‹ L'Amérique de demainChapitre 96 sur 167 · CHAPITRE X d · texte numérisé non relu

CHAPITRE X d

37 714 en 1900, 84 910 en 1906, ce qui fait sans nul doute plus de 100 000 aujourd'hui ; qu'en une seule année, de 1905 à 1906, les transactions de ses banques ont passé de 140 millions de dollars à 187, et les recettes de sa douane, de 249 211 dollars à 414 273; que, son commerce par l'océan est monté, de 22 800 000 dollars qu'il atteignait en 1900, à 50 084 000 en 1906, augmentant, en six années, de 120 pour 100. Je pourrais compter les millions qu'elle a prodigués pour l'embellissement de ses rues, de ses parcs et de ses édifices communaux, parler de ses moulins, de ses scieries, de ses chemins de fer, des quantités de compagnies maritimes qui en ont fait leur point d'attache et qui la relient directement à tous les ports du Pacifique. Je pourrais enfin m'écrier, dans le style épique des recommandations officielles et sans autre peine que celle de traduire : « Tacoma, l'électrique cité de la côte Pacifique, fait plus de planches, de lattes et de poutres que nulle autre ville du monde; elle fond plus de minerai que nulle autre ville à l'ouest des Montagnes Rocheuses; elle moud plus de farine que nulle autre ville à l'ouest de Alinneapolis et de Kansas City; elle possède les plus importantes usines du Nord-Ouest pour la construction et la réparation des wagons et locomotives; elle fournit de roues de voiture toute la côte du Pacifique; elle a les plus vastes pêcheries des Etats- Unis, les plus vastes fabriques de meubles de la côte, la plus vaste fabrique de cercueils à l'ouest du Missouri (1). » Mais parce que je sens le lecteur se blaser, bien à tort, sur ce genre d'effets, je demanderai à l'intelligente cité de Tacoma permission de ne la traiter point comme un centre d'affaires, et de parler d'elle en naïf touriste. Sur les souvenirs que sa visite

(1) Extrait fort abrégé d'une énumération officielle.

m'a laissés flottent, en effet, principalement d'agréables impressions de repos et de pittoresque.

De bonne heure je pris, pour y aller, le petit train électrique qui la rattache à Seattle, et dont la gare se trouve près du grand totem pôle qui décore le Pioneer Square. C'est le seul monument historique de Seattle. Les totem pôles sont des sortes de colonnes funèbres jouant un rôle analogue à celui des pyramides, et que les Indiens élèvent en mémoire de leurs ancêtres. Ils y sculptent et y colorient des têtes symboliques pour rappeler leurs grands morts, et il semble qu'ils en fassent un objet de culte. On en rencontre d'assez nombreux exemplaires chez les Indiens du Nord- Ouest. Celui de Seattle fut volé dans l'Alaska par une troupe de marchands et d'excursionnistes qui en firent cadeau à la ville. La tribu spoliée éleva d'énergiques réclamations, qui furent écoutées du gouvernement, et on ne l'apaisa qu'en lui donnant une très forte indemnité. J'espère, sans en être bien sûr, qu'elle ne s'en montra pas entièrement consolée.

Les trois wagons de notre petit train électrique dévorent à toute vitesse la plaine, d'une cinquantaine de kilomètres, qui sépare les deux villes. Elle se montre tout d'abord couverte d'usines et d'habitations ouvrières; ce sont ensuite des fermes isolées, puis, au milieu de la ligne, la nature encore vierge, l'enchevêtrement des lianes et des arbres, les étangs, les herbes folles. Mais on sent que d'année en année, de jour en jour, d'heure en heure, tout cela va disparaître sous la machine à labourer, à faner, à semer, à battre, si ce n'est même devant les squelettes de fer des nouvelles constructions et le banal envahissement des rues à angles droits. Et cette idée donne

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