CHAPITRE VII
comme un monument d'histoire en même temps que d'éloquence. Il serait à souhaiter qu'on le traduisît ne fût-ce que pour l'hommage qui s'y trouve maintes fois rendu aux explorateurs et aux missionnaires de notre pays : « Ah! les prêtres du diocèse de Saint- Paul, ceux surtout des temps primitifs, ceux qui l'ont construit ! C'est notre fierté, à nous, de glorifier leurs noms. Presque tous, au début, étaient des fils de la belle France. Les premiers catholiques du Minnesota pai'laient français, pour la plupart. Mgr Crétin, un Français, tirait de France son clergé : la France est le pays des missionnaires. » Lui-même, Mgr Ireland, n'était-il pas un peu aussi « fils de la belle France », lui que le premier évêque de Saint-Paul avait choisi tout enfant pour l'envoyer étudier chez nous durant huit années, et qui s'était assez imprégné de notre culture nationale pour remporter en rhétorique le prix de discours français ?
Un autre enfant, Thomas O'Gorman, était parti de Saint-Paul en même temps que lui pour étudier en vue du sacerdoce dans le diocèse de Belley, et celui-là est devenu en 1896 évêque de Sioux-Falls, dans le South-Dakota. Ce fut lui qui prit la parole, dans la cérémonie de l'après-midi, quand on posa la première pierre de la chapelle du grand séminaire. Nous extrayons de son discours ce prodigieux résumé d'histoire :
C'étaient des hommes admirables, que les évêques pionniers de l'Eglise dans le Nord-Ouest, pleins de foi et d'espoir en Dieu, pleins de confiance dans l'avenir de leur champ de travail ; larges étaient leurs vues, infatigable leur énergie. Loras arrive dans un diocèse qui comprend riowa, le Minnesota, la moitié des deux Dakotas ; et il n'y trouve ni prêtres ni églises, seulement une poignée de fidèles. Quater reçoit pour diocèse tout l'Etat d'Illinois, et il n'a pas un prêtre sous sa juridiction. Henin se voit
attribuer le Wisconsin et tout le Minnesota à l'est du Mississipi, et dans cet immense territoire il ne trouve pas six prêtres. Crétin est nommé à un diocèse comprenant le Minnesota avec la moitié des Dakotas, et qu'y trouvet-il? Quelques familles catholiques à Mendota, Saint- Antoine, Stillwater; un groupe un peu plus nombreux à Saint-Paul, sa ville épiscopale, qui n'est alors qu'un village; et un unique prêtre, sentinelle isolée de Rome, entre le Mississipi et le Missouri, la frontière de l'Iowa au Sud et celle du Canada au Nord (1), un unique prêtre dont la figure, portant la trace vénérable des ans et du travail apostolique, se dresse parmi nous en ce jour pour nous redire les rudes épreuves du temps des pionniers, pour mettre en relief, avec l'éloquence d'une vivante leçon de choses, les gloires et les triomphes de l'heure où nous sommes. Dans la personne d'Augustin Ravoux nous saluons le patriarche de cette province épiscopale qui autrefois constituait sa paroisse. Il a planté le gland de ce chêne aux vastes ramures, il a remué le berceau de ce géant plein de vigueur. Des honneurs de cette fête formons une couronne à son front vénérable.
Soixante-deux ans se sont écoulés depuis que Loras, le premier de ces évêques du Nord-Ouest, que je viens de nommer, arrivait à Dubuque, et cinquante ans depuis que Crétin, le dernier d'entre eux, abordait à Saint-Paul. Voyez ce qu'est aujourd'hui le catholicisme dans l'IUinois, riowa, le Wisconsin, le Minnesota, les deux Dakotas ; comptez-y les évêques, les prêtres, les fidèles : et dites-moi si l'Eglise, dans les vingt siècles de son histoire, a rien vu de comparable à une telle croissance !
Volontiers nous insisterions sur la partie civile de ces fêtes jubilaires, sur les meetings et les « parades » ou défilés. Volonliers surtout nous rappellerions le discours de cet antique pionnier de Saint-Paul, Auguste Larpenteur, qui était arrivé en 1843, au temps où le Minnesota ava't une centaine de colons :
(1) L'orateur a oublié la paroisse de Pembina. C'est se tromper de moitié ! Pembina, du reste, cessa bientôt de faire partie du diocèse de Saint-Paul.