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CHAPITRE VII

Après le sermon de Mgr Ireland commença, suivant l'heureux usage du pays, la partie « civique » de la fête. L'archevêque donna la parole à un laïc, le juge E.-W. Bazille, et ce fut à celui-ci, agissant dés lors comme président de la cérémonie, qu'il appartint de présenter les autres orateurs : le maire, qui parla au nom de la cité ; le gouverneur, au nom du Minnesota ; le sénateur, au nom des Etats-Unis. Pour apprécier l'intervention et les paroles de ces divers représentants des pouvoirs publics, il faut se rappeler qu'ils sont tous des élus du peuple, gouverneur et juge aussi bien que sénateur et maire. Il n'est donc pas douteux qu'ils expriment l'opinion commune.

Le juge président rappela les modestes origines de Saint-Paul et salua près de lui, sur l'estrade, la veuve de Vital Guérin, l'un des deux donateurs de l'emplacement de la première chapelle. Il redit tout le progrès moral et matériel des soixante ans écoulés et termina par cet hommage au zèle de l'archevêque :

La construction de ce temple est due aux efforts de Sa Grâce John Ireland, archevêque de Saint-Paul, dont nous sommes si justement fiers et pour qui nous professons tous le respect le plus profond. Venu ici d'Irlande à l'âge de dix ans et y ayant résidé plus d'un demi-siècle, il a brillé au premier rang comme citoyen et comme prélat ; il est connu du monde entier; il compte parmi les plus éminents des contemporains. Au temps des épreuves nationales, il s'engagea dans l'armée et y remplit le rôle de chapelain. C'est lui qui a organisé, il y a trente-huit ans, la Ligue catholique de l'Abstinence totale, dont les bienfaits ne s'arrêteront plus. Ordonné prêtre à Saint-Paul le 21 décembre 1861, il fut évêque quatorze ans plus tard, pour devenir ensuite archevêque, et nous espérons que le temps n'est pas éloigné où nous aurons la joie de saluer en lui un cardinal.

Le prestige est incroyable, qu'exerce la pourpre romaine sur l'imagination des Américains.

Le même vœu termina le discours, d'ailleurs excellent, du maire de Saint-Paul. Il avait, disait-il, connu les deux premiers évêques et avait pu apprécier leurs travaux, mais il s'honorait surtout d'être l'ami de leur successeur, justement admiré de sa ville épiscopale, des habitants du Nord-Ouest et de toute la nation. Il vanta « les talents supérieurs et les vertus qui le caractérisent : sa généreuse tolérance envers ceux qui ne partagent point ses opinions, son patriotisme, son amour des institutions nationales et la générosité qu'il a su mettre à les défendre toutes les fois qu'il en était besoin ». — « Nous avons, ajoutait-il, la confiance que la vie bienfaisante de l'archevêque Ireland se prolongera assez pour recevoir dans l'Eglise des honneurs même plus élevés et pour officier de longues années encore à l'autel de cette grande cathédrale, qui restera durant des siècles comme le monument de son génie, de son amour et de son dévouement pour les besoins de l'Eglise qu'il a si longtemps et si bien servie. »

Le gouverneur Johnson, qui parla ensuite, fut longuement applaudi dès qu'il se leva, et maintes fois aussi dans le cours de son allocution. Il est très populaire au Minnesota, où il a su s'attacher les hommes des partis les plus opposés ; il commence même à le devenir dans l'ensemble du pays, à tel point que beaucoup le regardent comme un futur président des Etats-Unis et que, le jour où les démocrates le choisiraient pour candidat, les chances du parti républicain en pourraient être fort diminuées. J'eus l'honneur de lui être présenté au Gapitole de Saint-Paul, et je puis dire que personne, aux Etats-Unis, ne m'a donné l'impression d'une intelligence plus nette ou plus large, d'une volonté plus vigoureuse ou plus maîtresse

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