‹ L'Amérique de demainChapitre 58 sur 167 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Nous ne nous attarderons pas cependant sur les origines, et il suffira de rappeler cette date intéressante du 29 février 1680, où notre grand pionnier Gavelier de La Salle envoya de Fort-Grèvecœur, près de l'actuelle Peoria, un bon religieux de Saint- François, le P. Louis Hennepin, explorer avec une troupe de deux hommes les vagues régions du Nord, Dans leur fragile canot, les trois Français descendirent rillinois jusqu'à son entrée dans le Mississipi et remontèrent ensuite le grand fleuve, sans autre intendance que les hasards de la chasse et de la pêche, a la merci des intempéries, des bêtes féroces et du tomahawk des Indiens. Allant ainsi sans savoir où, ils rencontrèrent, le 11 avril, cent vingt Peaux- Rouges en armes, bariolés hideusement et qui se jetèrent sur eux avec des cris de mort. Après leur avoir fort inutilement présenté le calumet de la paix, le missionnaire se hâta de montrer et d'offrir des présents aux chefs. Les verroteries obtinrent leur succès, et plus encore l'offre d'une hache, que le P. Hennepin se mit sur le cou pour montrer ce qu'on en pouvait faire : ce geste de confiance et de courage en imposa aux Indiens. Devinant à leurs signes qu'ils étaient à la recherche d'une peuplade ennemie, les Miamis, le Père acheva de les gagner en indiquant, par dessins sur le sable, qu'elle s'était mise en sûreté de l'autre côté du Mississipi. Dès lors traité en ami autant qu'en captif, il continua sa route avec les Peaux- Rouges et atte'gnit vers la fin d'avril l'emplacement actuel de Saint-Paul. L'étrange flotte n'alla pas plus loin; après avoir caché leur barque de guerre dans les roseaux et brisé le canot des trois blancs, les Indiens (îmmenèrent ceux-ci dans le Dakota. Hennepin y

employa son temps à apprendre la langue du pays; mais ses efforts de missionnaire n'aboutirent qu'au baptême d'une enfant malade, laquelle s'en alla au Ciel au bout dé quelques jours, prémices de moissons abondantes mais encore lointaines.

L'été arrivant et la chasse aux buffles, nos Indiens revinrent au grand fleuve avec leurs prisonniers, et ils le descendirent jusqu'à ces belles chutes qui font aujourd'hui la fortune de Minneapolis et qu'Hennepin baptisa « les chutes de Saint-Antoine ». Laissé libre de retrouver, mais comment? Cavelier de La Salle ou quelque autre groupe de compatriotes, le missionnaire fmit par retourner le printemps à Montréal, et l'automne en France. Il y publia en janvier 1683 son fameux livre Description de la Louisiane, sur des notes qui lui avaient un peu plus coûté à recueillir que celles dont je me sers ici.

Jusqu'à la perte du Canada, dont ils suivent la fortune, le Minnesota et les régions voisines voient de temps à autre, pendant la première moitié du dix-huitième siècle, quelques Français soldats, prêtres ou négociants. Nous n'y avons guère d'établissement un peu stable qu'à Fort-Beauharnais, près du lac Pépin, où se bâtit, en 1727, une première chapelle. Elle disparait, comme presque toute trace de catholicisme, en même temps que notre domination. Malgré les louables efforts de missionnaires isolés parmi les Indiens du Lac Supérieur et du haut Mississipi, l'on peut fixer l'établissement réel de la civilisation chrétienne dans cette contrée à la fondation, vers 1820, de Pembina, sur la frontière canadienne, et surtout de Fort-Snelling, sur le Mississipi, à deux lieues du futur Saint-Paul. Attirés par la richesse du sol et par la protection que ce fort leur ménageait contre les Indiens, plusieurs centaines de colons, Canadiens, Suisses, Ecossais, vinrent s'installer dans ces parages

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