CHAPITRE VIII
veines de qui coule le sang des ancêtres anglais ! » Comme à l'auteur qui a le mieux étudié le conflit entre Américains et Japonais (1), il nous semble que les « travailleurs de la Colombie Britannique ne désarmeront pas », et que, si le gouvernement d'Ottawa est impuissant à exaucer leurs vœux, on verra bientôt reprendre les désordres.
Le péril, bien que réel, n'est pas, cependant, de la dernière urgence et la question jaune pourrait, dans toute l'Amérique du Nord, s'atténuer, comme fait, aux Etats-Unis, la question des nègres, par un accroissement plus rapide des blancs sous l'influence de l'immigration. Dans le journal que j'achète pour lire en chemin de fer, — devant refaire quelques milles du trajet déjà parcouru, — je lis que le Dominion, en 1908, a reçu 252 038 immigrants de race blanche, et des statistiques ofiicielles nous apprennent que, dans ce nombre, 120 779 sont venus de Grande-Bretagne et d'Irlande, 52 652 d'Europe et d'Islande, 74 607 des Etats-Unis. Les chiffres étaient de 128 364 pour 1903, de 130 330 pour 1904, de 146 266 pour 1905, de 189 064 pour 1907. Il y a encore là de quoi reléguer au second plan, pour plusieurs années, les quelques milliers de Japonais, de Chinois et d'Hindous qui arrivent par le Pacifique.
Le même journal, que j'ai pris au hasard (2), traite assez à fond d'autres problèmes économiques. Le premier article s'occupe de ce qu'on appelle AU Red Line, « la ligne entièrement rouge », autrement dit
(1) M. Louis AXTBERT, dans son ouvrage Américains et Japonais. Il n'en est pas où soient exposées avec plus de clarté ni plus de compétence les grandes questions qui s'agitent aujourd'hui dans le Pacifique nord. Tout au plus pourrait-on lui reprocher quelques répétitions, comme si ses divers chapitres avaient d'abord fait l'objet d'articles séparés. (Y. spécialement, sur le Canada, les pages 230-249. — A. Colin, éditeur.)
(2) Le Vancouver Daily News Advertiser, du 20 août 1907.
176 L'AMRRIQUE DE DEMAIN
toute aux couleurs anglaises : un projet qui consiste à rendre plus rapides et plus régulières les communications entre l'Angleterre et l'Australasie par le Canada, et « à jeter un pont sur les vastes distances qui séparent les diverses possessions de l'empire britannique ». Plus loin il parle de l'irrigation et annonce que le gouvernement de la Colombie a fait venir le professeur Carpenter, ingénieur officiel du Colorado, et « chevalier du Mérite agricole français », pour discuter avec lui les travaux destinés à fertiliser les territoires arides de la province. Un long ai-ticle est consacré aux rapports que le gouvernement central vient de publier sur les différentes pêcheries des eaux canadiennes et notamment sur le danger de voir détruire le saumon. Je sais bien que tout cela ne vaut pas quelques vigoureuses discussions sur l'idée de patrie, les dangers du cléricalisme, la plus récente démission de M. Claretie, les crimes ou les bienfaits de l'ancien régime !