CHAPITRE II
CE qi'ai'kait du être l'attitide de l'eirope
u Méfiez- vous du premier mouvement, c'est le bon. » Ce mot du prince de Talleyrand semble avoir été notre consigne pendant une année. Le premier mouvement en Europe avait été très-vif en faveur du Nord ; son droit, du moins, n'était mis en doute par personne. On pouvait ne pas comprendre la gi-andeur nouvelle qui lui était promise et voir plutôt les souffrances de la crise que le relèvement auquel elle devait aboutir; mais que la cause du Nord fût juste, que l'élection de M. Lincoln fut un grand acte national, que la conscience humaine fût soulagée d'un poids qui l'oppressait, que l'iniquité fût frappée à mort, nous ne songions pas alors a le contester. Depuis nous nbus sommes méfiés; d'habiles gens se sont chargés de nous instruire; nos convictions
se sont modifiées peu à peu et nous nous sommes repentis de notre innocence première.
J'en suis resté, je l'avoue, à mes impressions d'il y a un an. Quand on a cherché à m'attendrir sur le Sud, qui est, dit-on, le faible aux prises avec le fort, je me suis rappelé d'autres êtres plus faibles, les esclaves du Sud, et ma compassion a refusé de se déplacer. 11 m'a semblé qu'un pays libre qui, par la seule énergie de ses institutions, oppose d'infranchissables barrières à l'extension de l'esclavage et entreprend hardiment la solution ïl'un problème devant lequel tant d'autres ont reculé, était un pay§ digne de quelque estime et de quelque respect. Ces hommes du dollar qui, sans hésiter, provoquent une crise certaine et annoncée d'avance où leur fortune peut sombrer, qui acceptent sans murmurer la perte immédiate d'un milliard de créances sur le Sud, ces hommes-là, ces marchands ^ si vous voulez, me paraissent avoir quelque noblesse.
Voyons à présent, l'étude en vaut la peine, si la politique naïve dictée par notre premier mouvement n'aurait pas valu la politique soi-disant habile dont le monde commence à recueillir les fruits.
L'Europe aurait simplement manifesté ses sympathies. L'Union américaine, puissance amie, serait devenue plus amie encore à l'heure de sa réaction courageuse contre le crime qui a souillé son histoire et abaissé ses inçtitutions. Loin de lui chercher alors