‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 7 sur 66 · CAUSES DE NUTUK ATTITUDE · texte numérisé non relu

CAUSES DE NUTUK ATTITUDE

aussi de graves dangers. Pourquoi, dès lors, le patronage du vieux monde ne serait-il pas venu au secours de l'inexpérience du monde nouveau? Pourquoi ne pas indiquer par un acte décisif que la rupture était tenue pour définitive?

Cela posé, la conduite de l'Europe n'a plus d'obscurité. La lutte est à peine commencée, que déjà nous pioclamons , par un acte dont la signification n'a trompé personne, l'impuissance du gouvernement de Washington : il ne réduira pas le Sud, le Sud est certain de se faire reconnaître plus tard; en attendant on le traite presque comme gouvernement de fait, on lui confère la qualité de belligérant. Entre les belligérants, J'Europe se déclare neutre; puis elle attend les occasions. A voir l'empressement avec lequel l'incident du Trcnt a été d'abord saisi par l'Angleterre, il a été permis de croire que lord Palmerston y avait vu, outre la violation du droit des neutres, le prétexte d'une intervention en Amérique. Reconnaître le Sud, consacrer la séparation définitive, rétablir la paix, faire ainsi (à coups de canon, faute de mieux) les affaires de tout le monde, tel eût été le programme.

Et ce qui prouve que, dans la pensée de plusieurs, notre entremise n'est qu'ajournée, c'est que l'arrangement de l'incident du Trent a failli ne rien terminer. MM. Mason et Slidell n'étaient pas encore rembarques que déjà on parlait de difficultés nouvelles. L'Europe avait blâmé la mesure prise pour

35 EUUOPR.

fermer le port de Gharleston; l'Europe se disposait à contester l'eflicacité du blocus. En d'autres termes, l'Europe, qui a décidé pour le bien de la jeune Amérique qu'on ne lui laisserait pas pousser trop loin la fjlie qu'elle s'est mise en tète, semble vouloir ai river tôt ou tard à son but, à la reconnaissance du Sud.

J'aime ta voir les choses comme elles sont. Il y a moins d'accidents qu'on ne le dit dans la vie des peuples et dans les relations des États; presque toujours, en remontant un peu haut, on rencontre un principe directeur qui donne la clef de tout le reste. Il faut aller des questions secondaires aux questions maîtresses; là seulement éclate la lumière.

Si l'Europe ne s'était pas crue appelée à régenter l'Amérique, elle serait restée fidèle à son rôle naturel. Quelles que fussent ses prévisions théoriques sur l'issue de la crise, elle n'aurait eu vis-à-vis d'elle que les États-Unis; elle n'aurait aperçu dans cette guerre civile qu'une lutte entre le gouvernement régulier et des rebelles, qu'une lutte entie les adversaires et les champions de l'extension de l'esclavage. Les sympathies de l'opinion européenne se seraient alors déployées dans leur vérité , au lieu d'être gênées et faussées comme elles n'ont cessé de l'être depuis un an. Sans ce gros mensonge d'une question tranchée à l'avance, nous aurions eu nos convictions vi'aies, et non ces convictions impersonnelles et involontaires qu'on

Page 1