de centre moralisateur, religieux et social pour la jeunesse dans toutes les villes où se trouvent des protestants en assez grand nombre. Celui de Paris, qui siège 14, rue de Trévise, est des plus prospères.

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