‹ L'Amérique de demainChapitre 66 sur 167 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'elle-même. Ne pouvant reproduire tout son discours, parce que nécessairement il parla une fois de plus des souvenirs que nous avons déjà mentionnés, disons au moins qu'il commença par associer à la joie de cette grande fête catholique « tout le peuple du Minnesota, sans différence de condition sociale ni d'affiliation religieuse », et qu'il se fit un devoir de rappeler ce dont le pays était redevable aux premiers missionnaires et spécialement aux religieuses. Cette partie de son discours, avec celle qui la suit, est à citer intégralement :

Bien que d'autres orateurs doivent sans nul doute exprimer les pensées qui s'imposent en pareille circonstance sur l'œuvre de pionnier qu'a réalisée dans le Nord-Ouest cette grande évangélisatrice, l'Eglise catholique, je ne veux pas manquer l'occasion qui s'offre de louer et de glorifier ceux de ses ministres qui, sans craindre les armes des sauvages ni les mystérieux périls de régions inexplorées, s'en allèrent audacieusement vers le soleil couchant et fondèrent où nous sommes aujourd'hui la première civilisation de ce grand Nord-Ouest... Suivant de près les traces des prêtres pionniers, sont venues les sœurs de charité, ces anges de paix à robe sombre, que l'on rencontre partout où se présente le besoin de tendresse et de piété féminines. Elles furent en réalité les avant-courrières de l'éducation et c'est à elles qu'est due, pour une très grande part, l'importance qu'y attachent les pères et mères de la génération actuelle. Le travail et le zèle inspiré de nos premiers prêtres et de nos premières sœurs a beaucoup fait pour assurer le fondement de notre civilisation et de nos avantages civiques ; et aujourd'hui le Minnesota est fier de compter parmi ses enfants le plus éminent peut-être des prélats cathohques des Etats-Unis, celui dont la vie trouve une superbe récompense dans l'érection de ce grand et admirable mémorial.

Quand nous considérons que l'Etat de Minnesota ne compte pas une demi-siècle et que c'est là pourtant que va s'élever l'un des plus beaux sanctuaires du monde, il nous faut bien convenir qu'en cette partie de notre grande

nation l'avancement certes a été rapide et que les Américains de notre génération contribuent pour leur large part au progrès de ce temps et à la civilisation de cette période. Le Minnesota peut se réjouir de ses richesses naturelles. Il peut être fier des exploits de ses fils sur les champs de bataille de la guerre de Sécession. Pourtant il a un plus juste motif de triomphe encore dans le rang qu'il occupe en tête des autres Etats pour ce qui touche les progrès de l'éducation ; et quand cet édifice aura fini d'élever dans le ciel ses tours superbes et son dôme, quand il brillera au-dessus du glorieux « Père des Eaux », ce sera pour nous rappeler toujours, à nous et aux générations sans nombre de l'avenir, qu'il existe certaines choses qui sont éternelles, indestructibles, et que parmi celles-là se trouvent les institutions religieuses qui ont contribué si fort à l'élévation de l'humanité.

Décidément, la République des Etats-Unis reste bien étrangère aux conceptions qui dominent pour un temps la nôtre, et l'idéal du ministre Viviani n'est pas près de franchir l'Atlantique. On en jugera encore par cette déclaration du sénateur Glapp, qui parla après le gouverneur, et au nom de la nation :

Bien que la Parole inspirée (la Bible) donnât déjà aux hommes une idée définie de la divinité, ce ne fut que par le Christ qu'ils acquirent une notion claire de leurs rapports avec Dieu... Son enseignement simple toucha les cœurs comme ils n'avaient jamais été touchés jusque-là... L'amour de Dieu pour l'homme, les devoirs de l'homme envers Dieu et par suite envers l'homme ; l'union de l'homme avec Dieu, impliquant celle de l'homme avec l'homme : voilà quelle fut la base de l'enseignement du Christ, et l'esprit de sacrifice en constituait l'inspiration... Ce fut l'esprit vivifiant du christianisme qui fit naître chez l'homme cette conscience de ses droits aujourd'hui satisfaite dans le gouvernement libre. Seul aussi, l'esprit du christianisme peut maintenir en éveil ce sentiment du devoir que comme citoyens nous appelons patriotisme, et qui consiste, en dernière analyse, dans la reconnaissance par chacun de ce qu'il doit aux autres, reconnais-

Page 1