‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 10 sur 66 · CAUSES DR NOTRR ATTITUDE · texte numérisé non relu

CAUSES DR NOTRR ATTITUDE

m'imagine pas que le Sud, révolté au nom de l'esclavage, en soit déjà réduit à courber la tête jusqu'en terre, à désavouer les principes posés naguère en son nom, <à se charger liumblenient de détruire lui-même l'institution sainte au maintien de laquelle il s'était dévoué avec tant de passion et d'éclat. S'insurger en 1861 parce que l'extension de l'esclavage est menacée, et promettre en 1862 qu'on détruira l'esclavage de ses propres mains, ce serait aller un peu vite dans le désaveu forcé de ses doctrines les plus chères.

Il est vrai que promettre et tenir sont deux. S'il ne ' s'agit que de s'assurer, par une grande concession apparente, cette reconnaissance au défaut de laquelle on achèverait de périr, l'abolition diplomatique de l'esclavage sera peut-être consentie; cela dépend du degré auquel sont parvenues la détresse du Sud et son impuissance à maintenir sa révolte sans cet appui moral de l'Europe qui semble devoir amener à sa suite un appui matériel.

Supposons, en conséquence, que M. JelTerson Davis promette d'obtenir l'abolition. Proimt/re d'obtenir, qu'est-ce en réalité? C'est promettre qu'on présentera au congrès de Richmond un bill bouleversant de fond en comble la constitution sociale du Sud. Or, voici ce bill discuté par les représentants et par le sénat. Manquera-t-il alors de bonnes raisons pour soy tenir qu'un tel changement ne s'improvise pas ainsi, que le peuple n'y est pas préparé, qu'on ne saurait affronter un mé-

contentement colossal, qu'on ne saurait détruire la Confédération méridionale le lendemain de sa fondation?

11 va plus, et ceux qui colportent chez nous le conte à dormir debout d'une abolition promise en échange de notre reconnaissance ont supposé sans doute que no'.is avions bien peu de mémoire. 11 n'y a pas si longtemps que la constitution du Sud a été adoptée, et les deux articles essentiels par lesquels elle se distingue de l'ancienne constitution sont, d'une part, celui qui consacre l'esclavage, d'autre part, celui qui consacre la souveraineté de chaque État. Ces deux articles, étroitement liés (l'histoire entière des États-Unis en témoigne), sont destinés à se protéger mutuellement. Que l'esclavage soit menacé par les négociations du président ou par les dispositions du congrès, aussitôt la souveraineté locale se dresse. Chaque État vous demande de quel droit vous avez décidé pour lui ce que lui seul était apte à décider. En fait, c'est jusquelà qu'il faudrait aller. Tant que M. JelFerson Davis ne nous apportera pas des bills pour la liberté des enfants à naître votés par chacun des Etats du Sud et ratifiés au besoin par des conventions d'État, sa promesse d'obtenir ne signifiera absolument rien.

Elle ne signifie rien, soit; mais elle produit quelque chose. Elle produit dès à présent un elTet immense sur cette portion du public européen qui ne demanderait pas mieux que de trouver un moyen d'intervenir hon-

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