CHAPITRE Vil
sance indispensable au bon fonctionnement et à la durée du gouvernement libre lui-même. Qu'on prenne la question par où l'on voudra : morale, idéal, sentiment du devoir, dévouement à l'humanité, tous ces principes, qui sont essentiels à l'ordre social maintenant comme naguère, ont toujours été et demeurent encore inséparables de la religion chrétienne. Liée comme elle l'est au plus haut développement de la vie civique, nous ne saurions nous faire une trop grande idée de son influence sur le caractère de notre peuple et sur l'esprit de nos institutions. Et c'est un bonheur pour nous comme nation que les grandes vérités du christianisme pénètrent toujours plus profondément dans le cœur de notre peuple(l).
La série des discours fut close par une allocution extrêmement poétique et vibrante du juge William Kelly. Nous regrettons de n'en pouvoir, malgré sa valeur, citer que les dernières paroles :
Parlant au nom des cathoMques laïcs de ce diocèse, je dirai donc : A vous, prêtres de l'ancienne foi, notre obéissance ; à l'Eglise enseignante, notre amour sans mesure. A vous, sénateur qui représentez les Etats-Unis, la promesse de bien servir la patrie en temps de paix et de verser, en temps de guerre, tout notre sang pour elle. A vous, gouverneur du Minnesota et maire de la ville de Saint-Paul, le vœu que Dieu bénisse le pays et protège la cité où la hberté prospère, sauvegardée par la loi. A vous tous, nos concitoyens, catholiques ou non catholiques, paix et bon vouloir!
La cérémonie s'acheva sur ces paroles de favorable augure. L'artillerie de la garde du Minnesota donna le salut final, par vingt et un coups de canon, auxquels répondirent en chœur toutes les cloches de la ville, pendant qu'était reformé le cortège des vingt-huit évê-
(1) It is thus fortunate indeed that, as a nation, the great truths of christianity are ever deepening tkeir hold upon the hearts of our people.
ques, et que les séminaristes entonnaient le Te Deum, accompagnés par des centaines de prêtres et dos milliers de fidèles : digne couronnement d'une fête à la fois religieuse et patriotique, où l'on avait vu l'Eglise et le pouvoir civil, quoique séparés et indépendants chacun sur leur domaine, rendre gloire ensemble au Maître suprême, honorer de concert leurs grands hommes, protester tous deux d'un même attachement à l'Evangile du Christ et aux institutions nationales.
Que les étonnants progrès célébrés dans les fêtes jubilaires et dans les discours qu'on vient de rappeler aient pu s'accomplir durant l'espace d'une vie d'homme, et que ces régions florissantes du Minnesota n'aient été, il y a soixante ans, que des solitudes sauvages où erraient des tribus indiennes, c'est ce que, malgré tout, j'aurais eu peine à croire, si une circonstance heureuse ne m'en avait placé devant les yeux une démonstration réellement vivante.
J'avais prêché le dimanche matin à l'église française canadienne de Saint-Louis, desservie par nos Pères Maristes, et le nouveau curé, M. Remy, m'avait fait déjeuner avec l'architecte Masqueray, M. Wiilaume, un fabricant américain né dans les Ai'dennes, et le juge Kelly. Celui-ci ayant mis son automobileà ma disposition pour l'après-midi, il fut convenu que je serais conduit avant vêpres au parc de Como, un des plus jolis de l'Amérique, et après vêpres à Mendota même, où avait commencé la première de toutes les missions du Minnesota. Le trajet, certes, fut agréable et pittoresque, sur les bords accidentés du Mississipi, en l'aimable et gaie compagnie du magistrat, du prêtre et du fabricant. Mais tout autre sou-