‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 8 sur 66 · CAUSES DE NÛTKH ATTITUDE · texte numérisé non relu

CAUSES DE NÛTKH ATTITUDE

accepte des mains de la nécessité. Nous aurions souhaiié bonne chance , et de plein cœur, à ce grand peuple des États-Unis qu'attend une si noble mission ici-bas. Nous aurions exécré ainsi qu'elle le mérite cette révolte unique dans l'histoire et qui semble un défi jeté à l'Evangile et à la civilisation. Dans nos journaux, dans nos livres, dans nos meetings, à la tribune des assemblées délibérantes, nous aurions fait connaître nettement à ces champions avoués de l'esclavage le genre d'accueil qui les attend chez nous. Nous ne nous serions pas méfiés de nos sentiments les meilleurs, nous n'aurions pas appelé au conseil la prudence, la politique, la prévision de ce qui peut ou ne peut pas arriver," nous aurions admis d'emblée que la justice est une force et qu'on triomphe par ce signe-là. A la vue des meneurs du Sud, qui par cela seul qu'ils ont été régulièrement vaincus dans un scrutin, appellent leurs concitoyens aux armes, tirent sur le drapeau de leur pays, attaquent le gouvernement libre auquel ils avaient prêté serment et s'empressent de mendier en Europe le secours de l'étranger, nous aurions laissé éclater nos répugnances; nous leur aurions dit ce que nous pensions de ces deux crimes : la tentative de détruire les Etats-Unis, la tentative de fonder un nouvel État sur la pierre angulaire de l'esclavage. La réprobation de l'Europe ainsi signifiée aux hommes du Sud aurait peut-être facilité ce qu'on s'est plu à déclarer impossible et ébranlé dès le premier jour dans ses bases

mêmes, le monstrueux édifice dont on nous a si froidement démontré que l'nchèvement était certain. Nier les choses, c'est parfois les empêcher; affirmer les choses, c'est parfois les faire.

Rien de tel que les gens habiles pour encourager le mal en prophétisant ses succès et pour appeler sur la terre par la finesse du raisonnement les calamités qu'aurait conjurées la naïveté du sentiment moral. Puis vient l'heure où le sentiment moral, un moment dérouté, reprend son empire. Il faut alors compter avec lui et démontrer qu'en appuyant la mauvaise cause on n'en a que mieux assuré le triomphe de la bonne. Tel est le tour de force qu'on s'occupe d'exécuter depuis deux ou trois mois. Non-seulement on affirme plus que jamais que l'esclavage n'est pour rien dans l'insurrection du Sud (nous verrons plus loin ce que vaut cet incomparable paradoxe), mais on affirme que le triomphe du Nord affermirait l'esclavage et que le Sud, en obtenant la reconnaissance de l'Europe, prendra l'engagement de l'abolir.

Que faut-il penser de cette double assertion?

11 y a eu un moment^ je l'ai toujours reconnu, où la rentrée du Sud dans l'Union aurait pu être achetée par de déplorables concessions. Au début de la guerre et même quelque temps après, les craintes qu'on exprime n'auraient pas été dépourvues de fondement. Sans doute de tels compromis n'auraient pas assuré longue

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