‹ L'Amérique de demainChapitre 64 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

longue existence, rappela d'abord les humbles commencements de Saint-Paul et les mit en regard des splendeurs actuelles. Puis, par un contraste plus frappant encore, aux changements matériels et moraux qui depuis le temps des pionniers avaient bouleversé la face de toutes choses il opposa l'immutabilité superbe de la foi des chrétiens, l'éternité du règne de Dieu. Parti de cette idée, il s'éleva, au nom du grand peuple religieux des Etats-Unis, contre l'impie fanfaronnade de ceux qui osent se vanter d'avoir fermé le ciel, éteint les étoiles, concentré sur la terre et sur les jouissances matérielles toutes les aspirations de l'humanité ; il montra ce que deviendrait le monde en dehors de la foi en Dieu, la morne tristesse d'une vie sans but, l'insuffisance d'une morale sans fondement, l'inévitable et triomphante révolte des passions contre des lois et une autorité qui ne garderaient d'autre appui que la force. Le temple qu'on allait construire avait pour but d'attester cette foi nécessaire, et en même temps la foi à la divinité de Jésus-Christ, vainement contestée par une prétendue critique. La nouvelle cathédrale serait la maison de Dieu, la maison du Christ, Dieu fait homme, où se proclameraient les préceptes de son Evangile et s'appliqueraient aux âmes les bienfaits de sa rédemption. Elle serait aussi la maison de la cité, et les habitants de Saint-Paul pourraient se tourner vers elle, aux heures de fatigue, de découragement et de tentation, pour comprendre que l'homme ne vit pas seulement de pain matériel, qu'au-dessus de cette vie mortelle s'en présente une plus belle et une plus durable, pour laquelle il vaut la peine de souffrir et de lutter contre le mal.

L'archevêque, en terminant, montra le besoin que la religion a de l'Amérique et le besoin que l'Amérique a de la religion :

Je dirai à la cité de Saint-Paul et je dirai à tout le pays, à l'Amérique :

Amérique, la religion a besoin de toi ; elle a besoin de la douce liberté que ton drapeau symbolise, de la protection qu'il ne refuse jamais aux manifestations extérieures de ce souffle divin qui s'agite en nous, la conscience. Fondée sur le sol américain, notre cathérale élèvera ses murs et son dôme sans crainte et sans défiance, certaine que nul édit persécuteur ne changera sa destination sainte, qu'aucune main sacrilège n'en déplacera la moindre pierre. Où est la contrée, aujourd'hui, dans laquelle les droits de la rehgion soient mieux sauvegardés, qui lui accorde plus généreusement la liberté de parole et d'acte? Enfants du catholicisme, remerciez l'Amérique et réjouissez- vous d'en être citoyens. Tout ce qu'il faut à l'Eglise, tout ce qu'elle demande, elle le possède en Amérique : le droit de vivre sans qu'on la trouble ni l'afîaibhsse, sans qu'on l'entrave dans l'exercice de la mission que le Christ lui a confiée. Sa puissance d'expansion lui vient de l'intérieur et ne requiert pas l'appui du bras séculier ; sa force lui appartient en propre : octroyez-lui la liberté de se mouvoir sous l'air du ciel, et cela lui suffit. Une telle hberté est ce que l'Amérique donne à la religion ; une telle liberté est l'honneur et la gloire de l'Amérique.

L'Amérique, à son tour, a besoin de la rehgion. Elle a besoin d'hommes et de femmes qui soient bons et vertueux, de citoyens loyaux et à qui l'on se puisse fier. C'est pourquoi nous avons conscience, en bâtissant cette cathédrale, de bien servir l'Amérique ; de garder et de promouvoir la morale, ce pouvoir spirituel qui, mieux que les armées et les flottes de guerre, mieux que les tribunaux et les législateurs, oblige le peuple au respect de la loi ; de promouvoir la vie de l'âme, qui, mieux que les mines et les moissons, fait une nation grande et durable ; d'entretenir la flamme du patriotisme, qui n'est jamais plus sacré, jamais plus puissant que lorsqu'il dérive ses inspirations du trône même de Dieu. O Amérique, dans la cathédrale de Saint-Paul, ton nom sera aimé et honoré ; la prière y montera au ciel pour ta vie et pour ta gloire. O cathédrale de Saint-Paul, élève-toi pleine de confiance et pleine d'espoir : l'Amérique te garde et te protège !

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