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CHAPITRE VII

Je me rappelle bien le jour, Monseigneur, c'était en 1853, où vous et votre comarade, le petit O'Gorman, vous descendiez, en compagnie de vos parents, derrière ma boutique, rue Jackson et troisième rue, pour prendre le bateau et aller faire vos études en France. Vous fûtes perdus pour nous durant huit années. Vous nous êtes revenus, mais vous n'étiez plus les gamins que j'avais vus courir au bateau. Vous avez bien rempli les espérances que fondait sur vous l'homme excellent qui vous envoya dans le vieux monde.

Mais le récit s'impose à nous de solennités plus récentes encore et plus instructives. On y remarquera en particulier un nouvel exemple des très bons rapports qui peuvent exister dans un pays libre entre l'Eglise et l'Etat loyalement séparés.

Quand j'arrivai à Saint-Paul, au commencement d'août 1907, je ne trouvai personne qui ne me plaignît de n'avoir pas assisté, le 2 juin précédent, à la pose de la première pierre de la cathédrale. Un événement, en Amérique, dont au bout de deux mois il est encore question, doit bien sortir de l'ordinaire. Et, en effet, le Pioneer Press, un des grands journaux de la région, n'hésite pas à déclarer que celui dont nous parlons est « le plus impressionnant qui ait marqué l'histoire du Nord-Ouest, le plus significatif tant au point de vue religieux qu'au point de vue civique ». Le Saint-Paul Dispatch y voit « la plus grande démonstration religieuse dans l'histoire du Nord-Ouest »; et le Saint-Paul Daily News met cette démonstration au-dessus de toutes celles qu'ont pu susciter « n'importe quelle entreprise politique ou privée, locale ou nationale (1) ». Nous ne croyons pas que cette fois la presse ait exagéré.

(1) « Thus was laid the corner-stone of Saint-Paul's Cathedral

Un air de fête régna dès le matin sur la ville. Toutes les rues que devait traverser le cortège étaient pa voisées aux couleurs américaines et pontificales, et la gare, pour saluer les 60 000 visiteurs qu'attira la cérémonie, avait marié de même les drapeaux jaune et blanc aux drapeaux étoiles. Drapeaux des Etats- Unis et drapeaux du pape ornaient aussi la vaste estrade qui, sur l'emplacement de la future cathédrale, au coin des belles avenues Selby, Summit et Dayton, attendait les invités de marque. Le clergé y prit place à deux heures, un clergé de 350 prêtres qui s'étaient réunis au séminaire Saint-Joseph et qui de là étaient allés prendre dans la splendide résidence de M. Hill (1) 5 archevêques et 23 évêques, l'épiscopat de l'Ouest presque tout entier. On distinguait, parmi les laïcs, au premier rang le gouverneur du Minnesota, John A. Johnson, le sénateur Moses E. Clapp, le maire de la ville, Robert A. Smith, des juges et autres fonctionnaires, le rabbin et les pasteurs de beaucoup d'églises protestantes, toutes les principales notabilités de Saint-Paul et de Minneapolis, l'architecte de la cathédrale, un Français, M. Masqueray.

Ce fut devant cette belle assemblée que défilèrent, une heure et demie durant, dans un ordre parfait, les représentants de toutes les paroisses et de toutes les

of Saint-Paul. No more impressive event has marked the history of the Northwest, neither has any event been fraught with greater significance, both religions and civic. » Saint-Paul Pioneer Press, 3 juin 1907. — Le Saint-Paul Dispatch du même jour débute par ces paroles : « The most notable religions démonstration in the history of the Northwest accompanied the laying of the cathedral cornerstone yesterday. »

(1) M. Hill, quoique protestant, a fait beaucoup pour le diocèse de Saint-Paul. On lui est redevable en particulier du grand séminaire, pour lequel il a donné plusieurs millions. Sa femme et ses enfants sont de fervents catholiques. On sait qu'il est un des rois des chemins de fer et nul n'a fait tant que lui pour le développement du Nord-Ouest (Voir plus loin, p. 193.).

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