‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 21 sur 66 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

C 0 N D l I T E DE L A N C L E T E H R E

J'avais besoin d'écrire les pages qui précèdent; elles expliqueront et fortifieront celles qui vont suivre. Si notre devoir est de résister au mal, notre devoir aussi est de croire au bien.

Ce devoir-là, il est rare que nous le remplissions ; faute de l'avoir rempli, notre critique ressemble à de la haine.

La haine n'a jamais servi une bonne cause. Je ne connais ici-bas ni hommes tout d'une pièce, ni nations entièrement vouées h des desseins pervers. Le Sud luimême, j'ai pris soin de le dire, renferme beaucoup plus d'hommes sincères et de cœurs élevés qu'on ne supposerait si on le jugeait par ses institutions ou par ses passions et si l'on oubliait de faire entrer en ligne de compte l'inQuence des milieux.

Je veux rester optimiste à l'égard de l'Angleterre comme je l'ai été, dit-on, à l'égard des États-Unis. Etre optimiste, c'est d'ordinaire être vrai. ?sotie siècle grognon, qui s'attache volontiers au vilain côté des choses, tomberait dans la misanthropie et dans le découragement, si personne ne lui montrait le beau côté.

Je voudrais définir en peu de mots, sans le grossir ni l'atténuer, le tort grave que je reproche à l'Angleterre.

Prétendre qu'elle ait pris paru pour le Sud ou même qu'elle ait délibérément voulu la séparation définitive du Sud, ce serait aller au delà de la vérité. Son crime est d'avoir été indilTérente. Sa neutralité morale, voilà ce qui a consterné et allligé jusqu'au fond de l'àme tous ceux qui se souviennent de ses vrais titres de gloire.

Le 1" août 183Zi, lorsque huit cent mille êtres humains passaient de l'esclavage à la liberté, l'Angleterre contractait un engagement solennel dont l'opinion du monde entier doit lui demander compte. Depuis ce jour, il n'y a pas un ennemi de l'esclavage qui ne regarde de son coté, il n'y a pas un pauvre nègre dont le cœur ne batte à sou nom, il n'y a pas un marchand d'esclaves qui ne redoute avant tout l'apparition du pavillon britannique. Si le Portugal et le Brésil ont renoncé à h traite, c'est sur les instances de l'Angle-

SA CONDUITR. 133

tene ; si l'Espagne se sent menacée dans ses pratiques odieuses de Cuba, c'est qu'il y a une Angleterre pour les lui reprocher publiquement. Qu'elle prenne W\hdalî et Lagos, chacun y applaudira; ceux-là même dont ses agrandissements alarment le plus la jalousie savent que Lagos sera un poste avancé d'où elle surveillera et réprimera bientôt l'infâme roi de Dahomey. La grandeur de l'Angleterre est dans le principe qu'elle représente. Quaiid elle perdrait Gibraltar et Gorfou (je crois qu'elle les perdra un jour), quand elle perdrait même le Ganada et son empire de l'Inde, elle ne serait pas diminuée, pourvu qu'elle demeurât le pays de la liberté politique, de la liberté religieuse et de la liberté des noirs.

Eh bien, nous qui ne souhaitons pas la déchéance de l'Angleterre, nous qui ne parlons pas de « ses institutions pourries , » nous avons souiïert de son attitude depuis une année , au delà de ce que je puis exprimer.

Depuis une année, ses grands journaux n'ont presque eu que des moqueries ou des insultes pour l'Amérique travaillant à se relever. La chute de la suprématie méridionale, qui avait tout abaissé et qui allait tout perdre, n'a élé applaudie par personne. Le gouvernement anglais a accordé d'emblée aux révoltés du Sud le titre de belligérants. Quant à la nation américaine, la seule (ja'il dût connaître officiellement, il ne lui a pas

même accordé le secours moral d'une parole de sympathie.

Je n'ai pas besoin d'aller plus loin pour m'indigner. Le droit violé n'a pas ému ces hommes du droit; la liberté en cause n'a pas ému ces hommes de la liberté. Leur impartialité en pareille matière a été un des scandales de notre temps.

Qu'on ne se méprenne pas sur ma pensée. L'Angleterre n'avait à intervenir en rien ; alors même qu'elle n'aurait pas élevé les insurgés au rang de belligérants, elle eût été tenue de ne point agir. Malheur aux pays dont les guerres civiles voient apparaître le drapeau de l'étranger! Il fallait donc être impartial, mais non pas de la façon qu'on l'a été. Nous serions descendus bien bas, le jour où, sous prétexte de rester neutres, les grandes nations afiecteraient de ne plus distinguer entre le bien et le mal.

Je m'attache à être modéré, afin de demeurer juste. Au crime d'indifférence, je ne joindrai pas celui de complicité avec le Sud. On a répandu toute sorte de bruits que je me garderai d'accueillir. — La reconnaissance prochaine du Sud aurait été presque arrêtée à plusieurs reprises! La séparation du Sud et du Nord aurait été considérée comme un avantage à conserver par tous les moyens! L'incident du Trcnt aurait fourni un prétexte à la politique du cabinet! A défaut de ce prétexte, on en aurait cherché d'autres, si l'opinion ne s'était enfin éveillée!

Que cela ait été vrai de quelques membres du ministère, il me semble dlfliciJede le mettre en doute; mais que le comte Russell, que M. Gladstone et d'autres encore aient accepté un pareil programme, qui pourrait le croire? On dit bien des choses parle temps qui court, et les velléités mauvaises qui traversent à certains moments l'imagination d'un homme d'Etat sont aisément transformées en systèmes.

Je m'en tiens, quant à moi, aux actes publics du gouvernement anglais. Il a adressé des avertissements sérieux aux arniateurs qui lui avaient annoncé leur intention de trafiquer avec les ports du Sud ; il a refusé d'examiner l'efficacité du blocus à une époque où il n'était pas effectif comme il l'est aujourd'hui, il a repoussé enfin les ouvertures que lui ont certainement faites les agents de M. Jefferson Davis, chargés de tout promettre, tout, jusqu'à la liberté des enfants à naître, en échange de la reconnaissance. Il est évident que, de concert avec la France, il assure au moins quelques mois de sécurité aux opérations militaires du Nord.

C'est peu ; on ne saurait dire que ce ne soit rien. Si le gouvernement anglais a fait montre d'une déplorable indifférence, s'il a encouragé la révolte en évitant de dire dès l'origine ce qui l'aurait découragée, il a eu quelque mérite cependant à contenir les impatiences de la population manufacturière. En d'autres temps et chez d'autres peuples, un intérêt aussi co-

lossal que celui de l'industrie cotonnière n'aurait pas tardé à faire la loi. 11 est honorable pour le siècle où nous vivons qu'une telle victoire de la matière sur l'esprit ait été jusqu'cà présent impossible et qu'en présence d'un pays qui ne l'a pas permise nous ayons le droit de blâmer plus que nous ne le louons. Il devait faire beaucoup mieux encore; nous l'estimons trop, pour juger que sa conduite ait été digne de lui.

Je maintiens ce jugement, quoique je repousse d'ailleurs les accusations de diverses natures qu'on a dirigées contre le gouvernement anglais. S'il a laissé entrer à Soutliampton le \(ishrill(% qui venait de brûler un vaisseau de commerce américain, il n'a fait en cela que se conformer aux règles de la neutralité; le Swntcr aussi a pu s'abriter successivement à la Martinique, à Cadix et à Gibraltar, sans que le droit des gens autorisât l'administration française, espagnole ou anglaise à le livrer aux navires américains qui le poursuivaient.

Même pour les envois d'armes et de munitions au Sud révolté, le gouvernement anglais peut soutenii', à la rigueur, qu'il a rempli ses obligations internationales. Je dis « à la rigueur, » car il est certain qu'avec un peu de bonne volonté et aux termes de la proclamation de la reine qui défendait les envois de cette nature, il aurait dû parvenir à empêcher que sous ses yeux, en pleine Tamise, en vue de Downing-Street, des flottes entières fussent chargées d'armes à l'adresse de Charleston. Au Canada comme en Angleterre, lesexpé-

ditions île ce genre n'ont cessé d'avoir lieu, ^'aulailon rien obtenu par des avertissements répétés, parla manifestation énergique du bLàme qu'encourent de telles opérations? J'ai peine à le croire. En tout cas, la patience a été poussée un peu loin.

Elle l'a été aussi dans d'autres circonslances. Lorsque l'explosion de la révolte eut lieu dans le Sud, il y eut là des maladroits qui ne craignirent pas de montrer l'horreur que leur inspirait l'Angleterre abolitioniste. Un Anglais, capitaine d'un vaisseau luarcliand, fut roulé dans la poix et dans les plumes. D'ordinaire, le gouvernement anglais est fort prompt, et je l'en loue, à venger de telles -injures; il lui faut une réparation publique, éclatante. Que se passa-t-il cette fois? L'affaire fut portée par M. Duncombe devant la Chambre des communes, qui trouva la chose plaisante, car elle se mita rire. Les ministres parlèrent d'enquête; et tout s'est terminé sans doute par quelque petite indemnité accordée sous le manteau de la cheminée au capitaine emplumé.

De même, il y avait eu des sujets anglais enrôlés de force dans l'armée du Sud ; il y avait eu des propriétés anglaises confisquées. A-t-on réclamé? Je l'ignore. Ce qui est sur, c'est qu'on a évité le bruit. L'impartialité, telle qu'on l'entendait alors , exigeait ces ménagements.

Mais quand il s'agit d'apprécier la conduite d'un

pays tel que l'Angleterre, il ne faut pas s'en tenir à considérer les actes du gouvernement; il faut lire les journaux, écouter les discours, interroger les partis. La politique de la nation se fait là ])ien plus que dans les bureaux des ministres.

On sait ce que sont l'importance et l'influence du Tiincs. Le Times a donné le ton, on peut le dire, à l'opinion anglaise vis-à-vis de l'Amérique, et cela dès le premier jour. Dès le premier jour, il a soutenu, avec cette brusquerie capricieuse qu'on lui connaît, que l'esclavage n'avait l'ien à voir dans la lutte du Sud et du ^îord, que la rupture était définitivç, qu'elle était désirable et bonne, que le cabinet de-AVashington était à la fois insensé et coupable de combattre le gouvernement de Richmond, que l'abolition devait trouver trèsbien son compte dans l'indépendance du Sud, que les insurgés avaient été élevés à bon droit au rôle de belligérants.

Depuis que l'opinion sort de sa torpeur en Angleterre et que la perspective d'une alliance avec M. Jefferson Davis soulève la conscience publique, le Timrs a modifié ses allures. On l'a vu tantôt reconniiander une sorte de modération relative dans l' affaire du Trrut, tantôt retourner à ses anciennes violences et exploiter avec une injustice passionnée l'em.pierrement deCharleston. Cependant, somme toute, il s'est prodigieusement calmé; ce n'est pas lui qui recommandera la violation du blocus, il a même publié de nobles

et fortes paroles pour démonti-er uux Anglais que cesser maintenant de reconnaître le blocus, ce serait abaisser la politique nationale. Sa thèse, jusqu'à nouvel ordre, c'est la neutralité absolue.

11 a même eu, par-ci par-là, quelques coups de boutoir à l'adresse des États à esclaves, et personne n'a oublié l'article où, recommandant de ne préparer aucune ovation à M.M. Mason et Slidell, il leur signifiait en propres termes que l'Angleterre n'estimait ni leur cause ni leur personne, et qu'elle aurait fait a pour deux nègres » exactement ce qu'elle venait de faire pour eux.

Le l^'incsest impartial à sa manière, car il n'épargne personne. 11 l'est aussi d'une façon plus honorable, en ce qu'il admet la liberté entière de ses correspondants qui réparent, jusqu'à un certain point, le mal produit par la rédaction principale.

Ceci est essentiel, car les correspondants du Times sont souvent des hommes du plus grand mérite, et c'est par eux que se sont poursuivies des enquêtes admirables d'énergie, de persévérance, de clairvayance. Des services considérables ont été rendus ainsi par le Times lors de la campagne de Crimée, et ceux même qu'avaient irrités le plus ses articles furent forcés de reconnaître que sans lui la réforme de l'administration militaire n'aurait pas eu lieu.

M. Russell, le correspondant du 7'//;?^.? en Amérique, a suivi et raconté la marche des événements avec

peu de bienveillance sans doute , mais avec une sincérité et avec un talent qui ne sauraient être niés. Ses lettres, reproduites presque toutes par les journaux américains, n'ont pas été inutiles au £^ouvernement de M. Lincoln. 11 y a là des avertissements parfois sévères, mais le plus souvent salutaires. Sans rendre, tant s'en faut, une complète justice au A'ord, M, Piussell n'est pas du moins de ceux qui se méprennent soit sur la cause véritable de la guerre, soit sur les chances de succès. Il a ce mérite de détester cordialement la cause du Sud et de le dire.

J'ai tenu à signaler cet esprit de sérieuse enquête, cette recherche des faits qui caractérise l'organe de la Cité, môme aux jours où il s'égare le plus. Il me serait impossible d'adresser le même compliment au journal qui passe pour exprimer la pensée de lord Palmerston. Le Moriiing-Post n'a pas atténué, par l'impartialité de ses correspondants, la violence hostile de ses articles de fond. Nier les succès du Nord, exagérer avec enthousiasme ceux du Sud, s'irriter de tout ce qui pouvait augmenter les chances du gouvernement de Washington, s'indigner lorsque les princes d'Orléans mettaient généi'eusement leur épée au service des États- Unis, annoncer souvent la reconnaissance comme à peu près certaine, sinon comme immédiate, nier la légalité du blocus, découvrir dans le barrage de Charleston un véritable cas de guerre, renoncer le plus tard possible à l'occasion fournie parle TrciU et chercher bien

vite autre chose pour en tenir lieu, faire comprendre enfin que la patience de l'Angleterre est tout près d'être épuisée, voilà les traits principaux d'une polémique qui a profondément alarmé les amis de l'Amérique et non moins profondément alTligé les amis de l'AngleteiTe. Par moments, il est vrai, le Morning- Post a paru changer de tactique ; nous l'avons vu résister un jour aux gens trop pressés, et les progrès récents qu'a faits l'opinion .publique ont maintenant transformé sa rédaction. Toutefois, il a fait un mal innnense par cela seul qu'on a cru voir dans cette rédaction le reflet plus ou moins fidèle de la pensée du premier ministre. On le niera peut-être maintenant; j'aurais mieux aimé, je l'avoue, qu'on l'eût nié un peu plus tôt.

Quant aux journaux du parti tory, leur o})Inion ne pouvait être douteuse. — 11 faut que l'Angleterre se jirocure du coton h n'importe comment [by fuir jneam or foui),» telle a été la profession de foi, courte et claire, du Morning-Ilcrald. Vers la fin de janvier encore, il demandait que des bâtiments de guerre, stationnés devant tous les ports du Sud, en assurassent la libre pratique aux vaisseaux de commerce neutres!

N'y a-t-il donc eu aucun journal en Angleterre qui ait défendu la bonne cause, qui soit demeuré lidèle aux traditions libérales du pays? Gardons-nous de le croire. Le /)/(il>/-.\c)rs, qu'on regarde comme l'organe habituel du comte Russcll, le SUtr, le C'iobe, le Scoils-

man, la Lonclon Oniirlcrbj lîevieiv et plusieurs autres ont tenu tête au Times, au Moniiiig-Posi et au Morning-IIerald. La presse à bon marché, dont l'importance ne doit pas être méconnue, s'est prononcée aussi, depuis l'ailaire du Trcnl, par une façon d'agir moins provoquante et moins rude. Décidément la réactioii s'opère et les principes se rangent en bataille contre les intérêts, en attendant qu'on ait pleinement compris que les intérêts n'ont pas de meilleurs alliés que les principes.

Un fait remarquable, c'est que la distinction des tories et des wighs, qui tend à s'eîlacer dans la politique intérieure de l'Angleterre, semble conserver toute sa valeur à l'égard de la question d'Amérique. Les tories sur ce point n'ont rien appris et rien oublié; ils en sont encore à lord Chatam se faisant porter à la Chambre des pairs et protestant de sa voix mourante contre la proposition de reconnaître les^Etats-Unis. Les États-Unis représentent toujours à leurs yeux une révolte qu'il faut punir, une république -qu'il faut humilier, une marine rivale qu'il faut alfaiblir. C'est, diraiton, un article de foi pour la Onarier/j/ ncrieir, pour le Blackirood's Magazine et pour leurs lecteurs que rien n'est bon aux États-Unis, que tout Américain est un banqueroutier, que l'émeute gouverne, que la loi de Lynch est appliquée à chaque coin de rue, que dans la société américaine le ridicule coudoie incessamment

SA CONDUITE. m

l'odieux. Les tories ont reproché une fois au conUe Piussell d'avoir abandonné « la neutralité morale » en prononçant quelques paroles au Parlement sur les abominations de l'esclavage. A l'occasion du banquet annuel de l'association conservatrice de Colcbester, ils ont essayé une grande démonstration en faveur du Sud ; le capitaine Jervis y a proposé ouvertement de forcer le blocus, de soutenir les États à esclaves et de faire cesser ainsi les souffrances de l'industrie cotonnière. Malgré la leçon que leur avait donnée l'opinion publique, chez laquelle, sachons le reconnaître, une politique aussi accentuée n'avait trouvé aucun appui, plusieurs des membres importants du parti, sir John Packington, le général Peel, le major Beresford, lord Derby lui-même et M. Disraeli, ont, les uns encouragé les tendances de lord Palmerston, les autres donné à entendre qu'un cabinet tory, non content de placer le Sud parmi les belligérants, saurait bien lui donner bientôt une place parmi les gouvernements reconnus. On sait ce qui s'est passé au banquet de la corporation des marchands de poisson. Ce corps considérable avait invité M. Yancey, le commissaire envoyé par M. Jefferson Davis à Londres. Là, en présence d'une assemblée sympathique, au bruit d'applaudissements unanimes, ce représentant des États à esclaves a pu s'écrier : u Le mot Aiiu'rique ne représente plus un peuple uni; il existe maintenant deux nationalités ; méricaines. » Puis, faisant allusion à ce nom de n-

belles que le Nord prétend appliquer aux hommes du Sud, il a continué ainsi : « Grâce à ce grand mouvement anglais, promptement suivi par la France et par l'Espagne, la justice et le sentiment du droit ont promptement efTacé un tel stigmate de nos fronts et, ici du moins, mes compatriotes sont reconnus comme belligérants. » Il a exprimé enfin la gratitude du Sud pour cette prompte proclamation de son droit ; Bis dut qui citu dat, qui donne vite donne deux fois. Et l'assemblée, qui n'ignorait pas que la proclamation avait été prompte en effet, a répondu par des bravos prolongés.

A l'autre extrémité du monde politique, deux radicaux, MM. Roebuck et Lindsay, n'ont pas montré plus de bienveillance pour le jNord. M. Roebuck s'est attaché à rappeler l'insolence, la présomption, les injures récentes par lesquelles l'Amérique s'est aliéné toutes les sympatliies de l'Angleterre. Quant h M. Lindsay, ancien hôte des Etats-Unis, où il avait rempli une mission, il paraît être un de ces champions de la liberté commerciale qui nous la feraient prendre en horreur, à force de lui sacrifier tout autre principe et toute autre liberté. 11 ne veut pas qu'on respecte le blocus; il applaudit à la séparation ; il admet que le Sud pourra armer un million d'hommes ,• il demande enfin qu'on aille jusqu'à la reconnaissance officielle. Ajoutons que les électeurs de Sunderland, fort prodigues de bravos jusque-là, ont eu le bon sens de s'indigner à l'ouïe de

cette conclusion : ils se sont mis bravement à siffler leur député.

J'aurais trop de besogne si je voulais faire la tournée complète de ces banquets électoraux où tant de membres du Parlement sont venus avant sa réunion présenter leur profession de foi sur l'affaire américaine. Ces professions de foi se ressemblent en général en ceci que le fait de la séparation est admis comme définitif et que la sympathie pour une cause généreuse fait entièrement défaut; mais d'ordinaire les orateurs ont soin de prédire les succès du Sud sans conseiller à l'Angleterre d'y aider. Parmi les prophéties dont je parle, je citerai celle que sir Edward Bulwer Lytton adressait vers la fin de septembre au meeting de la Société agricole du comté de Hertford : « Mes jeunes auditeurs d'aujourd'hui vivront assez pour voir non pas deux, mais au moins quatre républiques indépendantes issues des États-Unis. » Il n'y a d'ailleurs chez celui qui s'exprime de la sorte aucun sentiment de haine ; ses motifs sont en quelque sorte géographiques : les nations trop vastes ne manquent jamais de se briser. « Je suis loin de penser, prend-il soin de dire, que ces séparations doivent être préjudiciables aux futures destinées de l'Amérique ou à ce principe de self government dans lequel consiste l'essence de la libertés. »

J'ai besoin maintenant, et le lecteur aussi, d'entendre quelques accents plus généreux. Il y a eu. Dieu merci, des hommes dont la voix s'est élevée pour rap-

peler la vraie cause et la grandeur du conflit américain, des hommes qui n'ont pas attendu pour se prononcer ainsi que le revirement d'opinion dont nous sommes témoins se lut préalablement produit. Sans parler de MM, Gobden et Bright, que nous retrouverons plus loin à propos du Trente je puis citer M. Leatham et M. Gilpin, qui ont encouragé le Nord à montrer de plus en plus qu'il lutte contre l'esclavage et qui lui ont promis les sympathies croissantes de l'Angleterre. M. Forster s'est écrié à Bradford : « Ce serait une honte éternelle pour l'Angleterre si nous intervenions pour le Sud et pour l'esclavage. Et il ne faut i)as oublier que nous agirions ainsi si nous violions un blocus légitime, ou si nous leconnaissions d'une manière prématurée la confédération du Sud, contrairement au droit des gens. »

J'aime le discours que lord Stanley prononçait il y a quelques mois à l'iiôtel de ville de Lynn. Ce n'est pas la première fois que le fils de lord Derby agit nonseulement en homme supérieur, mais en honune vraiment libéral. Bien (ju il admette la probabilité d'une séparation définitive, son langage respire une sympathie élevée et cordiale. On sent qu'il estime ce grand peuple des Etats-Unis et qu'il croit à son avenir. Il flétrit les passions haineuses et mesquines qui se donnent carrière à son endroit; il aurait horreur ([u'on mît à profit ses embarras.

Si nous écoutons maintenant à la même époque,

c'est-à-dire avant la réunion du Parlement, les membres du cabinet et les personnages dont les influences se font sentir dans la direction des atïaires publiques, nous remarquerons de nouveau ce mélange de mal et de bien, cette indifférence proclamée, cette politique de neutralité provisoire à laquelle ils semblent se rattacher en attendant mieux, puis çà et là d'autres hommes représentant les meilleurs sentiments de la nation.

Lord Palmerston a bien montré sa froideur glaciale à l'égard du Nord, le jour où, dans son discours de Douvres, il parlait de a la rapidité à la course qui a signalé la bataille de Bull-Run. d Plus tard, au banquet du lord maire, le premier ministre s'exprimait d'une façon plus convenable : il engageait son pays à la patience: il s'affligeait au sujet de « ce différend du caractère le plus déplorable entre ceux que nous appelons nos cousins et nos alliés ; » il formait des vœux ardents pour la paix, refusant au reste de porter aucun jugement sur la querelle.

Lord John Russell était moins prudent, parce qu'il avait l'âme plus^ libérale. A la chambre des communes, il ne craignait pas de porter un jugement sur la querelle, accusant à haute voix et maudissant l'esclavage, tout en ajoutant que d'autres raisons, des raisons de suprématie avaient eu selon lui le premier rôle. A ÎSewcastle, il manifestait un intérêt vrai pour les Étatsl'nis : « Ce serait un grand malheur, s'écriait-il, si ce gouvernement libre devait s'écrouler. »

M. Gladstone a pris à son tour la parole ; son discours de Leith restera comme une condamnation éclatante des passions qui avaient failli enfanter la guerre. Il reconnaît la noble conduite du gouvernement de M. Lincoln; il veut qu'on lui rende justice ; il considère comme un devoir de travailler à maintenir ou à rétablir les relations, non de paix seulement, mais d'affection réciproque entre les États-Unis et l'Angleterre.

Je termine sur ce point en citant quelques belles paroles adressées par le duc d'Argyll à ses tenanciers :

(i On a dernièrement exprimé des craintes au sujet des inconvénients qui doivent résulter pour notre pays de la lutte qui a éclaté en Amérique, et l'on a jugé ces inconvénients si graves, que l'on veut demander au gouvernement d'intervenir... J'ai une trop haute opinion du bon sens du peuple de ce pays pour croire qu'il veuille exercer une telle pression sur le gouvernement, et je dois ajouter que j'ai une trop grande confiance dans la fermeté et dans l'intelligence du gouvernement et du Parlement pour croire qu'ils consentent jamais à une telle pression... Ne regardons de la question que ce qui est appelé le droit de séparation. Je ne sache point qu'il ait jamais existé dans le monde un gouvernement qui puisse admettre qu'on ait le droit de se séparer de lui et de se soustraire à sa domination... Si les États du Sud, comme ils

le proclament hautement, croient que l'esclavage n'est point un mal que l'on doit seulement tolérer et faire cesser le plus tôt possible, mais une institution divine, un bienfait pour l'humanité, que l'on doit maintenir, étendre et défendre jusqu'à la mort, alors il est naturel que le Sud se lève pour le protéger. Mais en ceci, comme dans toutes les autres révolutions, ceux qui y prennent part doivent être jugés finalement par le verdict moral de l'humanité... Nous faisons certes les vœux les plus ardents pour que la lutte cesse promptement; mais, je dois l'avouer, il est un autre désir qui doit, je le pense, passer dans nos cœurs avant celui-là : c'est le désir que la fin de cette guerre, à quelque moment qu'elle arrive, que ce soit tôt ou que ce soit tard, soit digne des sacrifices qu'elle a exigés , qu'elle concoure à la civilisation du monde et fasse progresser la cause de la liberté humaine. »

Si tout le monde veut la neutralité, si tout le monde n'a cessé de vouloir la paix, je constate du moins que tout le monde n'a pas voulu la neutralité et la paix de la même manière. Autre est la manière du Morning- Post et autre est celle du Daily-Neirs; autre est la manière de lord Palmerston et autre celle de lord Stanley, de M. Gladstone et du duc d'Argyll.

Le fait est que des deux nations qui coexistent en Angleterre, la moins bonne est celle qui a dirigé ou inspiré pendant un an les relations avec les États-

150 ANGLETERRK.

Unis. Défiances, relus de sympathies, théorie des belligérants, neutralité doublée d'indifférence, découverte incessante de nouveaux griefs, menace perpétuelle de la reconnaissance du Sud, exploitation passionnée et en quelque sorte avide des incidents qui pouvaient conduire à une rupture, résignation peu touchante aux suites horribles que cette rupture devait entraîner, voilà ce qu'on a vu chez les Anglais sous cette direction première.

Quel changement depuis que l'autre nation s'est montrée! La victoire, on a le droit de l'affirmer dès k présent, appartiendra à l'Angleterre de la Bible, à celle que les journaux du Sud ont redoutée et maudite à l'origine du conflit. « Nous serions sûrs de l'emporter, disaient-ils alors, à cause du coton et du libre échange, n'était le fanatisme contre Veselaragc qui va arrêter peut-être les bonnes dispositions du gouvernement britannique. » — Ils ne se trompaient pas; pour qui l'examinait sans prévention, l'Angleterre chrétienne et libérale ne s'est jamais tellement cachée, qu'on n'ait senti sa présence et prévu son prochain réveil.

Ceci sera l'une des plus étranges et en même temps des plus nobles luttes de notre temps. La crise du coton d'un côté, l'Évangile et la liberté de l'autre. Qui l'emportera? La réponse semble d'abord douteuse, mais elle ne le semble pas longtemps. Les vraies sympathies vont au Nord, personne ne saurait plus le contester.

SA CONDUI tE. 151

Avant tout la justice, avant tout l'humanité, avant tout le devoir! Ou ne fera pas de l'Angleterre une alliée de M. JelTerson Davis; décidément, on ne le fera pas. Le Sud, qui s'est beaucoup diverti au sujet des j)hilanthropes, est en train d'apprendre à ses dépens que leur pouvoir dépasse celui du Times et celui de lord Palmerston.

Au travers des douleurs que nous causait l'attitude de l'Angleterre depuis une année, nous éprouvions une consolation secrète à constater que l'opinion chrétienne et libérale, même engourdie, se faisait cependant respecter. Malgré le coton, malgré le libre échange, malgré les ennuis d'un blocus qui froissait chaque jour les intérêts et l'orgueil des Anglais, d'un blocus insuffisant au début et qui confisquait en bon nombre les navires de Manchester et de Liverpool, il y a eu au fond de cette société énergique un sentiment que personne, quelque envie qu'on en eût, n'a osé froisser trop fortement. On a essayé de tout; mais, le jour où il s'est agi de dépasser certaines limites et de soutenir réellement le Sud, toujours un obstacle s'est dressé, toujours un veto s'est fait entendre. L'Angleterre, en définitive, est restée neutre, en dépit de tous les motifs qui la poussaient à cesser de l'être ; le sentiment moral, somme toute, a remporté une victoire.

Je n'en veux pour preuve que ce qui s'est passé dans ces centres industriels sur lesquels reposaient les espérances du Sud. C'étaient eux qui par leurs avances

avaient longtemps subventionné les propriétaires de noirs; l'élection de M. Lincoln y avait été accueillie avec une sorte de stupeur; on y avait tremblé pour l'esclavage ; le programme de la séparation n'y était peut-être pas inconnu. Et cependant telle est la puissance de l'opinion abolitioniste en Angleterre, que, même là, les tendances rétrogrades ne sont pas parvenues à prendre corps. A l'arrivée du nouveau ministre des États-Unis, M. Adams, la chambre de commerce de Liverpool l'a félicité solennellement. Lorsque l'incident du Trent menaçait d'amener la guerre, une réunion nombreuse se tenait à Dirmingham, sous la présidence du maire, et adoptait un mémoire en faveur de l'arbitrage. L'autre jour encore, l'assemblée annuelle de la chambre de commerce de Manchester fournissait aux « princes du coton » l'occasion naturelle d'appuyer la politique d'intervention. Qu'ont-ils fait au contraire ? Ils ont été unanimes à la désavouer. 11 ne s'est trouvé personne parmi eux qui ait jugé bon de déclamer contre le blocus. Oui, à Manchester, à Liverpool, à Birmingham, à Southampton le mouvement généreux des esprits se produit aussi; la vraie opinion anglaise reparaît là comme ailleurs, la conscience publique s'y sent blessée par ce système de chicanes qui essayait naguère de tirer parti tantôt du blocus, tantôt de l'empierrement, tantôt d'autre chose.

Je ne prétends pas que, dans quelques mois, quand les soulfrances de l'industrie se seront encore ac-

SA CONDriTE.

crues ', de redoutables impatiences ne puissent se manifester. On s'écriera peut-être alors : « Nous détestons la cause du Sud et nous l'avons prouvé; mais nécessité n'a point de loi. Quoique nous n'ayons aucun droit d'intervenir contre ceux dont les principes sont les nôtres, toutefois la patience de nos ouvriers est à bout. Ils meurent de faim; il faut que la guerre cesse en Amérique ; il faut que le coton nous soit rendu ; il faut qu'avec la paix la prospérité renaisse et que les consommateurs du nouveau monde reprennent leur place sur le marché. »

Tel est le langage qu'on tiendra quelque jour sans doute, si les Etats-Unis ne se hâtent pas de remporter des avantages décisifs; mais, en attendant, un langage fort diflérent est tenu , et nous devons y applaudir. L'Angleterre redevient elle-même.

J'ai parlé de Birmingham, de Manchester et de Liverpool; j'aurais pu citer pareillement Londres. Sans avoir certes l'intention de mentionner ici tous les meetings anglais, comment ne pas rappeler les premiers qui ont eu lieu dans les quartiers les plus populeux de la capitale? L'un tenu à Lambeth, au commencement

1 Quoique grandes, elles ne sont pas encore ce qu'elles menacent de devenir plus tard. Le coton n'a pas manqué jusqu'ici ; le Havre et Liverpool en ont même expédié en Amérique. Mais la disette se montrera bientôt dans son horreur, à moins que les positions maritimes dont le Nord vient de prendre possession ne donnent issue au coton, et que le Sud découragé ne renonce à en prohiber l'exportation.

de décembre, volait par acclamation une adresse demandant que le dilFérend du Trent fût soumis à un arbitrage; l'autre, tenu à Mary-le-Bone, adoptait plus récemment une résolution ainsi conçue :

« Il est du devoir de ce meeting d'exprimer

les sympathies des ouvriers pour les États-Unis dans la lutte gigantesque qu'ils soutiennent pour le maintien de l'Union, de dénoncer au monde les honteux [)laidoyers du Times et de ses confrères , organes de l'aristocratie en faveur de l'esclavage, et de se rendre les énergiques interprètes de l'opinion publique en faveur de la scrupuleuse interprétation de la doctrine de non-intervention dans les affaires des États-Unis; en faveur aussi de la mesure qui, au moyen de commissaires spécialement nommés pour chaque État, soumettrait à l'arbitrage tous les différends qui peuvent surgir. »

Si je n'approuve pas toutes les tendances qu'exprime ou que suppose cette résolution, « adressée au cabinet de Washington comme étant l'expression des sentiments et des opinions des classes ouvrières en Angleterre, » je n'en trouve pas moins remarquable que les travailleurs s'élèvent ainsi avec énergie contre la politique d'intervention qui prétend servir leurs intérêts. Il y a là un symptôme de résurrection morale do!i1 on ne saurait mécoimaître la gravité.

C'est aussi au milieu des populations ouvrières que s'est tenue la réunion de Rochdale, où !e discours de

M. IJrlght et la lettre do M. Cubden ont protesté contre une politique g'ierrière, impatiente de tout délai, de tout arbitrage, et acceptant sans sourciller la chance de serrer dans le Sud la main de l'esclavage.

D'autres protestations commencent à surgir de i)artout. On sait ce qu'ont été les Guy fmvkes de 1862; sur l'effigie, on lisait en grosses lettres : Jejferson Davis, dealer in Slavery.

L'Ecosse s'est naturellement distinguée. Là aussi, les grandes cités ouvrières ont tenu à honneur de répudier les tendances qu'on leur avait attribuées; Glascow, une des premières, a voté une adresse en laveur de la paix avec les États-Unis.

En blâmant l'Angleterre (et il faut la blâmer, car elle vaut mieux que sa politique depuis un an), en blâmant l'Angleterre, il importe de ne pas oublier que, malgré ses fautes, elle a toujours eu en elle un élément de résistance au mal dont l'influence s'est fait t^entir. Les déclamateurs anglophobes oublient cela, et il en résulte qu'ils sont hors d'éiat de rien expliquer.

Pourquoi, par exemple, M. Gregory, le champion du Sud à la chambre des communes, a-t-il reculé luimême pendant la dernière session et n' a-t-il pas osé faire son fameux discours, tant annoncé à Tavance? Pourquoi les offres splendides de M. Jeflerson Davis, liberté du commerce, liberté des enfants à naître et ce qui suit, n'ont-elles pu se faire accueillir dans aucune mesure et sous aucune forme? Pourquoi le sysLème de

non-intervention a-t-il supplanté en définitive les velléités militantes qui ont précédé, accompagné et suivi l'afTaire du Trent? Pourquoi les chicanes contre le blocus font-elles place à la mesure fort inoffensive qui ferme les ports anglais aux vaisseaux armés et qui va . priver quelque cité maritime du spectacle d'un combat naval? Pourquoi est-on sûr, ou peu s'en faut, d'échouer devant le Parlement si l'on vient lui dire : » Il faut reconnaître le Sud; il faut du moins meltie un terme à la guerre; nos usines chôment, donc nous avons le droit de régler les affaires de l'Amérique? » Pourquoi le discours de M. Massey a-t-il reçu sans retard et de Manchester même cette écrasante réjjonse : « Je crois parler au nom de dix-neuf sur vingt d'entre nos manufacturiers, en déclarant que nous ne voulons pas du secours que M. Massey voudrait nous donner? » Pourquoi s'indigne-t-on à l'idée de provoquer une guerre avec les États-Unis par commiséiation pour les souffrances de l'industrie cotonnière? Parce que les vrais sentiments de l'Angleterre ont pu être voilés un moment, mais n'ont pas été détruits.

Somme toute, s'il me fallait formuler en peu de mots le jugement qui résulte de ce chapitre, je dirais que les Anglais ont été surtout coupables d'indifférence. Et ce crime-là n'est pas petit! Eux, les porte-drapeaux de la liberté des noirs , eux qui en pareille matière avaient charge d'âmes, ih ont trompé pendant de longs mois les espérances du monde entier; ils ont laissé

faire beaucoup de mal en leur nom; peu s'en est fallu, et la bonté seule de Dieu nous a préservés d'un tel malheur, qu'ils n'allassentjusqu'àtirer le canon contre M. Lincoln pour M. Jefferson Davis; ils nous ont infligé, à nous leurs amis, une des plus amères déceptions que nous ayons rencontrées dans notre carrière. Aussi, que nous importe de savoir s'ils ont eu ou non à combattre des desseins conçus par d'autres puissances et favorables à la violation du blocus ou k la reconnaissance du Sud? S'ils ont résisté, ils étaient faits pour cela. C'était tellement leur mission, qu'on doit à peine leur savoir gré de l'avoir remplie. Tant qu'ils n'auront pas fait quelque chose de mieux, tant que leurs chaudes sympathies ne seront pas venues encourager ceux qui luttent pour la bonne cause, nous ne leur ferons pas l'injure de les louer.

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