II. NK FALLAIT PAS COMBATTRE
Chacun se rappelle son discours d'inauguration. 11 annonçait la résolution de ne pas • attaquer, de repousser seulement les attaques. Eh bien, les attaques ont eu lieu. Les habitants de Charleston savaient à merveille que la garnison du fort Sumter ne pouvait commettre aucune agression contre eux, ils en avaient même été expressément prévenus. Le gouvernement national , poussant bien loin l'esprit conciliateur, ne prétendait faire autre chose que fournir du pain à une poignée de soldats affamés; cependant, les insurgés ont assailli le fort Sumter et détruit, de propos délibéré, toutes les chances de paix.
La douceur, je le répète, avait été poussée un peu ^loin. Action! action! tel était le cri unanime du Nord. Il demandait, et avec raison, quelques preuves d'énergie, après tant de preuves de longanimité. Un mois d'inertie apparente, c'était long, surtout lorsqu'on voyait les préparatifs militaires se multiplier au sud du Potomac.
J'ajoute que l'Europe, qui n'avait pas encore inventé ses théories de support, commençait à manifester son mépris. Le Nord eut alors l'avant-goût des ignominies qui attendent un peuple incapable de résistance, qui se laisse insulter et démembrer sans mot dire. Les correspondances des journaux anglais leur envoyaient des prophéties ainsi conçues : « Le Nord n'a plus de vigueur, le luxe et l'adoration du saint dollar l'Ont rendu incapable de faire le moindre sacrifice. 11
218 RRREURS ACCREDITEES.
n'y aura point de guerre, le parti républicain laissera tomber son chef. »
C'était là le commencement d'une série de prédictions, toutes démenties par l'événement, ce qui n'empêche pas l'oracle de demeurer aussi sûr de lui-même et de décider encore aujourd'hui, avec une assurance sans pareille, ce qui doit arriver d'ici à quatre mois. Ceci soit dit en passant, car ma citation avait un autre but; je voulais rappeler sur quel ton on prononçait alors ces paroles : « La guerre n'aura pas lieu ! » Ceux-là mêmes qui depuis n'ont cessé de reprocher au Nord la cruauté insensée de sa résistance au Sud se préparaient, au mois de mars de l'année dernière, à démontrer, par l'absence de guerre, que le Nord n'avait plus de sang dans les veines et ne méritait que le mépris.
J'aime mieux pour le gouvernement de M. Lincoln les reproches de cette année que ceux de l'an dernier. Cette année, l'estime a reparu, on reprend J'habitude de traiter les États-Unis en grand peuple, l'idée de reconnaître le Sud ne s'aborde plus si lestement. Ah ! s'il y avait eu des négociations à l'époque où le Nord désarmé se trouvait en face du Sud armé, elles auraient été conduites d'une étrange façon! La légèreté même avec laquelle le titre de belligérants fut alors conféré aux insurgés témoigne des dispositions où se trouvait l'Europe lorsqu'elle croyait à la résolution du Sud et à la résignation bénévole du Nord. Tout cela a bien