INFLUENCE DE L ESPAGNE
J'ai nommé le gouvernement qui poussait naguère à celte réaction. L'initiative de l'Espagne y a étévisible au début. Bon gré, mal gré, avec une hésitation qui les honore, la France et l'Angleterre se sont associées au mouvement, dans la pensée peut-être de le modérer. Une restauration purement espagnole au Mexique, c'est ce qu'on n'avait nulle envie de laisser faire.
L'Espagne donne depuis ({uelque temps des signes de vitalité que je n'alïecterai pas de méconnaître. Quoiqu'il y ait loin de là à cette situation incontestée qui classe un peuple parmi les grandes puissances, il n'est pas permis de nier que ses expéditions récentes, au Maroc et en Cochinchine, ne lui aient donné un certain relief.
412 I.EtROPE EN AMERIQUE.
Pourquoi se fait-il que, loin de s'en réjouir, l'instinct général de l'Europe s'en alarme? C'est que l'Europe observe et qu'elle se souvient. Elle se souvient de ce qu'a été l'Espagne dans l'histoire, nation oppressive, violente, hostile à. tout progrès comme à toute liberté, nation funeste en un mot, dans toute la force de l'expression; elle observe ce qui se passe dans l'Espagne moderne, et elle ne parvient pas à y découvrir encore le plus petit symptôme de ce libéralisme qu'on remarque chez tant d'autres peuples, catholiques ou protestants. La grandeur possible de l'Espagne nous apparaît donc jusqu'ici comme une calamité, ou du moins comme une menace.
Ce n'est pas que les qualités élevées fassent défaut au peuple espagnol; mais il semble s'être engourdi au moyen âge, et maintenant qu'il se réveille, il rêve encore moyen âge ; ses pensées, ses sentiments, ses ambitions sont de trois ou quatre siècles en arrière. On s'effrayerait à moins.
Je cherche en Espagne quelque chose de jeune, de moderne. Je ne le découvre pas, à moins que cette chose moderne ne soit la révolution. Oh! en fait de révolutions, l'Espagne n'a rien à envier à personne; mais pour nous qui ne confondons pas les révolutions et les libertés, cette maladie, à la supposer moderne, est une médiocre recommandation. Nous sommes consternés de voir qu'au travers de ces révolutions répé-
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tées, elle n'a pas trouvé moyen d'écrire quelque principe généreux sur son drapeau. Chez elle la liberté politique est un vain mot, la liberté des consciences est ouvertement niée, la liberté des noirs n"a pas encore rencontré un défenseur.
Il y a deux tribunes à JMadrid; comment est-il possible que personne n'y ait encore dénoncé les infamies de l'esclavage et les infamies plus grandes de la traite ? Bondir d'indignation et faire de grandes phrases patriotiques quand lord Palmerston dénonce la traite espagnole, c'est très-bien; la supprimer serait mieux. Le Brésil, lui, l'a supprimée dès qu'il l'a réellement voulu. A Cuba même, il a suffi d'un capitaine général consciencieusement opposé à la traite pour en réduire sur-le-champ les proportions. -Mais le général Valdès , n'a pas fait école, la traite cubaine n'a inquiété aucune conscience ni à la Havane, ni à Madrid. Aussi a-t-elle grandi : en 1858, elle importait dix-sept mille nègres; en 1859, elle e.n importait trente mille; en 1860, cinquante mille. Et tout cela, en face de deux traités, celui de 1817, où le roi d'Espagne s'engage à abolir le trafic à partir de 1820, celui de 1835, où le roi d'Espagne accepte pour cet objet ZiOO.OOO livres sterling.
Que se passait-il l'autre jour sur la côte occidentale d'Afrique? Un petit navire, le Ouail, portant le pavillon d'un Etat bien nouveau, de Libéria, avait arrêté au cap (iallinos un négrier portant le vieux pavillon de
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l'Espagne; il s'agissait de venger une semblable insulte. Un bâtiment de guerre espagnol entre dans le port de Monrovia, capitale de la république des nègres libres; il attaque le Quuil, mais il est si vertement accueilli, qu'il est bientôt contraint de retourner à Fernando-Po afin d'y réparer ses avaries. L'affaire aurait eu des suites funestes, si l'Angleterre ne s'était entremise.
J'ai parlé de Fernando-Po. C'est Là, sous un climat mortel, dans une colonie où les troupes ne passent que peu de temps et sont logées sur des pontons, c'est là que les tribunaux de guerre, jugeant sans recours en cassation, ont envoyé les malheureux paysans de Loja. Après les discours écrasants de M. Olozaga et du maréchal INarvaez, il n'est pas nécessaire sans doute de montrer ce qu'ont été ces impitoyables répressions.
Un autre fait a consterné la conscience de l'Europe. D'humbles chrétiens, étrangers (on l'a reconnu) à toute meneîe politique, ont été, pour le seul crime d'avoir adopté et répandu les croyances protestantes, condamnés à la peine des galères. Qui n'a lu la lettre touchante de Matamores : « Ma peine, à cause de ma santé délicate, sera pour moi la peine de mort; au reste, si j'avais, non pas une, mais mille vies, je les sacrifierais toutes, avec une tranquillité chrétienne, sur les autels de la sainte cause de notre divin Rédempteur Jésus. »
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On s'est adressé à la reine. Je no saurais douler un instant de sa décision. Mais jusqu'à quand des Espagnols seront-ils réduits à implorer comme une grâce le premier de tous les droits, le droit d'adorer Dieu selon leur conscience?
Nous pouvons dire cela, nous, protestants français, qui n'avons cessé de dénoncer Tintolérance protestante de la Suède et qui en poursuivrons les derniers restes, jusqu'à ce qu'on ne fasse plus à une croyance chrétienne l'injure de la protéger.