CHAPITRE V
prêtres pour s'occuper officiellement des jeunes catholiques; et il y a lieu de penser que ce projet se réalisera, comme je l'ai vu réalisé à Harvard et à l'Université de Californie, comme il l'est à Cornell, dans le diocèse de Rochester. Mais il est assez clair, par tout ce qui précède, que l'université ne se désintéresse pas de la vie religieuse de ses étudiants. Tâchons, à présent, de faire voir comment elle s'ingénie, suivant l'expression anglaise, à « rencontrer tous leurs autres besoins », à leur offrir les moyens de se développer en tous les sens.
Qu'elle leur procure avec somptuosité, dans sa propre enceinte, gymnases et emplacements de toutes sortes pour leurs jeux et exercices physiques, je n'y insisterai pas; ce n'est point, en Amérique, une noie originale. Mais ce qui m'a paru tout à fait caractéristique, c'est le fait d'assurer à ses pupilles une vie assez collective pour qu'ils échappent aux périls de l'isolement, et toutefois assez personnelle, pour qu'ils se sentent constamment responsables d'eux-mêmes. A ces deux nécessités, d'apparence contradictoire, on a essayé de répondre du même coup en suscitant ou organisant, sous le nom général de maisons universitaires, Unwersity houses, une quantité de groupes autonomes. C'est ici, comme partout en Amérique et en pays particulariste, la tendance constante aux petits organismes pleins de vie, même s'ils doivent être compliqués, avec une belle indifférence pour l'ordre grandiose et uniforme des embrigadements qui ne produisent rien.
Pour mettre un peu de clarté dans cet ensemble presque inextricable, divisons les étudiants en trois catégories : ceux qui résident en ville, ceux qui habitent les dormitories, ceux qui vivent en fraternités.
Les premiers ne sont pas, comme on pourrait le croire, abandonnés à eux-mêmes. A l'intérieur de l'université, différents clubs leur sont ouverts, où ils peuvent travailler à part ou en commun, s'exercer à la parole, jouer, faire de la musique, prendre leurs repas. Deux restaurants à la carte sont accessibles à ceux qui les préfèrent, un pour les étudiants, l'autre pour les étudiantes. On a même pris des arrangements pour ceux qui apportent leurs provisions. Les jeunes gens trouvent en ville des chambres à partir de 1 dollar 25 cents par semaine (6 fr. 25) et des pensions à parlir de 4 dollars 50 cents (22 fr. 50).
Les dormitories, qu'il ne faut pas traduire par dortoirs, sont au nombre de neuf, quatre pour les étudiantes et cinq pour les étudiants. Ce sont des sortes de maisons de famille avec un salon commun et avec des chambres particulières dont le prix varie de 20 à 74 dollars par trimestre. Le directeur, — ou, chez les femmes, la directrice, — est nommé par l'université ; mais les pensionnaires se recrutent par cooptation. Les jeunes gens n'y prennent point leurs repas; ils vont au restaurant universitaire. Mais les dormitories de jeunes filles comportent une pension qui revient à 42 dollars par trimestre (1). Je fus invité à Beecher- Ilouse, par la directrice, miss Elizabeth Wallace, une aimable et savante élève en philologie romane de mon ami l'abbé Rousselot. Les étudiantes étaient au
(1) Voici, en dollars, le tableau de ce que dépense annuellement un étudiant qui vit à l'Université :
Tarif ŒodMte. Tarif rao.vjn. Tarif 5up(!rieiir. Droits d'inscription et frais d'enseignement 120 120 120
Logement 60 105 225
Pension 100 126 225
Blanchissage 15 25 35
Livres et fournitures scolaires... 10 20 50
Total 305 396 055