‹ L'Amérique de demainChapitre 77 sur 167 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

charrette, qui oserait se plaindre de la trentaine d'heures qui sépare Winnipeg de Calgary, des cinq ou six journées qui sépai ent les deux océans ? Que devait-ce être avant le G. P. R. ! Et l'existence, après tout, n'en est pas si ancienne. Sur 2 904 milles qu'il fallait construire entre Montréal et Vancouver, le gouvernement fédéral en avait achevé 641 de 1875 à 1881 ; il céda alors le reste à la compagnie du Canadian Pacific et celle-ci posa le dernier rail le 7 novembre 1885. A l'encontre de ce qui arrive d'habitude, un pont se trouvait jeté, cette fois, sur un continent entre deux grandes mers !

Les premiers Oblats étaient venus de France. La France, aujourd'hui, en envoie encore, n^ais par manière d'exil. Le Canada, comme d'autres pays libres, pourrait se réjouir, en un sens, de nos tristes mesures d'expulsion, puisqu'elles lui donnent plus d'apôtres et de pionniers ; mais ce serait là un égoïsme très éloigné de sa chrétienne pensée et, du reste, fort mal entendu, puisque cet afflux momentané prélude, on peut le craindre, à l'épuisement de la source. Une réflexion plus triste encore m'est imposée par l'état d'esprit que je découvre chez un jeune missionnaire qui prend avec moi le train de l'Ouest, pour aller le lendemain, qui est un dimanche, dire la messe à 130 kilomètres de là. Il y a seulement six mois qu'il a été forcé de quitter la France, et ce ne fut pas, me dit-il, sans un chagrin affreux. Maintenant déjà il ne voudraitjplusjy retourner et se trouve mieux au Canada. Pourquoi? Et quel avertissement, pour notre patrie, que cette facilité de bons citoyens à se détacher d'elle ! En faisant parler mon compagnon de route, je dus reconnaître que, s'il avait cessé de préférer la France, ce n'était pas seulement à cause des lois d'expulsion, mais encore pour la quantité d'entravesqu'y rencontre chacun dans la vie quoti-

dienne. Admettons que, parmi ces entraves, beaucoup ne soient que les conséquences inévitables d'une civilisation plus complexe. N'en serait-il pas quelques-unes, aussi, que nous ferions sagement de supprimer ?

Avant de pousser plus loin notre voyage, faut-il mettre ici quelques conseils pratiques pour les jeunes gens qui songeraient à se rendre comme colons dans l'Ouest canadien? J'hésiterais à le faire, étant donnée mon incompétence sur cette grave question, si quelques entretiens avec des gens éclairés ne m'avaient fait saisir très nettement un petit nombre de vérités utiles. La première est qu'il ne faut jamais acheter de propriétés que sur place et après une sérieuse expérience du pays ; la seconde, que les agriculteurs ont beaucoup de chance de réussir et les autres fort peu ; la troisième, qu'à moins d'arriver en famille nombreuse, il ne faut pas s'établir trop loin d'un centre de population, si l'on ne tient pas à périr d'ennui; la quatrième, que les facilités pour un im.migrant sont de plus en plus grandes à mesure qu'il s'avance plus loin, la province de Québec offrant moins de terres libres ou de situations neuves et rémunératrices que l'Ontario, l'Ontario moins que le Manitoba, celui-ci moins que la Saskatchewan et que l'Alberta. A ceux qui ne se sentiraient pas d'aptitudes pour l'élevage ni la grande culture, mais qu'attireraient plutôt l'industrie, le commerce, l'exploitation des jardins maraîchers ou fruitiers, l'art des forêts et ses dérivés, je conseillerai de préférence la Colombie anglaise et l'Etat américain de Washington, vers lesquels nous allons maintenant continuer notre route (1).

(1) Un dernier point, sur lequel j'oserai insister, c'est qu'on fera bien de s'adresser, pour plus amples renseignements, non à l'auteur de ce livre, qui a exposé ici toute sa science, mais au corn-

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