CHAPITRE IV
SLR SAINT-DOMINGLB ET LE MEXIQUI
Il m'en a coûté d'écrire les pages qui précèdent; en rappelant la conduite actuelle de l'Espagne, j'ai eu besoin de me rassurer par la pensée que les nobles qualités de son peuple ne tarderont pas à prévaloir, que la liberté politique, la liberté des esclaves et la liberté des consciences trouveront dans son sein de généreux champions, qu'enfin elle se détournera du moyen âge pour entrer dans le monde moderne.
En attendant, nous avions besoin de connaître l'instigateur principal de la restauration coloniale pour l'apprécier équitablement. L'Espagne a déjà fait deux pas dans ses plans de restauration en Amérique: elle a repris la portion espagnole de Saint-Domingue: elle a obtenu cette expédition du Mexique, qu'elle aurait voulu faire seule et qu'elle cessera peut-être de
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vouloir parce qu'elle ne peut la l";iirc seule et pour ses intérêts exclusifs.
Le premier acte est jugé aujourd'hui. Tant que les États-Unis étaient à craindre, on ne voyait se manifester à Saint-Domingue aucune passion pour le renversement de la république Dominicaine et pour le rappel des anciens maîtres; dès l'instant même où l'on croit pouvoir offenser sans risque une puissance passagèrement affaiblie, l'affection pour l'Espagne se réveille avec une soudaine unanimité.
11 est vrai que derrière cette unanimité prétendue on entrevoit tout autre chose. A peine les Dominicains sont-ils livrés à l'Espagne, que des résistances nationales se manifestent et qu'il faut les réprimer à coups de fusil. Après le combat viennentles exécutions; le général Sanchez et dix-neuf patriotes sont fusillés le même jour dans la ville de Saint-Jean.
Le gouvernement légitime étant ainsi rétabli, il convenait de faire sentir au gouvernement nègre et républicain deGeffrard que ses jours étaient désormais comptés. Une tlotie est allée lui imposer, dans le délai de vingt-quatre heures, la signature du traité que voici : Indenmité de cent mille piastres pour cette résistance armée à laquelle le président Geffrard était resté étranger ; expulsion de tous les réfugiés dominicains; défense aux journaux d'Haïti de s'occuper de la question dominicaine.
Si les journaux d'Haïti sont condamnés au silence,
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on n'a pu condamner au même régime ceux de la Jamaïque. D'immenses meetings se sont tenus dans cette île, afin de dénoncer l'acte violent accompli à Saint-Domingue. Le Parlement a formulé ses réserves et le ministère anglais a tenu un langage auquel l'Espagne fera bien de réfléchir. Je lui conseille de ne pas perdre non plus de vue la protestation solennelle que les Etats-Unis ont pris soin de lui adresser.
Afin de calmer l'opinion anglaise, le maréchal O'Donnel a pris, au nom de son pays, l'engagement de ne pas rétablir l'esclavage à Saint-Domingue, (let engagement sera-t-il mieux tenu que celui qu'on avait pris au sujet de la traite? J'en douterais fort, si je ne regardais du côté des Etats-Unis. Là se résout en ce moment la question de l'esclavage, non-seulement i)our eux-mêmes, mais pour l'Espagne et pour le Brésil. Dès que le principe de l'abolition aura été décidément posé parle gouvernement de Washington, il faudra bien qu'il fasse son chemin à la Havane et à Porto-Rico.
C'est ainsi que Saint-Domingue sera préservé. Quant aux phrases roullantes qu'on a insérées dans le préambule et non dans les articles du décret qui concerne Saint-Domingue, je ne suppose pas qu'elles opposent une barrière insurmontable, si jamais certaines nécessités (telle est l'expression convenue) venaient à se produire, si jamais le parti de l'esclavage
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s'agitait à (liiba et à Saint-Domingue, si les planteurs de Cuba et de Porto-Rico arrivaient à Saint-Domingue avec leurs esclaves. Le président du conseil a bien pu écrire, à Madrid : u Les habitants sont libres; l'esclavage, celte plaie indispensable des autres colonies, n'est aucunement nécessaire à l'exploitation et à la culture de ce territoire fertile, et le gouvernement de Votre >lajesté ne saurait songer à l'y rétablir jamais. » Qui empêcherait cependant d'adopter une autre politique, pour peu que la plaie indispensable des autres colonies parût un jour non moins indispensable dans celle-ci?
Je me défie des promesses defibeité fondées sur des raisons d'utilité. Je me défie, parce que je me souviens. Les prises de possession sont toujours accompagnées de programmes libéraux ; l'expédition de Leclerc, qui allait rétablir l'esclavage dans ce même Saint-Domingue, annonçait la détermination de n'en rien faire. Lorsque les riches vallées (si mal cultivées) de cette grande île réclameront l'introduction des noirs, lorsque les habitants des autres colonies espagnoles y viendront, je le répète, accompagnés de leurs noirs, je doute qu'on pousse la vigueur jusqu'à affranchir ceux-ci. Mon scepticisme sur ce point égale celui dont lord Brougham a fait preuve à la chambre des lords.
. L'expédition du Mexique n'a surpris aucun de ceux