CAUSES DE NOTRE ATTITUDE
qu'on nous pousse à pratiquer. — La séparation doit prévaloir! Nous avons décide que vous étiez hors d'état d'y mettre un terme! Vous ne combattrez plus! Tout au moins vous ne combattiez plus de telle ou telle manière! — Voilà le langage qu'on nous dicte, et comme on travaille à assurer artificiellement la fondation d'un État qui ne pourra pas vivre de sa vie propre, qui aura toujours besoin de la protection sans laquelle il ne serait pas né, il en résulte que l'influence et presque la domination européenne prendront pied au cœur même de l'Amérique septentrionale, aux portes de Washington.
Amis de la paix, vous qui êtes si pressés d'arrêter le conflit actuel, qui au besoin traceriez autour du président Lincoln le cercle de Popilius en lui défendant de maintenir le blocus et de poursuivre ses avantages, avez-vous fait le compte des guerres sans fin dont vous dotez l'avenir? avez-vous entrevu les conséquences de votre entreprise? vous imaginez-vous, par hasard, que vous tuerez les Etats-Unis? et, si vous ne les tuez pas, supposez-vous qu'ils vivront paisiblement un jour vous ayant sur les deux flancs de leur empire, en Virginie et au Canada, -vous sentant au bout des deux fleuves, à Québec et à la Nouvelle-Orléans?
Mais laissons encore cela : allons droit à la vraie question, à la question morale; considérons en face la théorie où s'abrite la reconnaissance future du Sud.
Elle peut se résumer ainsi : le vrai moyen d'afiranchir les esclaves, c'est d'assurer le triomphe des partisans de l'esclavage. Je crois peu, je l'avoue, aux bons résultats de l'injustice, et je n'ai pas oublié de quelle façon l'apôtre Paul a flétri la maxime « Faisons le mal afin qu'il en arrive du bien. » iNous avons toujours d'excellentes raisons pour favoriser la victoire des mauvaises causes. Et qu'arrive-t-il ensuite? La conscience humaine est troublée, faussée, pour ainsi dire, par ce double spectacle de nos complaisances pour le mal et du bien qui semble en résulter.
Ah! si le maln'enfantait jamais que le mal, le mal évident, la ruine immédiate, le recul visible de la civilisation, si la conséquence se trouvait toujours auprès du principe comme une fdle auprès de sa mère, le danger serait moindre. Mais la logique de l'histoire, quoique réelle et impitoyable au fond, ne présente pas à la superficie ces enchaînements incontestables; il arrive (et la crise américaine nous en offre un exemple), il arrive que certains progrès font leur chemin en dépit de tout et que les administrés de M. Jefferson Davis finissent par obéir, eux aussi, quoi qu'ils fassent, au mouvement qui commence à l'élection de M. Lincoln. L'abolition aura lieu, je l'ai reconnu, par la guerre ou par la paix, sous les influences favorables ou sous les influences contraires, avec l'union ou avec la séparation. Donc, si la séparation se consolide par notre entremise, il viendra un jour où nous pourrons dire :