‹ L'Amérique de demainChapitre 72 sur 167 · CHAPITRE VIII in · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII in

vent la paroisse de Sainte-Marie. Ils me racontent, comme on fait partout sur ce continent, les progrès rapides du catholicisme. Mgr Taché célébra pour la première fois la messe à Winnipeg le 15 juin 1870, dans un petit oratoire de l'école ouverte par les Sœurs Grises l'année précédente; or, la ville aujourd'hui compte six paroisses avec écoles et œuvres prospères. L'Ouest entier n'avait pas un prêtre catholique en 1817 ; il en recevait deux en 1818 ; le premier évêque y vint en 1845 et y trouva six prêtres. Il y a aujourd'hui deux archidiocèses avec cinq suffragants ; et le seul diocèse de Saint-Boniface comptait, en 1907, 205 prêtres, 93 églises avec un nombre presque égal d'écoles, 16 institutions charitables, 87 218 fidèles. Le Canada entier possédait 8 archevêques, 25 évêques, 3 819 prêtres, 2 506 églises, 14 séminaires, 47 universités et collèges, 263 institutions charitables, 2 447 639 catholiques. C'est environ les deux cinquièmes de la population, puisque le dernier recensement décennal, en 1901, donnait le chiffre total de 5 371375 habitants. Le même recensement n'indiquait, du reste, que 16 000 Canadiens Français sur 35 000 catholiques dans le Manitoba, et 7 000 sur 35 000 dans l'Athabaska et la Saskatchewan.

Les souvenirs que racontent mes hôtes n'ont pas tous la sécheresse des chiffres. L'un d'eux, prêchant une retraite dans un asile de fous près de Montréal, se promenait, le second soir, avec un de ses auditeurs en apparence plus sensé que les autres : « Depuis combien de temps êtes-vous parmi nous ? lui demande soudain le pensionnaire. — Je suis arrivé avant-hier. — Et vous comptez rester? — Une huitaine seulement. — Oui, mon cher, croyez cela ! Moi aussi, quand je suis venu, on m'a dit que c'était pour huit jours : j'y suis depuis douze ans. » Il serait plus séant de rapporter ce que me dirent les missionnaires de leur apos-

tolat parmi les Indiens ; mais, faute d'avoir noté leurs causeries, pourtant si intéressantes, je n'en ai vraiment retenu que cette anecdote, et je me suis interdit de rien inventer.

Ce que je n'ai pas oublié non plus, c'est la réponse que me fit la supérieure d'un couvent très prospère de jeunes filles. Comme elle me montrait de magnifiques dortoirs, je lui demandai si les plus grandes au mxoins, parmi les pensionnaires, n'avaient pas de chambres séparées : « Non, me dit-elle vivement; la surveillance ne serait pas possible. » Quelques jours plus tôt, j'avais visité, à Saint-Paul, un couvent du même genre ; et, comme la supérieure me montrait les gracieuses chambrettes où les jeunes filles logeaient tantôt seules, tantôt à deux ou trois, je lui demandai s'il n'y avait pas de dortoirs : « Non, répondit-elle ; il faut préparer la jeunesse à user bien de son indépendance. » Ce détail laisse entrevoir la diversité des méthodes entre Canadiens-Français et catholiques américains.

L'aimable curé de Sainte-Marie, pour me conduire à ce couvent, m'avait fait passer, à un trot rapide, entre les longues files de maisons banalement coquettes où les gens de Winnipeg se reposent de la vie d'affaires. Il nous en fallut revoir une quantité d'autres avant de rejoindre la route de Saint-Boniface. On dirait, pour le style, mais avec plus d'espace et de richesse, nos cités ouvrières du Creusot, de Noisiel, de tous les centres industriels prospères. La boue profonde des chaussées ne semble pas gêner notre alerte petit cheval ; mais elle devient telle au sortir de la ville qu'il faut, à un certain moment, passer à côté de la route pour ne pas s'y noyer. Les gens de Wmnipeg peuvent s'offrir chez eux le traitement de Dax. Il est vrai, m'affirme-t-on, qu'il a plu beaucoup ; et il pleut encore, soit dit comme circonstance atténuante à mon absence d'enthousiasme.

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