‹ L'Amérique de demainChapitre 82 sur 167 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

truction découle du droit de résidence ; nos enfants ont donc droit aux mêmes écoles que les petits Allemands et les petits Français. Mais nous ne sommes pas aux Etats-Unis. Parlons du Canada, et spécialement de la Colombie Britannique, puisque nous y voyageons depuis ce matin. Est-il admissible que le Canada, qui est après tout une colonie anglaise, refuse maintenant d'admettre des travailleurs japonais, quand le Japon et l'Angleterre ont conclu un traité d'alliance?

M. Kaburagi m'expliqua alors qu'au moment où nous étions, c'est-à-dire au milieu d'août 1907, exactement le 19, car il faut donner des dates en cette Amérique où les changements se produisent si vite, les Canadiens des bords du Pacifique étaient bien plus irrités contre l'émigration japonaise que les Américains de la Californie et de l'Oregon. Sans se départir du calme extérieur qui est propre à sa race, il s'éleva avec force contre la prétention des Canadiens à se suffire à eux-mêmes :

— Le Canada aux Canadiens ! vont-ils s'écriant. Je voudrais bien qu'on les prît au mot pour quelques années; et nous verrions qui doublerait la voie du C. P. R., qui construii'ait leurs nouveaux chemins de fer, le Grand Trunk Pacific, le Canadian Northern? Le Canada réduit à lui-même, que serait-il? Non seulement les immigrés d'Europe lui sont nécessaires à l'est et au centre; mais il ne peut se passer, à l'ouest, des immigrés d'Asie, sous peine d'être arrêté dans son développement, et dépassé de telle sorte par les Etats-Unis, même par les Républiques du Sud, qu'il lui soit impossible de jamais rejoindre ses émules. Le Canada aux Canadiens ? Comptez-les donc, les Canadiens, à Vancouver, à Victoria, dans toute la Colombie !

J'eus la courtoisie de laisser tomber l'entretien sur cette idée du besoin qu'a l'Ouest d'une main-d'œuvre

plus abondante. C'est, en faveur des Asiatiques, l'argument le plus fort, celui qu'impose la nature des choses et auquel cèdent à regret, mais comme fatalement, la plupart des grandes compagnies et des entreprises importantes de la Colombie, du Washington, de l'Oregon, de la Californie. Tout le problème est là : du point de vue social, moral et psychologique, l'Américain repousse les immigrants jaunes; du point de vue matériel, purement économique, il ne peut presque pas se passer d'eux. Tout le problème ? Non ! Une des données, qui n'est pas négligeable, consiste dans la volonté bien ferme qu'a le Japon de faire respecter ses sujets partout.

Satisfait donc de voir que la discussion finissait à son avantage, M. Kaburagi se laissa aller à quelques considérations d'ordre plus général sur les services que le Japon, comme client et comme courtier, rend à l'Amérique; puis sur les désastres commerciaux qu'entraînerait pour elle une guerre malheureuse et sur les minces avantages qu'elle tirerait d'une victoire ; en dernier lieu, sur la mission que remplit le Japon à l'égard de l'Asie. « Il ne s'agit pas seulement, conclut-il en termes un peu solennels, d'une communauté d'intérêts matériels. On ne doit pas oublier que le Japon est la clef de l'Extrême-Orient, le pilier qui supporte l'Asie et sans lequel elle retomberait dans son chaos. Si le Japon était affaibli, détruit même, s'il s'enfonçait dans l'Océan, où serait le bénéfice pour les Etats-Unis et le Canada? Qui contrôlerait la Chine ? Qui serait là, au moment du réveil, pour dompter ce lion endormi? »

Nous approchons de Vancouver. Le paysage nous distrait des idées. A notre gauche, vers le sud, un

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