‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 6 sur 66 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

COMMENT s'explique L'aTTITIDE DE L'eUROPE

Il ne sufllt pas de décrire et de déplorer notre attitude; ce qui importe surtout, c'est de l'expliquer. En remontant aux causes, nous aurons chance de rencontrer les remèdes. D'où vient ce fait, si étrange à première vue : tant que les Etats-Unis ont été gouvernés par l'esclavage et pour l'esclavage , on les a laissés tranquilles ; dès qu'ils ont commencé à réagir contre l'esclavage et contre le système entier de violences, de conquêtes, d'attentats à l'humanité ou au droit des gens qui s'y rattachait, on a foi'gé à leur usage la théorie jusqu'alors inconnue des insurgés belligérants?

L'explication n'est pas difficile. — Dès les premières heures, l'Europe s'est arrogé sur l'Amérique divisée une sorte de patronage bienveillant; elle a vu Là des mineurs, des enfants, devrais-je dire, que les gens

raisonnables doivent diriger. Yis-à-vis de cette république, vis-à-vis de cette confédération en péril, nous ne nous sommes pas sentis tenus d'observer les règles applicables entre États qui se prennent réciproquement au sérieux. La pensée ne nous est pas même venue de nous dire : « Quelle que soit notre opinion sur les cbances futures de la révolte, il n'aj)partient qu'au gouvernement américain de déterminer la conduite qu'il juge à propos de suivre; s'il a tort de combattre la séparation, cela ne regarde que lui seul et lui seul continue h être pour nous le gouvernement américain. » Loin de là, nous avons établi, sans préméditation et comme d'instinct, sous l'impulsion sans doute de l'intérêt que nous portions à l'Amérique et aussi des intérêts européens engagés cbez elle , que cette affaire était nôtre et que nous avions à nous en mêler.

Une fois ce principe admis (et chacun se rappelle que, s'il ne l'a pas été en termes formels, il n'en a pas moins fait sentir très-promptement son influence), les conséquences ne pouvaient se faire attendre. Il y avait là toute une immense contrée qui demandait à se séparer; la république qui se brisait ainsi n'était qu'une simple confédération où la souveraineté des États particuliers semblait autoriser à première vue la prétention des séparatistes; le Nord était désuni, désarmé, peu militaire, et paraissait incapable de réduire la rébellion; dans une lutte prolongée la prospérité de l'Amérique pouvait périr et celle de l'Europe courir

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