L'EUROPE EN AMERIQUE
demander des réparations; plus tard, il est question d'accorder des encouragements indirects, et l'on se trouve enfin lancé dans une intervention proprement dite.
Je signale ce péril. La non-intervention devrait être la règle souveraine d'un temps si favorable au principe des nationalités. Je sais tout ce qu'on peut dire : « La république a fait le malheur du Mexique ; il ne s'agit que de le ramener à ses vraies traditions, momentanément et involontairement abandonnées ; le Mexique monarchique deviendra un autre Brésil. » — A supposer que cette perspective soit très-séduisante, à supposer que les institutions aient en elles cette puissance qu'on leur attribue et que la forme emporte le fond, à supposer enfin qu'il soit aisé de se retirer après avoir aidé à une révolution politique et que l'intervention n'entraîne pas à sa suite le protectorat, je persisterais néanmoins à confesser mon peu de goût pour le système qui piétend rendre les gens heureux en dépit d'eux-mêmes. Fût-elle mise au service de la meilleure constitution qui soit au monde, n'eùt-elle d'autre résultat que d'assurer la libre manifestation du sentiment national et la satisfaction durable des besoins du pays, la propagande armée dé l'étranger me semblerait toujours suspecte. Ce n'est pas peu de chose d'ailleurs de renverser une première fois la république sur le continent américain ; les projets de restauration monarchique pourraient se présenter à la
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lilf, déjà l'KspagiR! a\ait p;irlé, dil-oii, du l*ui'ou, et d'autres républiques chancelantes et mal gouvernées ont été signalées à l'attention de l'Europe.
On a beau laire faire ces choses-là par la main des indigènes, il n'en demeure pas moins certain que les simples conseils, moins (jue cela, la présence de régiments euroi)éens, constituent la plus décisive des influences. Ainsi commencent ces interminables tutelles vers lesquelles je n'aimerais pas à nous voir revenir. Les monarchies implantées de la sorte n'auraient jamais qu'uuf^ force d'emprunt; la vie nationale ne se développerait ni en elles, ni autour d'elles, bien différentes en cela de cette monarchie brésilienne qu'on nous cite et qui n'a été inventée pai' personne. Née sur le sol, elle n'a pas eu à invoquer l'appui des protectorats européens.
J'espère que nous éviterons de nous engagei' trop avant dans une entreprise semée d'embarras. Le langage du gouvernement anglais et de la presse anglaise prouve depuis quelque temps que l'opinion est sur ses gardes chez nos alliés. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup plus d'enthousiasme chez nous. L'Espagne, bien refioidie elle-même depuis que les chances personnelles de sa dynastie ont disparu, va peutètie cesser de pousser à une politique d'intervention.
Reste à savoir si, dans le seul but d'arrêter l'expansion de la race anglo-saxonne et de remplacer les
\niéricains au Me\i((ue par des Espagnols ou par des Autrichiens, ou voudra introduire dès à présent un sujet d'inévitable et mortel conflit entre les États-Unis et l'Europe.
Le renversement du régime républicain au Mexique, ce serait le plus sensible échec qu'on pût infliger aux États-Unis. Ce serait aussi une menace dont ils mesureraient, dont ils s' exagéreraient même la portée. Us savent que, sans leurs difficultés actuelles , jamais une telle pensée n'aurait été abordée par personne. Ils se contentent aujourd'hui de réclamei' diplomatiquement et de faire leurs réserves, de recevoir à Washington des projets de traité signés par Juarès, de constater l'émotion profonde que la résurrection de la vieille politique coloniale cause d'un bout à l'autre du nouveau monde : plus tard, ils seront tentés de faire davantage. Esl-il prudent de préparer de semblables conflits à un avenir peut-être prochain? La monarchie au Mexique, est-ce que cela vaut, je ne dis pas une guerre avec les États-Unis, mais une rupture des relations amicales? Faut-il commencer ce qu'on ne pourra ni achever ni maintenir, ce qu'on ne maintiendrait, en tout cas, qu'au prix de redoutables complications ?
Ces questions se posent d'elles-mêmes. La sagesse de l'Europe les résoudra.
CINQT lÈME PARTIE
ALX AMERICAINS