CHAPITRE VI
Combien, après les semaines agitées de Chicago, j'apprécie les quelques journées de cette hospitalité reposante ! Je ne m'y endors pas cependant, et le complaisant évêque veut bien me faire visiter, en plus de l'Université et des bureaux diocésains, le couvent du Sacré-Cœur, où je trouve des religieuses de grande intelligence, l'œuvre du Bon-Pasteur, qui fait, là comme partout, l'admiration même des protestants, nombre d'autres œuvres encore, et enfin l'emplacement où dans quelques semaines sera posée la première pierre de la cathédrale sous le vocable de Sainte-Cécile. Avec ses grandes et harmonieuses dimensions, avec sa double tour de plus de soixante mètres, il est probable qu'elle constituera le plus beau monument de la ville. New cathedrals, cathédrales nouvelles, c'est peut-être le sujet d'entretien qui revient le plus souvent entre catholiques américains, et il semble bien que chaque Etat de l'Union en ait au moins une qui vienne d'être consacrée, qui soit en train de se construire, ou pour laquelle on ait commencé de réunir les fonds. A ne parler qu'au hasard des souvenirs, celles de Richmond en Virginie, de Newark dans le New- Jersey, de Covington en Kentucky, de Dallas au Texas, de Pittsburg en Pensylvanie, datent seulement de quelques années ; on vient d'achever celle de Seattle et de commencer celles de Saint-Louis, de Salt-Lake dans l'Utah, de Boise dans l'Idaho, d'Helena dans le Montana; on pose la première pierre de celles d'Omaha et de Saint- Paul. Tandis qu'en d'autres contrées les catholiques restent impuissants à entretenir les cathédrales édifiées par leurs pères il y a nombre de siècles, tandis qu'ils n'en peuvent même plus conserver la propriété, nos frères Américains en érigent de nouvelles partout, et ils les voient, ou plutôt ils les font grandir, aux chauds rayons de l'énergie et de la liberté, comme les fleurs en avril et mai sur un sol généreux.