CHAPITRE VI m
Rousiers, dans sa Vie américaine, ne manque pas de la signaler comme la plus importante « ville de viande » après Chicago et Kansas-Gity, comme un de ces débouchés où le chemin de fer amène, par milliers et milliers chaque jour, les bœufs, les porcs, les moutons des territoires d'élevage. Aux immenses étendues de maïs et de prairies il faut que toujours correspondent les stock yards ou enclos qui reçoivent le bétail au sortir du wagon, et les packing houses, c'est-à-dire les abattoirs où on le tue, le dépèce, le cuisine, Vempaquète et enfin l'expédie dans tous les coins de l'Amérique, sinon même du monde. Omaha, dans ce commerce, occupe la troisième place : elle recevait 243 180 animaux en 1879 ; en 1906, elle en a reçu 6 101 318. Et la boucherie est loin d'être son unique ressource. Dans l'ensemble de son commerce, qui dépassait, dès 1906, 2 milliards de francs, — et que favorisent de grandes voies ferrées, notamment celles de r Union Pacific, qui a donné le grand élan à cette partie des Etats-Unis, — il faut faire une place importante aux céréales, maïs et blé, à la fabrication du matériel de chemin de fer, à l'échange de toutes sortes de denrées avec l'ouest et même le nord-ouest, sans oublier les fonderies où se dégage l'or, l'argent, le plomb, le cuivre, des blocs informes qu'ici comme à Denver l'on reçoit des Montagnes Rocheuses : travail savant et presque formidable, dont la vue pourtant ne m'a laissé que des impressions gracieuses, montré comme il me l'était par les aimables propriétaires du principal établissement. Il est vrai que l'automobile qui nous avait conduits près des hauts-fourneaux eut, après une heure de visite, le bon esprit de nous mener à toute vitesse voir le country-club.
Omaha, dans l'année où nous sommes, 1907, aura « battu tous ses records » malgré la crise générale du dernier trimestre. La statistique évaluera, en
chiffres ronds, les constructions nouvelles à 23 millions de francs, les produits manufacturés à 1 milliard 100 millions ; la récolte seule du maïs est estimée, pour tout le Nebraska, il est vrai, à 72 985 140 dollors (365 millions). Omaha a fabriqué du beurre pour 20 millions de francs, ce qui, paraît-il, lui donnerait le premier rang dans le monde (elle occuperait le troisième rang dans le marché du maïs, le quatrième dans celui de l'avoine et le sixième dans celui du blé). Il s'y est vendu 7 165 propriétés, pour plus de 55 millions. La poste y a fait ou reçu 48 millions d'envois, payé ou expédié pour plus de 40 millions de mandats, et vendu des timbres pour près de 4 millions. Elle n'a eu, sur 615 alarmes, que 10 incendies représentant, au total, une perte de 25 000 francs ! Oublions ce chiffre humiliant, et terminons notre statistique comme font les journaux du l^"" janvier par le nombre des naissances : 2 334, en progrès de 296 sur 1906, et, ce qui importe davantage encore, en excédent, sur les décès, d'environ un millier. Omaha, qui date d'un demi-siècle, compte aujourd'hui 150 000 habitants. Soit dit sans blesser sa fierté légitime, une telle croissance, qui serait prodigieuse dans le vieux monde, représente à peu près la normale pour les grandes villes des Etats-Unis.
Mais, puisque nous sommes dans la capitale d'un Etat éminemment agricole, donnons au lecteur, une fois pour toutes, l'idée de ce que produit la terre aux Etots-Unis. Voici, d'après le rapport du ministère de l'agriculture, les résultats généraux de la récolte de 1907, en plusvalue de 400 millions de francs sur celle de 1906 :
Maïs, 2 553 732 000 bushels, valant 1 350 000 000
dollars. (1) Blé, 625 57G000 — — 500 000 000
(1) Rappelons que le dollar vaut 5 fr. 20 et le bushel 8 gallons, la contenance du gallon étant de 4 litres 548.