DEUX NATIONS EN ANGLETERRE
Nous n'aurions rien fait si, nous bornant à apprécier l'attitude générale de l'Europe, nous négligions d'étudier de plus près la conduite des Anglais. Les vraies questions, les questions vivantes et pratiques, c'est chez eux qu'elles sont posées; c'est auprès d'eux qu'il faut aller chercher les solutions. A l'égard des États-Unis et de la crise qu'ils traversent, l'Angleterre a la haute main.
Ceci ne tient pas seulement aux liens du sang qui l'unissent à l'Amérique, à l'importance de ses relations commerciales avec elle, à la solidarité établie entre ses manufactures et le coton américain dont elle absorbe à elle seule les deux tiers; un plus noble motif lui impose une responsabilité spéciale : comme il s'agit de l'esclavage, l'Europe entière a reconnu d'instinct la
compétence de la nation qui s'est honorée pai- son grand acte d'émancij)ation.
PsuUe part ailleurs, pas même en France, il faut que nous en convenions modestement, les événements d'Amérique ne pouvaient alarmer autant d'intérêts et ne devaient, ce semble, attirer autant de sympathies. L'opposition anglaise h la cause du Nord devait être violente, l'adhésion anglaise à la cause du Nord devait être passionnée.
Si la première partie de ces prévisions s'est seule réalisée pendant bien des mois, cela tient à des causes qu'il importe de rechercher avec soin, afin d'y porter remède. Quoi qu'on fasse, en effet, il est probable que l'initiative essentielle continuera d'appartenir aux Anglais dans tout ce qui concerne les Etats-Unis. Fidèle à une alliance dont le maintien importe au monde entier, la France , sans abdiquer son libre arbitre , évitera cependant, autant que possible, de séparer son action de celle de l'xVngleterre. Je n'hésite donc pas à me tourner vers celle-ci et à lui demander compte d'une attitude qui a trompé tant d'espérances. Pourquoi l'Angleterre a-t-elle été si froide? Pourquoi l'Angleterre n' a-t-elle eu longtemps pour le gouvernement de M. Lincoln ni encouragement ni équité?
L'Angleterre, je suis heureux de le constater, commence à s'interroger elle-même sur ce point; le pays de Wilberforce se réveille et se retrouve. Puissé-je, en rappelant ce qu'il a fait ou laissé faire d 'pu's une
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année, seconder son généreux retour vers le bien!
Une première réflexion me frappe, la même qui s'est présentée à moi lorsque j'examinais l'attitude de l'Europe, la même qui m'a assiégé sans cesse d'un bout à l'autre de cet écrit : que de mal on aurait évité si l'on avait simplement maintenu l'application des principes! Et ici je ne parle pas seulement de la sympathie due à ceux qui se sont levés pour empêcher, au moyen de grands sacrifices personnels, l'extension de l'esclavage; je parle aussi du respect dû au droit. Supposez un moment que l'Angleterre, sans même se laisser aller à ses sympathies abolitionistes, eût pris le parti du droit, sa conduite n'avait plus ni difficultés ni embarras. Voici la justice et voilà l'injustice; voici un président rég*ulièrement élu et voilà des hommes qui s'insurgent contre la libre constitution de leur pays, contre leur drapeau et contre leurs serments; eh bien, nous soipmes du côté de la justice, qui est aussi le côté de la liberté. Sans intervenir, sans nous mêler de ce qui ne nous regarde pas, nous maintenons nos relations naturelles avec le gouvernement des États-Unis, et, quant aux hommes du Sud, nous ne leur devons rien, nous sommes déterminés à ne voir en eux que ce qu'ils sont, des révoltés contre le droit, des révoltés pour la servitude.
C'est une de mes joies, en poursuivant ce travail, de découvrir partout la confirmation d'une de mes
convictions les plus chères et les plus anciennes : la valeur immense des principes. Il n'y a pas de droit contre le droit; pratiquer la justice, telle est la seule politique simple, lumineuse, efficace et vraiment utile.
Supposez un moment que l'Angleterre n'eût pas eu d'autre politique que celle-là, que se serait-il passé? La guerre civile aurait été ou prévenue ou abrégée, un malentendu douloureux n'aurait pas pesé sur les rapports de deux grands peuples ; les griefs , les chances de guerre ne se seraient pas multipliés à l'infini ; on aurait beaucoup moins souffert ; dans le nouveau monde comme dans l'ancien, des relations cordiales se seraient nouées.
Il est des heures de lutte et de péril où le moindre encouragement reçu , le moindre serrement d'une main amie laissent d'ineffaçables souvenirs. Ce sont là des semences d'amitié et de paix déposées dans une terre bien préparée. Ce que nous semons aujourd'hui, nous le moissonnerons plus tard.
En esquissant ce tableau, j'ai décrit à l'avance, et par voie de contraste les tristes effets d'une politique où les principes sont traités de niaiseries, d'une politique qui, craignant avant tout de se montrer sentimentale, semble prendre plaisir à faire sur tous les points le contraire de ce que l'instinct du juste aurait prescrit. jN'établir aucune différence entre le droit et la révolte, étaler avec complaisance
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une impartialité peu conforme au droit des gens, abonder en méfiances et en scrupules à l'endroit de ceux qui défendent la cause des lois et de la liberté, inventer des interprétations favorables et des situations privilégiées au profit de ceux qui foulent aux pieds la constitution nationale en même temps que l'humanité, découvrir que la séparation pourra être utile avant de se demander si elle est juste, imposer silence aux indignations et aux sympathies, ne pas même s'inquiéter de ce qu'il y a d'immoral et de funeste, quoi qu'il arrive, dans les triomphes de l'iniquité, refuser le beau rôle qui s'offrait de lui-même à l'Angleterre, laisser perdre l'occasion de prouver une fois de plus au monde qu'elle met quelque chose audessus de ses intérêts et que le parti de la Bible fait reculer au besoin le parti du coton, tourner le dos à la chance unique de se concilier à la fois l'amitié de l'Amérique et l'estime de l'Europe sans a\oir cà entrer en rien d'ailleurs dans la querelle du Nord et du Sud, voilcà quels avantages on s'est procurés à force de se méfier de l'application candide des principes. On était trop malin, vraiment, pour admettre comme le premier venu que l'esclavage était au fond du débat, que les adversaires de l'esclavage devaient être préférés cà ses partisans, qu'en tout cas le résultat d'un scrutin devait être respecté, que le droit était le droit, que le gouvernement national était le gouvernement national, et que l'insiiriection était l'insurrection.
Aussi, qu'en est-il advenu? Le peuple américain, qui attendait beaucoup -de l'Ang'eterre, a éprouvé à son sujet un désappointement plein d'amertume. C'est de l'amitié blessée, c'est de la confiance trompée : un mal immense s'est accompli. On comptait sur la parenté, sur l'alliance naturelle des peuples libres; on comptait avant tout sur l'appui cordial de la nation qui avait dépensé un milliard et vaincu la résistance des intérêts pour alFranchir les esclaves de ses colonies. On assistait d'avance aux meetings, on croyait entendre déjà la voix des orateurs; le Parlement allait retentir des encouragements et des exhortations amicales adressées à l'Amérique; les églises allaient se lever à leur tour; le public chrétien, lien vivant des deux pays, allait comprendre la magnifique mission qui lui était réservée; on allait crier de partout aux Américains : « Nous sommes avec vous; nous vous demandons de ne pas reculer, de ne pas faiblir dans votre entreprise. Elle sera difficile; arrêter la croissance de l'esclavage, puis assurer sa suppression graduelle, c'est accomplir la révolution sociale la plus immense qu'il soit donné à un peuple de poursuivre icibas. Courage ! Vous donnerez un noble exemple ; vous ferez plus que nous n'avons fait nous-mêmes pour la cause de l'abolition. Vous lui consacrerez plus d'efforts, pkis de saciifices, plus d'argent et plus de sang; mais vous réussirez, et votre succès assurera le triomphe définitif de l'émancipation dans le monde entier. »
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Yo'ilà ce que l'on espérait de l'Angleterre . On l'espérait avec d'autant plus de confiance, que le prince de Galles venait à peine de quitter le sol américain, où des acclamations enthousiastes avaient paru sceller l'oubli définitif des vieilles querelles. Cette confiance était telle que, trompée au premier moment, elle n'en persévérait pas moins avec une obstination touchante. On ne se résignait pas à n'entendre venir de par delà les mers aucune parole d'aiïection. Le jour du péril était arrivé, il était impossible que des amis, des parents, des frères ne prissent pas leur part de cette détresse honorablement acceptée pour servir l'humanité. On a attendu longtemps ; longtemps on s'est dit qu'il y avait quelque méprise, que la nature du conflit n'était pas encore saisie par les Anglais. Puis il a fallu se rendre à l'évidence : le mal, un mal mystérieux, avait fait plus de ravages qu'on ne l'avait cru. A\ec un sang-froid glacial, la nation anglaise signifiait à l'Amérique que sa lutte n'intéressait personne, que le drapeau de l'esclavage déployé au Sud ne révoltait personne, que le succès du Sud n'effrayait personne, que le démembrement des États-Unis ne contristait personne.
Personne ! Je vais trop loin en disant cela, et d'honorables exceptions devront être signalées; mais ces exceptions ont été si rares, les témoignages de sympathie ont si bien fait défaut, les organes importants de l'opinion ont traité l'Amérique avec tant de ru-
desse, que l'indifTérence a été l'attitude incontestable de la nation.
Je dis ces choses sans ménagement, parce que je les dis sans haine. 11 y a, chez moi aussi, une affection déçue; c'est un peu cette douleur qu'on éprouve lorsqu'un ami désappointe par un de ses actes l'estime que nous avons pour lui. Et quel est l'ami de la liberté qui ne serait pas un ami de l'Angleterre? Loin de lui souhaiter du mal, nous pensons à son bien autant qu'à celui de l'Amérique elle-même, quand nous déplorons la froideur coupable dont elle vient de faire preuve. L'impartialité a ses douleurs, nous le sentons; on souffre des deux côtés.
A aucun prix; je ne voudrais m' associer aux déclamations insensées qu'on dirige contre « la perfide Albion. » Je ne dirai pas, parce que je ne le pense pas, que sa politique est toujours sans scrupule, qu'elle ne cède jamais à une impulsion généreuse. Lorsqu'elle arme ses volontaires, lorsqu'elle agrandit une marine dont la supériorité est la condition même de son existence, je ne m'étonne ni ne m'irrite. Les mesquines jalousies à son endroit n'ont jamais abordé mon cœur, et si le châtiment de sa conduite envers l'Amérique devait retomber sur sa tête, je serais le premier à m'en affliger.
C'est précisément pour cela que mes observations peuvent avoir quelque utilité. Un réquisitoire blesse-
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rait; l'expression de la douleur d'un ami, organe de beaucoup d'autres, trouvera peut-être le chemin des consciences.
Il y a deux nations en Angleterre. Quiconque n'a pas commencé par admettre cela doit renoncer à comprendre l'histoire de cet étrange pays.
11 y a deux nations, je le dis k la gloire des Anglais. Que de peuples chez lesquels les réactions énergiques vers le bien sont inconnues ! Que de contrées où les rivières coulent doucement d'une pente égale, sans que jamais aucun bloc de granit vienne arrêter et détourner les courants ! Il est tombé des blocs de granit dans les courants de l'Angleterre.
Le plus souvent sans doute le fleuve s'en va, descendant à la mer, et rien n'annonce qu'un obstacle contrarie la marche des eaux. Ce sont les époques d'inertie, de langueur, d'oubli des principes : alors prévaut une politique, non pas plus égoïste peut-être que celle des autres gouvernements, mais moins attachée aux formes et plus choquante, à force de sansgêne et de mauvaise grâce. Mais tout à coup la réaction s'opère ; une grande vérité morale se fait jour, l'agitation se propage, une puissance supérieure se dresse vis-à-vis de la puissance des habitudes et des intérêts. Alors l'humanité remporte une de ses victoires. Aujourd'hui, ce sera l'abolition de la traite ; demain, ce sera l'abolition de l'esclavage; une autre
fois, ce sera l'éinancipatlon des catholiques ; puis, la réforme du Parlement; puis, la suppression du régime protecteur. Ce seront de vastes enquêtes, ce seront de persévérants efforts pour conquérir partout la lii3erté religieuse, ce seront de puissantes sympathies en faveur de l'indépendance des peuples. Quand l'Angleterre chrétienne et libérale s'émeut, quand ses journaux et ses meetings commencent à prolester contre une iniquité sociale, on sent que ce ne sera point là une velléité passagère, une fantaisie honnête, comm.e il nous arrive d'en avoir tant; c'est un dessein arrêté, qu'on poursuivra jusqu'au bout avec cette mâle énergie que les délais ne découragent pas plus que les échecs.
Devant les réactions dont je parle, les traditions vulgaires de l'administration britannique finissent toujours par fléchir. On sait de quel air les crimes du gouvernement indien furent dénoncés en plein parlement. On sait quelles voix s'élevèrent, pendant la durée même de la guerre d'Amérique, pour réclamer l'indépendance des Etats-Unis. Si quelque jour, comme j'y compte bien, le commerce de l'opium doit succomber, il tombera, soyez-en sûrs, sous les coups d'une réaction morale suscitée en Angleterre.
Voilà comment il se fait que l'histoire anglaise renferme tant de contrastes, tant de bien et tant de mal. Qui ne voit que le mal se trompe; qui ne volt que le bien se trompe pareillement. Il y a là deux nations, je le répète. Lorsque l'Angleterre sans principes nous
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ainige, tournons-nous avec confiance vers l'Anglelerre chrétienne et libérale. Grâce à Dieu , elle se montre toujours plus. Depuis cinquante ans , elle n'a cessé pour ainsi dire de livrer bataille. Un moment engourdie , elle ne tarde pas à se réveiller. La voici, elle s'avance; un peu tard sans doute, mais à temps toutefois; elle va réformer de sa main généreuse la politique suivie à l'égard des États-Unis.
Il faut en prendre notre parti, les réactions anglaises sont toujours un peu lentes. Cela tient, il est juste de le remarquer, k un sentiment de patriotisme. Avant d'attaquer de front la conduite de leur pays, surtout au dehors, les Anglais commencent d'ordinaire par s'y associer. Leur instinct les pousse à faire corps , à ne voir d'abord que le drapeau de l'Angleterre. L'indépendance d'opinion leur manque au premier moment et leurs ministres des affaires étrangères sont à peu près sûrs d'être suivis. Mais peu à peu on réfléchit, on s'éclaire, on discute, on rachète par beaucoup de bruit et d'énergie la docilité des débuts.
Comment n'en serait-il pas ainsi chez un peuple élevé depuis tant d'années à l'école des libres discussions? Voilà six ou sept siècles que l'Angleterre possède sa grande charte, son lutbcas corpus, son Parlement, son jury; voilà plus de deux siècles que ces institutions, vaines formes sous les Tudors, sont devenues la loi souveraine et indestructible du pays. L'An-
gleterre avait ses hommes libres quand nous n'avions que des courtisans; elle avait ses grandes luttes parlementaires à l'époque de nos petits abbés. Brillants par d'autres côtés et n'ayant à envier personne en fait de gloire, il nous conviendrait mal de mépriser la nation de Russell, de Sidney et de Foë, la nation qui échappa à force de vigueur au péril effroyable des Stuarts pensionnés par Louis XIV et chargés de discipliner l'Angleterre selon la méthode française d'alors. Si nous lui ressemblons trop peu pour la bien comprendre , il me semble que rien ne nous empêche de lui rendre justice.
Spectacle étrange et qui certes a sa grandeur : un peuple qui tantôt se laisse entrahier très-bas par ceux qui le gouvernent, et qui tantôt se redresse avec une incomparable énergie, confessant, attaquant le mal, son propre mal, commençant et poursuivant une de ces fortes enquêtes au bout desquelles se tient une réforme; un peuple chez qui le sens moral parle haut; un peuple chez qui les soulèvements contre l'injustice sont autre chose que la fantaisie ou la mode d'un moment. Que de voix généreuses depuis celle de Burke ! Que de libertés laborieusement conquises, par la parole, par la persévérance , sans verser le sang ni renverser la constitution : liberté des esclaves, liberté religieuse, Uberté politique, liberté du commerce, liberté des colonies! Cette forte Angleterre, où les desseins durent et aboutissent, où les réclamations, je
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déviais dire les explosions de la conscience humaine, rachètent les actes parfois odieux d'une politique sans scrupules, cette Angleterre qui se fait haïr à bon droit et qui se fait aimer à meilleur droit encore, est-il permis de la juger sur le mal qu'elle a failli faire, sans se souvenir du bien qu'elle a accompli?
C'est le plus libéral des peuples, et c'est le moins révolutionnaire. Peuple loyal, aimant sa reine, plongé tout entier dans le deuil par la mort du prince Albert, il n'a jamais confondu le progrès et le nivellement, il n'a jamais cru que le respect de la loi pût être contraire à la passion de la liberté. Fidèle à ses vieilles traditions nationales, conservateur sans être immobile, il regarde en face ses trois ennemis mortels, l'esprit d'absolutisme, l'esprit de conquête et l'esprit de révolution.
Nation héroïque, notre égale sur les champs de bataille, l'Angleterre a échappé à la manie des uniformes et des plumets; par ses instincts, par ses intérêts, par l'influence de l'Évangile, elle aime la paix.
J'ai parlé de l'Évangile. Là, pourquoi ne pas le dire? là se trouve la source de ces grandes réactions morales qui, toujours plus fréquentes et plus puissantes depuis que le réveil religieux a affermi son empire , achèveront bientôt de transformer la politique anglaise. L'ancienne politique anglaise avait mauvaise réputation, et franchement elle en était digne. Plus cynique que machiavélique, affichant, exagérant comme à dessein so i
égoïsme,.peu pliarisaïque mais très - grossière , elle semblait s'être donné la tâche de provoquer et de défier la haine.
Aujourd'hui tout cela change. Si quelques esprits attardés redisent encore le rivis mm romanus de l'orgueil britannique, si le cri de guerre contre T Amérique a été répété un moment par la foule, si la disposition à briser brutalement ce qui résiste se manifeste encore çà et là, une disposition meilleure se montre aussi, un autre peuple se lève.
Cet autre peuple est celui qui donne son or pour répandre sur la terre la parole de Dieu, qui entreprend de grand courage la mission intérieure et la guérison des plaies béantes du paupérisme, qui croit, qui prie, qui se dévoue, qui dote son pays (fait unique et que nous ne saurions assez admirer) d'une littérature décidément morale, qui aborde le christianisme par le côté de la sanctification et du devoir, qui resserre avec un soin jaloux le lien de la foi et des bonnes œuvres. C'est ce peuple dont les sympathies persévéï-antes pour tout ce qui est généreux ont forcé la politique à s'incliner devant la justice.