DRUIDES
municipaux, après celui du Mont Royal. On cite également le Hampden Reservoir.
Nous passons ensuite le long de Jone’s Falls, de Hampden Falls et de Cotton Mills, — moulin à coton, — de Mount Vernon, sites dignes d'être signalés, et nous arrivons au lac Roland, placé au centre d'une gorge de collines et bordant des péninsules boisées et d'une verdure luxuriante. Le paysage est charmant.
Le matin, par un beau lever de soleil, ou le soir, quand les ombres s'en viennent descendre sur la terre, on aime à se promener au milieu des méandres de ces forêts mi-sauvages et mi-cultivées, où l’on rêve avec un sentiment de bien-être à tout un monde qui ne ressemble en rien à celui dans lequel on est forcé de vivre.
Le lac Roland est plus grand qu'on ne se l'imagine, car il est impossible de le voir dans son entier à la fois. Du reste, il couvre une superficie de 7 milles en circonférence, ct sa longueur est d'un mille et demi.
A 7 milles plus loin, à l'endroit où la rivière de Gunpowder se fraye un chemin entre deux collines rapprochées l'une de l'autre, on a fait des travaux considérables pour amener les eaux dans un aqueduc qui a 10 milles de long. En somme, les travaux réunis des eaux de Baltimore, qui contiennent 858 millions de gallons, ont coûté à la municipalité la somme énorme de 5 millions de dollars, Lorsque les travaux du Gunpowder seront achevés, la quantité de liquide distribuable sera trois fois plus considérable que celle qui est à présent donnée par Jones Falls et Roland's Run.
Tous les courants d'eau qui se trouvent dans les environs de Baltimore sont remarquables par la beauté du paysage. Les peintres se plaisent à représenter sur leurs toiles les charmes du Herring Run. Le long de la rivière, un courant rapide qui aboutit aux chutes de Gwinn, on rencontre, en se promenant, quelques vieux moulins qui semblent s'être endormis au bruit monotone de l'eau. On se rappelle, en les examinant, qu'au siècle passé, Baltimore était réputé comme le premier marché à farine de toute l'étendue des pays américains.
Le Patapsco, dans la partie que l'on a nommée North Branch, voit souvent des peintres s'asseoir sur ses bords. Mais qu'on ne s'imagine point que ces ruisseaux charmants sont exempts de colères. Lorsqu'un orage survient, ces eaux dormantes deviennent aussitôt des torrents, entraînant sur leur passage tout ce qui leur fait résistance. On montre, au Maryland Institute, la marque de la hauteur qu'atteignirent les flots lors de l'inondation de 1868. Il y avait six pieds de liquide fangeux dans les rues et la boue ne s'arrêta qu'au milieu de la ville, Tous les ponts furent emportés, et avec eux des moulins, des constructions de bois. Le nombre des morts fut également considérable,
Plusieurs écrivains ont publié dans leurs livres que Baltimore, tout en étant une ville d'une remarquable propreté, où l'atmosphère était d'une pureté qui entretenait la santé et le bien-être, n'était pas pour cela une cité dont les monuments offrissent le moindre intérêt. Ces assertions ne nous ont jamais paru justes.
Sans rappeler, en terminant ce chapitre, les notes historiques qui ont leur valeur, nous ajouterons que les grands travaux du tunnel du Potomac, du chemin de fer de Baltimore à Potomac et, enfin, le viaduc de la Compagnie de Canton, n'ont de pareils aux États-Unis que le célèbre Hoosin, dont nous avons déjà parlé à nos lecteurs.
On élève en ce moment à à ‘Itimore, grâce à la générosité d’un millionnaire de cette ville, une université au milieu un pare de Goo acres, et pour laquelle on a souscrit une
somme de 5 millions de dollars, Ajoutons encore, au nombre des travaux entrepris, le percement d'un canal assez vaste pour laisser passer des navires, et qui ira, à travers le Delaware et le Maryland, jusqu'à la mer; de telle façon que le voyage sera raccourci de deux jours pour les grands voyages transatlantiques.
L'hôtel de ville de Baltimore est achevé et compte parmi les monuments dignes d'être cités aux États-Unis. Ses murs de marbre, qui mesurent 172 pieds de la base au faite, s'élèvent d'une façon grandiose et forment une quadruple façade en regard de quatre rues immenses,
Quelques traits de mœurs caractéristiques trouveront ici leur place pour compléter notre travail sur Baltimore,
Une des excentricités des boutiquiers de la ville est de laisser leurs magasins éclairés pendant toute la nuit, De cette façon, les gens de la police n'ont qu'à faire leur ronde et à voir si tout est a/l right, Leur surveillance ne peut être mise en défaut... à moins cependant que quelques filous habiles ne pratiquent le moyen qu'on nous a raconté, au moyen duquel un grand dry goods store de Baltimore fut un jour complètement dévalisé, ou peu s'en faut.
Vers deux heures du matin, dans ce temple de l'élégance et de la fashion, les policemen virent quatre individus, revêtus d'habits noirs, qui pliaient, dépliaient, mesuraient et empaquetaient des soieries, des lainages et autres objets de toilette; ils frappèrent aux carreaux et demandérent aux quatre personnages ce qu'ils faisaient là. Ceux-ci répondirent qu'ils étaient les commis du magasin et qu'ils s'occupaient de leurs affaires. Les bons policemen répondirent : Al right! et continuèrent leur promenade de surveillance. A peine euren.-ils le dos tourné que les quatre individus ouvraient la porte et se sauvaient, emportant des ballots d’une grande valeur, sans oublier le contenu de la caisse qui avait été prise et vidée.
Baltimore est l'un des foyers principaux de l'Église catholique romaine aux États- Unis. Il ÿ a un archevèché et, par conséquent, un archevêque, et la cathédrale élevée au culte passe pour un des beaux monuments du pays. Elle est de style grec et bâtie en pierre grise, Au milieu de l'édifice est une rotonde qui ressemble à celle du Panthéon, et on lit sur le fronton inférieur les paroles suivantes en style lapidaire :
« C'est ici la maison du Scigneur, l'Église du Dieu vivant, la pierre angulaire de la vérité, »
On conduit également le touriste qui visite Baltimore à une église fréquentée seulement par les nègres de la secte baptiste, à l'entrée de laquelle est placée une inscription qui « défend de fumer » aux fidèles. Ce temple du Très-Haut est situé au premier étage : c'est un vaste parallélogramme dont les murs, blanchis à la chaux, n'ont aucun ornement : on se croirait dans une salle de danse de village, car les bons moricauds et les dames de la même couleur ont revêtu les habits les plus excentriques : on s'attend à chaque instant à entendre les violons et une voix qui dirait : En place pour la contredanse! Lorsque l'oflice, récité par un ministre nègre, est terminé, chaque fidèle, en sortant, dépose son offrande dans un plat d'étain pour. « l'entretien du culte ».
L'une des personnalités les plus remarquables de Baltimore était M"*° Patterson, épouse séparée de force du prince Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, qui fut depuis le père du prince Napoléon et de la princesse Mathilde Demidoff,
Cette dame, à qui nous avons eu l'honneur d'être présenté en 1849, était encore admirablement belle à cette époque, malgré les années et les tribulations.
Elle était petite, mais admirablement proportionnée; sa peau était très blanche, quoiqu'elle eût une chevelure superbe d'un noir de jais; son visage, qui rappelait les traits des statues grecques, avait cependant beaucoup d'expression et de mobilité,
« J'ai exactement la taille et les proportions de la Vénus de Médicis », disait-elle avec une naivete orgucilleuse; et, relevant sa manche, elle nous montra un bras tourné au moule et fort beau encore, quoiqu'elle eût alors soixante-deux ans.
Il ne faisait pas bon vouloir jouter d'esprit avec elle, car elle devenait mordante et irascible ; elle s'aliéna ainsi bon nombre d'amis. Quand elle voulait, elle était charmante et pleine de séduction.
Talleyrand a dit de M"° Patterson :
« Si elle était reine, nulle ne régnerait avec plus de grâce!»
Gortschakott alla jusqu'à affirmer que « si elle eût été près du trône, les alliés auraient trouvé beaucoup plus de difficultés à décider du sort de Napoléon ».
M Patterson-Bonaparte a laissé par testament tous ses papiers à son petit-fils Charles- Joseph. Ces manuscrits contiennent un journal de sa vie, tenu au jour le jour, et une quantité considérable de lettres de tous les hauts personnages avec lesquels elle avait été en correspondance pendant toute son existence.
Si jamais ces Mémoires voient le jour, ce qui dépend entièrement du petit-fils de la défunte, car aucune des clauses du testament ne l'oblige à le faire, ce sera certainement une
des œuvres les plus intéressantes de notre époque.