CHAPITRE IX
décisions promptes et claires : « Ils aident vite au début et activement, dit Mgr O'Dea; mais ensuite, presque impossible de les réunir. Les uns sont à Chicago, les autres en Europe. Ils vont à New- York trois ou quatre fois l'an. »
L'évêque me conduit chez son chancelier, qui est aumônier de l'hôpital, et dans la chambre de qui se traitent sans formalité les affaires diocésaines. Je ne pouvais tomber en de meilleures mains. Le P. X***, qui m'a défendu de le nommer (un Américain ! — né, il est vrai, en Belgique), est l'homme le plus populaire de la ville. Son arrivée à Seattle date des origines et ses souvenirs remontent à l'époque « où il n'y avait rien ». Tout le monde lui a confié des malades, tout le monde s'est épris de sa bonté, de sa modestie, de son fin sourire. Il ne lui déplaît pas de m'étonner un peu en me montrant les étrangetés de Seattle et en ajoutant, à chaque fois, « qu'il n'y a rien de plus simple ».
Il me choisit une chambre à l'hôtel Stander, « comptant que j'en préférerai un de ceux qui sont tout construits ». Cependant il me fait voir qu'on est en train de retirer une partie durez-de-chaussée pour en faire une galerie qui servira de trottoir, comme chez nous rue de Rivoli. Les trottoirs de l'année dernière fusionneront avec la chaussée, qui se trouvera augmentée d'autant. Il est, d'ailleurs, plus fréquent qu'on coupe quelques mètres du haut en bas de la façade. On a bâti trop vite au début et sans assez de vues d'ensemble, personne ne pouvant se douter d'une extension à ce point rapide. Aussi l'une des principales mesures qui s'imposent à l'édilité actuelle est l'élargissement des rues et leur nivellement. Pour les élargir donc, on enlève, des immeubles en bordure, une tranche de façade, ou, s'il y a de la place par derrière, on les recule tout entiers. Pour les niveler, pour les abaisser
et détruire la colline, on creuse plus avant les fondations à mesure que la chaussée est enlevée elle-même et l'on ajoute, suivant le cas, un ou deux étages par en dessous. Le propriétaire ne reçoit qu'un dollar d'indemnité légale, mais il trouve son compte à voir augmenter la maison, sans parler de la terre qu'on enlève et qu'il peut vendre à ceux qui tâchent de gagner quelques mètres sur le bord de la mer. Tel immeuble s'est trouvé, par suite du nivellement, suspendu à douze mètres en l'air et des poteaux l'ont soutenu à cette hauteur jusqu'à ce qu'on lui eût refait à nouveau des fondements, un rez-de-chaussée et un premier étage. « Vous voyez comme c'est simple, n'est-ce pas ? »
Mais le comble de la simplicité, c'est l'opération suivante, dont je puis encore suivre les toutes dernières phases. Un des pionniers de Seattle, M. Dennys, avait acheté, au début de la ville, une colline entière qui se trouva bientôt encerclée dans les constructions. Il l'avait transformée en charmants jardins et avait bâti au sommet un immeuble magnifique, l'hôtel Washington, où M. Roosevelt résida quand il vint à Seattle. Il parait bien que c'était ce qu'il y avait de mieux dans toute la cité. Un jour Dennys, ou plutôt son successeur, M. Moore, réfléchit qu'il ne savait pas tirer parti de sa colline. Au lieu de la perdre tout entière pour un seul hôtel, il jugea que ce serait autrement profitable de la déblayer. La base étant plus lai'ge que le sommet, il y construirait beaucoup plus d'immeubles : quatre blocks de théâtres et de nouveaux hôtels. Quant à la terre qui se trouvait entre ces deux extrêmes, il suffirait de la conduire sur un morceau de rivage qu'on achèterait à bon compte et qui, une fois comblé, donnerait encore un joli lot d'espace pour bâtir.
Qu'objecter à si beau projet? Le travail? la