‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 9 sur 66 · CAUSES UE NOTRE ATTITUDE · texte numérisé non relu

CAUSES UE NOTRE ATTITUDE

vie à l'inslitution patriarcale frappée à mort le jour de l'élection de M. Lincoln; toutefois il y aurait eu de déplorables tiraillements, la conscience publique aurait eu de nouveau à soufTi'ir, nos fronts auraient rougi en recevant la nouvelle de tant d'actes destinés à adoucir le Sud, même vaincu, et à entasser les garanties constitutionnelles autour d'une iniquité expirante.

L'erreur ici ne consiste pas à supposer qu'une telle politique ait été possible; elle consiste à supposer qu'elle le soit encore. Quiconque a étudié de près les Ltats du Nord sait qu'un changement considérable s'y est opéré par le fait même de la prolongation et de l'aggravation de la guerre ci\ile. Peu à peu cette idée simple «t vraie s'est dégagée des nuages de préventions qui l'entouraient : le grand ennemi, c'est l'esclavage; le grand conspirateur, c'est l'esclavage; le grand révolté, c'est l'esclavage; le grand adversaire de l'union et de la paix, c'est l'esclavage. Or, depuis que le iSord entier a compris cela, il a pris la résolution inébranlable de ne pas terminer la guerre sans en finir aussi avec la cause de la guerre. La conviction sur ce point est devenue si générale , qu'il ne se trouverait plus à l'heure qu'il est ni un président ni un secrétaire d'État qui voulût prendre sur lui de proposer, quels qu'en fussent les avantages immédiats, une mesure ayant pour but de perpétuer l'esclavage. A supposer contre toute apparence qu'une telle mesure fût proposée et qu'elle obtînt la majorité au congrès, elle

rencontrerait une opposition si violente dans la nation , l'armée elle-même y est devenue si contraire , qu'il n'y aurait pas moyen d'en assurer l'exécution; puis, aux premières élections présidentielles, les auteiu's de la mesure seraient emportés avec elle par un vent de colère qui balaierait tous les compromis et courberait sous sa violence les institutions serviles, des bords du Potomaç jusqu'aux rives lointaines du Texas.

Ce qui est admirable et ce que pour mon compte j'admets sans regret aucun, c'est que dans le cas où le Sud rentrerait dans l'Union avant que les armées fédérales eussent brisé toute sa résistance et parcoiu-u triomphantes toutes ses contrées, l'esclavage y subsisterait à l'état d'institution maudite, condamnée à périr, abolie définitivement en principe, mais tolérée pour un certain temps afin de ménager la transition et de -préparer une émancipation paisible. Cet esclavage-là n'aurait plus trace d'influence ou d'avenir: cerné de partout par la liberté victorieuse, dépouillé des préventions et du prestige qui l'entouraient naguère, n'ayant plus ni à réclamer un fugitif, ni à conquérir un territoire, il s'en irait doucement et sûrement.

Cette abolition-là, j'en conviens, me semble préférable à celle qu'opérerait la guerre servile. Elle n'est pas moins sûre et elle est meilleure pour les noirs aussi bien que pour les blancs.

Quant à l'abolition qu'on nous promet comme con-

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dition de la reconnaissance du Sud, voici ce que j'ai à en dire :

Je me félicite d'abord de ce que le réveil d'opinion causé par l'affaire du Trcnl a mis les avocats du Sud dans la nécessité d'amender ainsi leur programme. Auparavant ils ne se donnaient pas tant de peine; ils se contentaient de déclarer en termes généraux que la séparation finirait par être plus favorable que l'Union i) celte grande musc luunnuildirc dont tout le monde (c'est bien* connu) souhaite ardemment le triomphe. ^Maintenant, ils font un grand pas de plus : ils ont l'air d'annoncer au nom de M. Jefferson Davis qu'il est prêt à accorder, en échange de la reconnaissance, une promesse d'affranchissement.

M. Jefferson Davis, j'en suis convaincu, ne marchandera jamais les condition^ de la reconnaissance. Etre reconnu, voilà l'essentiel. Après, on verra.

D'ailleurs, n'est-il pas certain que tout désormais, tout, sans exception, doit aboutir à l'abolition? Depuis l'élection de M. Lincoln, y a-t-il quelqu'un de sensé qui en doute? M. Davis a assez d'esprit pour avoir compris avec nous ce que le Sud en général ne comprend pas encore, que la bataille pour l'esclavage est perdue, perdue si le Sud rentre dans l'Union, perdue si le Sud est reconnu comme confédération séparée.

S'il ne nous accorde que cela, nous n'avons nul besoin de sa concession ; une puissance suj)érieure à la sienne, la force des choses, nous garantit que, quoi

qu'on fasse, Tesclavage linira par disparaître. Ce que le scrutin de 1860 a décidé, ni les victoires, ni les défaites, ni l'Europe, ni l'Amérique, ne parviendront à le changer.

Mais, dit-on, M. Jefferson Davis fera des promesses plus précises. — ■ Eh bien, voyons ces promesses.

Il s'engagera à ne pas réclamer les esclaves qui se réfugieront dans le Nord! Je n'ai pas de peine à le croire, car la réclamation serait assez mal accueillie.

Il s'engagera à admettre la concurrence du travail libre! — J'en suis pareillement convaincu, d'abord parce que cette concui'rence existe déjà dans une certaine mesure, ensuite parce qu'elle fournira seule les moyens de lemplacer l'esclavage qui s'en va, de ranimer les cultures méridionales, d'appeler au sein de la Confédération nouvelle les émigrants européens.

Il s'engagera à faire proclamer l'émancipation progressive, moyennant certains délais que justifient les difficultés de la situation ! Ici, je commence à douter. Que sera cette émancipation progressive? Ne consistera-t-elle pas peut-être dans la suppression de quelques abominations consacrées aujourd'hui par les lois du Sud et qui blessent trop vivement la conscience du vieux monde?

Non, s'écrie-t-on, M. JefTerson Davis s'engage à obtenir la liberté des enfants à naître! — J'attendrai de le voir pour le croire. Si rapide que soit en certains cas la marche des châtiments providentiels, je ne

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