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LE LONG DU CHEMIN

et dans le convoi se trouvaient des étrangers, des citoyens américains, des nègres, dont la destination était du côté du sud, de l'est et de l'ouest, Nous franchimes Relay et Ellicott's City, où les inondations du Patapsco avaient laissé des traces de destruction, et bientôt notre vue se reposa sur les montagnes boisées du pays.

A dater d'Ellicott's City, la voie ferrée longe le Patapsco, et c'est seulement à l'endroit où l'on touche aux bords du Potomac à Point-of-Rocks, que l'on abandonne les rivages de ce courant si pittoresque, Nous ne dirons pas que le territoire parcouru est un pays enchanteur, dont les curiosités naturelles doivent attirer le voyageur, mais, tel qu'il est, il offre à l'amant de la belle nature des charmes qui laissent leur souvenir, Çà et là, la plaine cultivée pénètre entre deux pointes de forèt, des ruisseaux coulent en « zigzagant », et murmurent sur des cailloux, et à l'horizon, des rochers dénudés et aux pierres polies scintillent comme du verre reflétant les rayons du soleil.

Un peu plus loin, à gauche, leurs cimes perdues dans l'éther, — des cimes altières, — se montrent enfin, au bas desquelles on voit Harper's Ferry, — le bac, le passage de Harper.

A mesure que l'on approche de cet endroit, le brouillard se dissipe, l'azur du ciel apparait uni comme une mer sans ride; les montagnes se dressent dans toute leur splendeur naturelle, et au milieu d'elles on découvre quelques pins échevelés où brûlés par la foudre qui ressemblent à des squelettes géants dansant au-dessus d'un jardin vert,

Il n'en est pas moins vrai que la première impression est celle du désappointement : on s'attend à quelque chose de plus grandiose; mais, après avoir examiné à loisir, on arrive à cette conclusion que la place où l'on se trouve transporté est une de celles qui doit rester dans votre mémoire comme un agréable souvenir de la nature américaine.

A mesure que l'on pénètre au milieu des bois, on rencontre à chaque pas des cascades rieuses, puis des arbres de la plus belle venue. Si l'on se risque à gravir les hauteurs de Maryland et qu'on examine avec soin l'horizon, on apercevra un gracieux paysage. Du reste, nous pouvons certifier, sans crainte d'être déraentis, que l'on est toujours ravi lorsqu'on parcourt une contrée montagneuse et q'r'on se perd au milieu des bois.

Mais voici le convoi qui s'avance sur le pont audacieux élévé par les ingénieurs habiles de la cité du « Baltimore and Ohio Railroad », pont qui traverse le Potomac à la jonction de cette rivière avec le Shenandoah. De la plate-forme du wagon nous examinons les roches perpendiculaires que l'on a nommées Maryÿlands Heights, et nous cherchons à retrouver les lignes de pierre où l'on a découvert le profil humain qui en fait une curiosité naturelle, En cflet, ce visage de granit devient visible à nos yeux. Au-dessus du front, un buisson épineux ajoute à la ressemblance et paraît former la coitlure, tandis que L long des joues un autre bosquet d'arbres nains représente les favoris.

Au pied de ces montagnes encaissées passe le canal, où quelques bateaux tirés par des chevaux ne semblent pas moins être immobiles, eu égard à ia rapidité de notre marche. A gauche, voici les « Hauteurs de Bolivar », au bas desquelles on montre les ruines d'un arsenal qui a été détruit par une explosion.

Parcourons la ville de Harper's Ferry, qui offre quelques curiosités à examiner. Bâtic sur une langue de terre fort étroite, à l'endroit où le Potomac et le Shenandoah confluent, cette agglomération de maisons est d'un aspect pittoresque. Harper's Ferry se trouve dans le comté de Jefferson, partie ouest de la Virginie.

De l'autre côté du Potomac, voici le Maryland Heights, dans le comté de Washington, État de Maryland, et, par delà le Shenandoah, plus loin que les hauteurs de Loudon, la Virginie proprement dite

La population de Harper’s Ferry, en y ajoutant celle de Bolivar, juchée sur une colline assez élevée, est évaluée à deux mille âmes. La rue principale s'étend horizontalement le long du cours du Shenandoah, et l'on fait voir aux voyageurs une route qui gravit, en formant la courbe, la pente de la montagne, et ensuite des escaliers taillés dans le roc qui aboutissent à la partie supérieure,

Harper's Ferry était certainement une cité pauvre qui connaissait à peine le progrès; mais la fatale guerre de Sécession lui fut ruineuse, aussi bien que la grande inondation d'octobre en 1870, pendant laquelle le Schenandoah commit de si terribles ravages. Partout où l'on jette les yeux, on a devant soi les preuves évidentes de ces désastres, Les habitants n'ont rien fait pour effacer !es traces de leurs malheurs. Ils vous racontent, avec tristesse qu'autrefois on voyait sur le Schenandoah des moulins en pleine activité, et des fabriques de fusils pour l'armée, qui prospéraient et faisaient vivre de nombreux ouvriers, Les millions de dollars, — ruisselant Pactole, — se montraient entre les mains des habitants de ce village laborieux, et tout a disparu. Ces beaux jours reviendront-ils ? Ces bonnes gens n'osent l'espérer.

Le nom de la ville lui a été donné par un brave émigrant, né à Oxford, en Angleterre, lequel arriva dans ce pays en 1723. La profession de cet Anglais était celle d'architecte et, eu égard à ses travaux, Harper parcourait souvent le territoire.

Un jour, se trouvant en mission dans les environs de l'endroit où se trouve actucllement Winchester, dans la riche vallée de la Virginie, Harper, venu là pour y bâtir une salle destinée à la réunion des membres de la « Société des amis », passa près de l'endroit où s'élève de nos jours le pont ou le bac que l'on a élevé depuis.

La beauté du site plut à l'architecte, qui acheta en cet endroit un coin de terrain ct fit confirmer la vente par lord Fairfax. Quelque temps après, quand la paix fut devenue definitive entre les blancs et les Indiens, lorsque les habitants eurent découvert l'utilité d’une route à travers la chaîne des Blue Mountains, Harper établit un bac sur la rivière, On montre encore dans la petite ville, au coin de High street, la maison qu'habitait le fondateur de la localité, Quoique badigeonnée et très bien entretenue, on devine, à la forme du logis, à la tourelle qui avance, suivant la mode anglaise, dans la fenêtre du parloir, que ce toit date du bon vieux temps. On dirait un de ces vieillards frisés et pommadés, tirés à quatre épingles, qui ne veulent ni vieillir ni paraître âgés.

. En 1794, la prospérité de Harper's Ferry paraissait être certaine et son avenir assuré. Le grand général George Washington, ayant reconnu les qualités particulières des eaux et leur force motrice, décida que l’on installerait en cet endroit la manufacture des armes du gouvernement. Il fit faire, en conséquence, l'acquisition d'un certain espace de terrain nécessaire à l'érection des bâtiments, sur les rives du Potomac, à son confluent avec le Schenandoah. Peu après on acheta encore les montagnes de Bolivar et'de Loudon, et bientôt toutes les constructions destinées à l'aménagement de cette industrie formèrent un groupe assez important.

Harper’s Ferry devint et demeura prospère à dater de cette époque, et ce bien-être dura jusqu'à la nuit terrible du 16 octobre 1859. Dix heures venaient de sonner, quand une

troupe composée de vingt hommes traversa le pont du chemin de fer, — qui était une sorte de tunnel couvert comme un boyau de fortification, — et arriva de l'autre côte du Potomac, Ces inconnus s'emparèrent sans bruit des hommes de garde et pénétrèrent dans l'arsenal, Leur premier soin fut de se retrancher afin de ne point être surpris, puis, au moyen de patrouilles, ils arrétèrent tous ceux qui cherchaient à se sauver, Un homme de couleur qui, sans malice, voulait passer sur le pont, fut tué net par un coup de feu.

Le lendemain, pendant un épais brouillard que les rayons du soleil cherchaient à dissiper, la ville entière se réveilla de son apathie, On ignorait ce qui allait se passer, et l'on se demandait quel était le but des gens qui s'étaient emparëés de l'arsenal. Tous les habitants prirent les armes, et la bataille commença entre les inconnus et les protecteurs naturels de Harper's Ferry. La bataille dura toute la journée : les assaillants songaient à la retraite, mais ils étaient cernés de toutes parts et plusieurs s'élancèrent dans le fleuve où ils furent noyés et criblés de balles,

L'un deux, — connu sous le nom de Brower, — chef de la bande, se retrancha avec tous ses camarades blessés dans le bâtiment où était placée la machine à vapeur.

La nuit s'écoula triste dans cette petite ville, qui deux jours avant jouissait de la plus grande tranquillité; nuitsombre, froide ct pluvieuse, Le lendemain matin arriva le colonel Robert-E. Lee, à la tête d'un corps de marins que l'on envoyait de Washington, Une heure après, les portes du bâtiment de la machine volaient en éclats, et Brower ainsi que ses compagnons tombaient entre les mains des soldats du gouvernement, qui ne perdirent qu'un seul homme.

Le chef de cette échauflourée de Harper's Ferry fut jugé et exécuté à Charlestown : ce qui passa pour un acte impolitique aux yeux des citoyens de la partie sud des États-Unis.

Cette issue de l'échautlourée de Harper's Ferry fut réellement le point de départ de la guerre civile qui a ensanglanté l'Union et pendant laquelle la ville resta tantôt aux mains des Sudistes, tantôt dans celles des Nordistes. Les pertes matérielles furent énormes.

Lorsque la Convention de la Virginie déclara la séparation du Sud d'avec le Nord, il y avait à Harper's Ferry un régiment de militaires réguliers de l'armée, sous le commandement d'un certain lieutenant Jones, et celui-ci apprit, quelques heures après, que la milice de la Virginie se disposait à l'attaquer, Ces ennemis du Nord arrivaient, disait-on, par le haut de la vallée, le long des rives du Potomac, Il y en avait à Bolivar et sur les montagnes de Maryland. Bref, le lieutenant Jones reçut l'ordre de se retirer, mais avant d'obéir il mit le feu à l'arsenal. La fumée noire, épaisse, étoutfante, s'éleva en spirales dans l'espace, et de sourdes détonations éclatèrent de tous les côtés, ce qui n'empécha pas qu'après le départ des troupes, on put sauver une partie des constructions; mais on perdit environ quinze mille caisses de fusils.

Dans la nuit du 18 avril, l'armée du Sud arriva et tout aussitôt le colonel Thomas J. Stcnewall Jackson prit le commandement de la place. La machine employée pour la fabrique des armes fut enlevée et transportée à Fayetteville, dans la Caroline du Nord,

Le 14 juin de la mème année, les soldats sudistes, sous les ordres du général Joe Johnston, abandonnèrent Harper's Ferry, qui n'avait pas pour eux d'importance militaire; mais avant de partir, ils en achevèrent la destruction : ils firent aussi sauter le pont du chemin de fer et incendièrent tous les bâtiments. La ville était à peu près déserte, car la plupart des habitants avaient pris parti pour le Nord ou le Sud, et les autres s'étaient rendus dans

un pays moins terrorisé par la guerre. Les quelques infortunés restés fidèles à leurs toits ne cessaient pas d'entendre le bruit du canon et les décharges de mousqueterie. Tous ceux qui commettaient l'imprudence de sortir étaient impitoyablement mis à mort. Les mitrailleuses balayaient les rues et les abords de Bolivar, où venaient les espions de l'armée du Sud.

Ce fut une terrible époque pour les infortunés qui n'avaient point voulu abandonner leur ville natale, et qui se voyaient le point de mire des deux armées belligérantes.

La scène la plus émouvante, qui fut pour ainsi dire le dénoûment de la situation faite par les citoyens d'Harper's Ferry, eut lieu le 5 septembre 1862, quand l'armée, sous les ordres de Jackson, traversa le Potomac à White’s Ferry avec l'armée d'invasion de Lee. Le 13 septembre suivant, Jackson arriva à Harper's Ferry, tandis que MM. Laws et Walker occupaient les montagnes de Maryland et de Loudon. Le colonel Miles se voyait pris à Bolivar, sans pouvoir se défendre.

Mc. Clellan, ayant quitté Antiétam, vint concentrer son armée à Harper's Ferry. Toute cette péninsule qui est placée à la jonction du Potomac et du Shenandoah, depuis Smallwood's Ridge jusqu'au confluent de ces deux rivières, et même sur les hauteurs voisines, était couverte de tentes, et quand l'obscurité arrivait, les feux s'allumaient de toutes parts. De Camp Hill, — où se trouvent les lignes de démarcation des deux villages, — le spectacle était grandiose, surtout quand il faisait nuit noire. Les voix que l'on entendait dans ces parages rappelaient le bruit immense d'une grande cité en ébullition, ou la rumeur des vagues en démence. Enfin la paix fut signée : il était réellement temps que cet état de choses cessât. Nous allons raconter maintenant quelles furent les suites de cette effroyable guerre.

Transportons-nous à la cime du roc Jefferson. Nous y voyons à droite les mins encore debout des églises méthodistes et épiscopaliennes, dont ‘es cloches sonores appelaient jadis, quand arrivait le dimanche, les fidèles à la prière.

Gravissant les décombres, nous entrons dans l’intérieur de ces églises, Les quatre murs sont debout sans trace de toiture; les baies des fenêtres ouvertes à tous les vents. La place où l’on avait construit l'autel est bouleversée, et les marches qui y aboutissaient recouvertes de gravois sont à peine perceptibles. Toutes les boiseries ont disparu. Et cependant les églises n'ont point été brûlées : on les a saccagées au milieu des combats.

Quelques pas encore, et l'on parvient à Jeflerson Rock, une roche stratifiée, qui s'élève d'un seul bloc au-dessus de la rue placée en contre-bas. Cette pierre est une des curiosités de la ville. Les habitants la considèrent comme le talisman de leur pays : on raconte que Jefferson y avait gravé son nom; d’autres prétendent qu'assis sur cette montagne, il y traça ses Notes sur la Virginie « pour répondre à un étranger de distinction ». Notre opinion nous indique que la première version est la seule véritable, Du bout de cette cime on jouit d'une vue admirable, celle de la réunion des eaux dans la vallée d'Avoca.

Au delà de la ville, on voit les « Maryland Heights »; puis, à gauche, les montagnes de Loudon couronnées par une splendide forêt et entrecoupées de ravins d'où descendent en cascades des sources transformées en ruisseaux et en torrents pendant l'hiver.

Au pied de ces ravins, des monticules de sable ressemblent à des tas de blé, disséminés dans un champ. Enfin, dans la brèche qui sépare les deux montagnes, on aperçoit le Shenandoah qui décrit maintes courbes autour des « Mouts bleus », depuis le comté de Bath jusqu'au Potomac, qui coule à la base des monts Alieghanies et sépare le fleuve Ohio de la base du Chesapeake,

On ignore comment s'est opéré dans l'origine ce passage du courant : soit par un effort violent de la nature, ou bien par l'action dissolvante des’eaux, réunies sans doute quelque part par là, dans un immense réservoir. Les géologues n'ont pas émis encore d'opinion sur ce sujet.

De l'autre côté du Shenandoah, le bac traverse des tourbillons avant d'arriver sur l'autre plage où les eaux sont plus calmes. Le fleuve, vu de près, coule entre deux côtes clevées et encastrées, qui semblent l'abriter contre les ardeurs du soleil, De nombreuses roches surgissent du milieu du courant, contre lesquelles l'élément va se briser en atomes liquides.

Le chemin de fer et le canal contournent les Maryland Heights, et l'on voit les wagons et les bateaux descendre le long des rivages sinueux, dans la direction du sud.

Gravissons maintenant les cimes du Bolivar. A moins d'être un excellent marcheur, le touriste doit recourir à une voiture et à des chevaux pour arriver sur la hauteur. On se procure très facilement ce moyen de locomotion dans la première auberge venue. Les coursiers sont bons et le véhicule convenable.

La route que l’on suit décrit un segment de cercle dont la première partie frôle le lit du Shenandoah et le canal Slackwater, hors de service actuellement. Ce passage est bordé de bois de cotonniers et longe l'arsenal détruit, le canal comblé et les terrassements élevés pendant la guerre fatale. Parvenu au milieu de l'ascension de la montagne, si l'on jette les yeux du côté de Harper’s Ferry, le paysage est superbe. On aperçoit les cimes aux teintes dégradées et la vue interminable de la ville.

Au moment où l'on atteint le sommet, on frôle les fortifications fédérales au-dessus de la vallée profonde où l'on avait protégé le ballon d'observation contre les atteintes des obus qui sillonnaient l'espace. Il y avait là, sur la pente ouest de cette montagne, plus de trois cents maisons dont on retrouve à peine les traces.

Du plateau de Bolivar on jouit de la vue de Loudon et du North Mountain, qui dominent une vallée très bien cultivée et couverte de fermes assez correctement bâties. On retourne en bas en traversant le joli village de Bolivar, dont la création remonte à la fondation de l'arsenal.

Depuis l'abandon du gouvernement, les habitants du pays ont.cherché des occupations nouvelles soit sur le chemin de fer, soit sur le canal.

Obliquons à gauche et traversons de nouveau Harper’s Ferry. Nous suivrons la route planchéiée, nous traverserons le pont de la voie ferrée, dont les fils de fer rendent des sons éoliens. La route est peu large, elle s'avance le long du canal et passe devant la vieille cabane du bac bâtie à l'abri des roches qui lu protégeaient. Les eaux de la rivière semblent être calmes et peu dangereuses; mais il ne faut pas se fier aux apparences : les noyades y sont malheureusement fréquentes.

La voiture qui nous conduisait gravissait déjà les déclivités de la montagne sous un dôme de verdure composé par des châtaigniers et des chênes, lorsque tout à coup nos chevaux s'arrétèrent, d'un commun accord, et le cocher nous dit :

— Le colonel Unseld, — gentlemen!

Et nous aperçûmes devant nous un vieillard aux cheveux blancs, à la barbe longue, de la même couleur de neige, qui nous souhaita le bonjour d'une voix brève, comme le font la plupart des Virginiens.

Tous les voyageurs qui entreprennent l'ascension doivent «stopper » en cet endroit pour

continuer la route à pied. On doit donc s'estimer très heureux de trouver là une demeure hospitalière; la dame du logis raconte volontiers à ceux qui s'assoient dans son salon les dangers qu'elle a courus, au milieu de la grêle de balles et de bombes, lorsque pendant la guerre elle avait l'honneur de soigner les malades, dans sa maison convertie en hôpital. Que de morts et de mourants ont passé par la maison Unseld ! On vous offre invariablement des fruits et des rafraichissements dans cette ferme du Maryland, et les hôtes vous accompagnent sur le seuil en vous souhaitant un bon et heureux voyage.

La vue que l'on a devant soi sur ces hauteurs mérite vraiment le travail herculéen que l'on a entrepris pour parvenir jusque-là. Une fois qu'on y est arrivé, on entend le guide vous dire :

— Vous, monsieur, prenez place là, près de ce poteau qui servait à hisser le drapeau national, et regardez.

I n'y a pas à le nier : on reste stupéfait, abasourdi. L'aspect de cet immense territoire composé de monticules boisés, de champs cultivés, de jardins, de vergers en pleine exploitation, ayant pour horizon des montagnes sombres dont les contours se perdent dans la nue, aussi loin que la vue peut permettre qu'on regarde; les sinuosités du Potomac, qui descend vers la droite pour revenir ensuite vers la gauche, tout est beau, imposant, grandiose.

Les hauteurs de Loudon sont situées du côté opposé : sur la rive de la rivière, et un peu au delà, on voit le village des quakers du comté de Loudon, séjour fortuné où la pauvreté n'est qu'un vain mot, inconnu à tous Ceux qui y résident.

Regardons ensemble les lignes brisées des Short Hills, les petites montagnes à moitié cachées dans le bois : c'est au milieu de ces boursouflures que se trouvent les vallées de Lovettsville et du Shenandoah.

A la base du rocher sur lequel nous nous trouvons, on examine avec intérêt des champs admirablement cultivés, des fermes abritées par des arbres géants, des vergers plantés avec la plus exacte symétrie et des moissons prètes à être rentrées dans les greniers : et cela est à 1,300 pieds au-dessous de la place où nous sommes debout.

Fout autour de nous on montre les ruines de la guerre. I y avait là, autrefois, des arbres de toute beauté qui ont été abattus pour les besoins de l'armée, où brisés par les projectiles; mais la nature reprend ses droits, et l'on comprend qu'elle se hâte lorsqu'on examine les broussailles qui ont recouvert, depuis quelques années, les cicatrices de la terre.

Du haut du rempart de Old Stone Fort on découvre des horizons sans fin, excepté cependant aux endroits où se dressent les Blue Ridge, ainsi nommés pou la couleur gris bleu de la pierre dont les teintes varient de toutes façons, Ces montagnes se suivent à sautemouton jusqu'à la Susquehanna et servent de frontières aux différents États voisins.

On peut voir, de la cime où nous contemplons le paysage, sept comtés diflérents : Jefferson, Loudon, Frederick, Fauquier et Clarke dans la Virginie, et Frederick Washington dans le Maryland. Et la vue ne quitte pas les méandres du Potomac, qui pénètre dans le Maryland par le nord et coule dans la direction du sud-est.

Nous apercevons encore les maisons blanches des villages de Martinsburg, Shepherdstown, Knoxville, Berlin, Hagerstown; puis, si l'atmosphère est limpide, en suivant pour direction la route qui saute par-dessus les montages, deux points qui paraissent et disparaissent tour à tour Charleston et Winchester,

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