‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 43 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'BUROPE en AMF.RrQUE

Parvenus à ce point de notre étude, une question se présente ou plutôt s'impose à nous, celle des intérêts généraux de l'Europe en Amérique. Je n'ai pas l'intention de m'y arrêter longtemps, mais je ne voudrais pas l'éviter. Il me semble qu'il est aisé de dire, sans phrases, quelle est notre politique naturelle dans le nouveau monde; il ne s'agit guère que de tirer les conséquences logiques des principes que nous venons d'établir.

Le problème entier de notre politique en Amérique se rattache au problème de notre politique à l'égard des États-Unis. Tout se rattache tellement aux États-Unis en Amérique, que, leur puissance à peine ébranlée, il n'y a pour ainsi dire pas de pays américain qui ne paraisse s'ouvrir aux interventions européennes.

INTERETS DE L'EUROPE

Je sais des gens qui en concluent que l'aftaiblissement des États-Unis est désirable. — Voyez, disent-ils, à quel point devenait gênante cette immense république, qui n'a cessé de croître depuis quatre-vingts ans, dont les annexions étaient perpétuelles, qui n'aurait pas tardé à absorber le Mexique, qui attire dans son sein un courant d'émigration perpétuelle. Partie de trois ou quatre millions d'habitants, elle est déjà arrivée à plus de trente, et cette population, qui double régulièrement tous les vingt ans, peut atteindre des proportions menaçantes pour notre repos. Elle nous ferme le nouveau monde.; elle ne tardera pas à se mêler des affaires de l'ancien. N'était- il pas temps d'arrêter ces agrandissements prodigieux? Ce que nous devons souhaiter, c'est qu'au lieu des ttats-tnis il y ait là deux confédérations rivales qui se surveillent et se fassent équilibre.

Supposons qu'on atteigne le but sans le dépasser, que la séparation du Sud n'en amène pas d'autres à sa suite, que ce ne soit pas le commencement d'une véritable dissolution ; supposons aussi que le Sud devienne un État indépendant et non pas le client, le protégé de telle ou telle puissance, la porte par laquelle l'Europe entrera sans cesse dans les démêlés intérieurs de l'Amérique; oui, supposons cela, et demandonsnous si, même dans cette hypothèse bien difficile à réaliser, les intérêts durables de l'Europe auraient été

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