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tarifs. 11 était autorisé à lever des taxes et à contracte:' des emprunts.
Ainsi s'accomplit une révolution très-coiisidérabJe, dont nous tenons trop peu de compte lorsque nous appliquons aux États-Unis le terme vague de confédération. L'organisation fédérale antérieure à 1787, cette assemblée unique où tous les États étaient i-epréseniés d'une façon égale, ce simple comité chargé de faire exécuter des décisions frappées d'impuissance, tout cela fit place à un congrès organe de la nation, à un président, à un pouvoir central enfin dont les attributions égalent et excèdent sous certains rapports celles de nos gouvernements européens.
C'était une nouveauté ici-bas. Ce qu'il y a de plus original peut-être dans le rôle des États-Unis, c'est d'avoir posé et résolu le problème de la fondation d'un pouvoir très-fort, très-uni, très-national, sans sacrifier ni l'indépendance des États, ni celle des communes, ni celle des individus. Chez nous, la centralisation est un Moloch auquel on olïre sans cesse de nouvelles vie-" times; nos gouvernements modernes ne se sont créés jusqu'ici qu'aux dépens des provinces, des communes et des consciences privées. La solution américaine est plus libérale : elle commence par mettre en sûreté la liberté de l'individu, en niant d'une manière absolue a compétence religieuse de la nation; elle pourvoit ensuite à la liberté des communes, en leur abandormant
l'administration complète de leurs intérêts; elle maintient enfin la liberté entière des États, en refusant d'intervenir en rien dans leurs institutions particulières. Mais en même temps, elle remet résolument au piésident, à la cour suprême et au Congrès tout ce qui concerne les affaires générales de la nation. Jamais la centralisation religieuse ou administrative ne fut plus nulle ; jamais la centralisation politique ne fut plus complète.
Cette distinction qui paraît si simple, et que l'Europe a si peu comprise jusqu'à maintenant, n'a jamais fait difficulté aux États-Unis. Lorsque Jefferson, en 178(3, proposa son amendement à la constitution, destiné à réserver d'une manière plus expresse la souveraineté locale des États et à dire que ce qu'ils n'ont pas délégué au pouvoir central ils le conservent, l'acceptation fut facile et cordiale.
Personne, en effet, n'avait jamais eu la pensée de faire descendre tes Ltats au rang de provinces ou de départements. Comparer un État américain à un département français, c'est un des plus grands solécismes politiques qu'on puisse commettre. Il n'y a là d'analogies d'aucun genre; je ne vois que des différences. Mrais conclure de ces différences que la nation n'existe pas aux États-Unis, qu'ils sont une confédération selon la formule de Montesquieu, c'est se tromper plus grossièrement encore. Le sel/'ffovernment est dans les États, dans les communes, dans les églises, ajoutons dans
les individus; mais la centralisation est dans le Congrès. Nous n'en sommes plus aux articles de confédèration.
L'Amérique est-elle une agglomération d'États, ou est-elle un peuple? Question d'une suprême importance, qu'il n'est pas permis de trancher comme on le fait avec la négligence du dédain ! Il est d'ailleurs aisé de s'instruire à cet égard; nous n'avons point ici devant nous des origines lointaines où les hypothèses soient libres de se donner carrière; la fondation des États-Unis est récente, presque contemporaine; elle s'est accomplie au grand jour, et le commentaire se trouve à côté du texte, un commentaire écrit par les fondateurs eux-mêmes.
Or, sur la question que j'examine, il n'y a point de désaccord entre eux. Consultez, par exemple, Patrik Henry, l'un des adversaires de la constitution de 1787, voici ce qu'il vous dira : « Que ce gouvernement soit un gouvernement consolidé, c'est évident. La constitution dit: .A'OîAs, le peuple^ au lieu de dire : ^ous^les États. »
La révolution constitutionnelle de 1787 est contenue tout entière dans ces quelques mots. Autrefois c'étaient les États; le congrès « continental » n'était qu'une représentation des Etats; il ne pouvait agir que par recommandations; ses fonctions, on l'a dit, étaient essentiellement diplomatiques; il en était réduit à négocier avec les États l'obéissance à ses décisions; il
ne parvenait pas à traiter avec l'étranger, et l'Angleterre en faisant la paix refusait avec dédain de conclure une convention avec cette ligue de souverainetés rivales qui ne formaient pas un peuple. Maintenant, c'est la nation américaine qui gouverne ses affaires générales.
Qu'on veuille bien considérer un moment la compétence du pouvoir central.
Il a une action directe, remarquez ceci, sur les citoyens des États particuliers ; il a même sur eux le droit suprême de vie et de mort. Les Etats particuliers n'ont ni armée, ni marine; ils ne sont autorisés à lever des troupes pour repousser une invasion, que lorsqu'il y a urgence et que l'armée nationale ne peut intervenir. Us n'ont pas, comme les cantons de la Suisse, le droit de signer certains traités avec les puissances étrangères. Us ne battent pas monnaie. Il y a des douanes nationales, des impôts nationaux, une dette nationale, une armée et une marine nationales, une cour suprême nationale. La nation a ses lois , ses ambassadeurs , ses fortifications et ses garnisons sur le territoire des États particuliers. Les territoires nouveaux sont placés sous la tutelle et l'autorité de la nation. Malgré les États, chez les États, la nation accomplit son œuvre, l'œuvre politique qui lui est exclusivement dévolue.
Quant aux lois qui ne sont que locales, les Étals ont seuls à en décider ; ils règlent leurs institutions, sous
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la condition, bien entendu, de respecter les principes posés par la constitution générale. Ils ont leurs sénateurs, leurs législateurs, leurs gouverneurs, leurs tribunaux ; ils manient , en un mot . avec une admirable liberté, des intérêts fort importants. Et voilà, encore un coup, comment il se fait que les États-Lnis ont inventé une forme de gouvernement nouvelle dans les annales du genre humain ; elle n'est ni impuissante comme les confédérations vulgaires, ni despotique comme notre centralisation: elle proclame à la fois la souveraineté administrative des Etats et la souveraineté politique de l'État.
L'Etat et les États, telle est la formule que l'Amérique a apportée pour sa part dans le grand travail politique de notre race. Ils ont bien peu compris l'originalité de cette découverte, ceux qui nous annoncent gravement que la Virginie ou TAlabama ont retenu leur souveraineté vis-à-vis du Congrès comme la Prusse ou le Wurtemberg vis-à-vis de la diète germanique, et qui, ne veulent voir dans le gouvernement fédéral qu'un simple agent des États, auquel son mandat est retiré lorsqu'il cesse d'inspirer confiance. La cour suprême, cette autorité sans appel en matière d'interprétation constitutionnelle, arrivait à de bien autres conclusions lorsqu'elle tenait ce langage après l'adoption du pacte de 1787 : » Ces souverainetés alliées ont changé leur ligue en gouvernement et leur congrès d'ambassadeurs en législature. »