CHAPITRE VII
sionnaire français, Joseph Crétin, en était nommé le titulaire, et il était sacré quelques mois plus tard, le 31 janvier 1851, à Belley, dans son diocèse d'origine. Ancien curé de Ferney, où il s'était fait remarquer par pon zèle et par ses talents, il avait, en 1838, sur l'appel de Mgr Loras, son ancien professeur, quitté le fameux village de Voltaire pour venir évangéliser les Indiens de riowa. Il s'était attaché de tout cœur à sa nouvelle patrie, et quand il arriva à Saint-Paul, les premiers jours de juillet 1851, le Démocrate de Saint- Paul (les villes des Etats-Unis ont un journal avant d'avoir un boulanger) pouvait saluer en lui « non seulement un homme excellent et de haute éducation, mais un vrai Américain. » Il amenait de France avec lui cinq prêtres. En arrivant, il en trouvait trois, les deux que nous avons nommés déjà, et M. Lacombe, qui s'était adjoint depuis peu au curé de Pembina. Tel fut, au grand complet, le clergé qui le reçut solennellement, dans sa cathédrale de soixantequinze dollars. Sa juridiction s'étendait sur des territoires incommensurables, mais à peu près vides, où il n'existait d'autres paroisses que celles de Pembina et de Saint-Paul. A sa mort, survenue en 1857, le diocèse comptait 29 églises à service régulier, 35 stations à service intermittent, 20 prêtres, 5 couvents de femmes, un monastère de bénédictins, une maison de frères enseignants, un hôpital, plusieurs écoles paroissiales et une population de 50 000 catholiques. C'était, en six années, avoir fait de bon travail.
L'œuvre si bien commencée par lui ne cessa plus de grandir. Elle fut continuée dignement par son successeur, un Américain, Mgr Thomas L. Grâce, lequel, après de longs et féconds travaux, choisit Mgr Ireland comme coadjuteur en 1875 et lui laissa son siège en 1884. Quand le primitif diocèse de Saint-Paul fêta
en 1901 ses noces d'or, il pouvait se glorifier d'être devenu (en 1888) siège métropolitain avec cinq suffragants, et de compter dans sa province 600 prêtres, 400 000 catholiques, avec un nombre proportionnel d'églises, de couvents, d'hôpitaux et d'écoles. La ville archiépiscopale possédait vingt-trois églises à elle seule.
Un pareil jubilé méritait qu'on le célébrât. Il était juste de rendre grâces à Dieu qui avait fécondé le zèle de SCS apôtres et de glorifier le nom des premiers missionnaires, tandis que quelques-uns survivaient encore (1). Il était juste aussi de rendre hommage, sans distinction confessionnelle, à l'activité intelligente de tous ceux qui avaient défriché le terrain où l'Evangile donnait de si belles moissons, et au libéralisme des mœurs, des institutions, du gouvernement qui, loin de contrarier le progrès de l'Eglise, l'avaient toujours favorisé comme un élément essentiel du progrès commun. Mgr Ireland s'acquitta de chacun de ces devoirs en organisant au grand séminaire et à la cathédrale des cérémonies religieuses, dans les rues mêmes et les salles de la ville des cérémonies civiles, où furent rappelés et honorés en termes magnifiques les premiers souvenirs du Minnesota et les noms de ses pionniers.
A la messe du jubilé, qui fut célébrée dans le parc du grand séminaire, sous les arbres géants qui dominent le cours du Mississipi, juste au-dessus des chutes Saint-Antoine, découvertes et nommées par le P. Hennepin au dix-septième siècle, l'archevêque prit lui-même la parole en présence de dix prélats et de quatre ou cinq cents prêtres, pour prononcer sur ce thème : « Cinquante ans de catholicisme dans le Nord-Ouest »,un discours qui restera, on peut le dire,
(1) Les pères Oster, Goiiïon, Robert, Buh et Mgr Ravoux.