‹ L'Amérique de demainChapitre 57 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

dii'e, qu'une valeur publique, et leur prestige, comme celui des nuées, se fond si rapidement, lorsqu'on en approche, en une espèce de brouillard gris !

Mgr Ireland est, avant tout, un archevêque, un archevêque austère, laborieux et qui développe magnifiquement la vie religieuse tout autour de lui. La demande qu'il m'a faite de ne point parler de sa personne, mais de l'histoire de son diocèse, m'empêchera de décrire en détail sa demeure et son train modestes, ses habitudes d'extrême simplicité, sa vie rude et frugale. J'aurais, du moins, voulu le montrer, en chapeau mou, en redingote usée, courant après le tramway qui monte de la ville à sa petite maison de Portland-Avenue, et s'y tenant debout, la main pendue à la courroie, parce que les sièges sont occupés par des dames et des ouvrières. Volontiers même j'aurais décrit le menu peu savant de ses repas et raconté que chez ce champion résolu de la tempérance les invités eux-mêmes ne boivent que de l'eau claire. Un soir pourtant qu'il y avait du monde, je fus étonné d'apercevoir devant chaque assiette un grand et un petit verre; le scandale cessa, au moment du rôti, quand on nous servit une seconde eau, en annonçant sans rire : « Apollinaris ! » Qui sait s'il n'y a pas, aux grandes fêtes, des coupes de soda frappé ?

L'archevêque, du reste, ne s'en porte pas plus mal ; de cinq heures du matin à dix heures du soir, il abat de rude besogne, en dépit de ses soixante-dix ans, et il ne ferait rien de plus, s'il en avait trente. Avec l'aide seule d'un secrétaire il gouverne son diocèse et administre d'immenses intérêts ; régulièrement il assemble son conseil et s'entoure d'avis, mais on peut dire qu'il exécute tout par lui-même.

Or, cela ne représente pas une simple routine; perpétuellement des paroisses et des œuvres nou-

velles s'ajoutent à celles qui existent, et les deux églises, cathédrale et pro-cathédrale, qu'il a commencées cette année même, à Saint-Paul et à Minneapolis, reviendront peut-être à la bagatelle d'une trentaine de millions. Sur le plateau qui sépare ces deux grandes villes, il a fondé en 1885 un collège qui compte 550 élèves; il y a dix ans, un admirable grand séminaire, où 150 étudiants reçoivent l'instruction de quinze prêtres tous formés aux Universités d'Europe ; et en 1906, une académie supérieure pour jeunes filles. Il serait juste de dater son action de l'année 1875, où il fut nommé coadjuteur. Mais qu'il suffise de remonter à l'année 1884, où il devint archevêque : le diocèse, à ce moment, comptait 153 prêtres, dont 126 séculiers; en 1907, il en compte 284, parmi lesquels 245 séculiers. Si le nombre des prêtres actifs est le meilleur signe de la vitalité religieuse, que dire d'un diocèse où il a doublé en moins de vingt-cinq ans?

Ce développement, au reste, n'est que la continuation normale d'une œuvre d'apostolat relativement ancienne. On nous pardonnera de rappeler à grand.^ traits l'histoire du Minnesota. Elle est trop glorieuse pour la France, qui apparaît là, une fois de plus, la grande évangélisatrice. Elle projette une trop grande lumière sur ce que seront les développements du catholicisme dans l'Amérique du Nord, en montrant ce qu'ils y furent naguère et ce qu'ils y sont à l'heure actuelle. C'est à l'Amérique d'hier qu'il faut, pour cette fois, demander les secrets de l'Amérique de demain : inférence d'autant plus permise, d'autant moins contestable, que l'ai'bre év^angéliqiie jouit là-bas de toute sa vigueur et n'y a jamais eu tant do sève.

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