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LE POTOMAC, VU DES HAUTEURS DI MARYLAND

Le brouillard enveloppe au nord et à l’ouest Loudon et les montagnes du Nord, Çà et là, des champs cultivés et des bouquets de bois attirent les regards, à travers lesquels le Potomac circule comme un serpent argenté.

Au milieu de ce paysage, qui passe comme une vision devant les yeux du spectateur, on ne peut nulle part trouver trace de la destruction qui a ravagé cette belle vallée de la Virginie, Quoique le général eût déclaré par serment « qu'après lui, tout corbeau qui viendrait franchir l'espace au-dessus du pays agirait sagement en emportant des provisions entre les mandibules de son bec », cette cruelle prédiction n'a pas été accomplie. Les moissons de toutes sortes couvrent les champs, et l'énergie de la population a relevé le pays de sa chute. Les villes ont bien souffert, il est vrai, et l'on retrouve encore là les traces de la dévastation, mais le sol n'a pas chargé d'aspect : la nature s'est redressée plus fière qu'auparavant, comme voulant prouver à l'homme que Dieu est éternel et que le monde est son œuvre.

C'est avec le plus grand regret que l’on s'arrache au spectacle de ce panorama géant et sans égal, pour redescendre vers Harper's Ferry. Nous devons nous reposer encore quelques instants chez le colonel Unseld, puis nous reprenons en voiture la route qui aboutit à la ville. *

On montre sur les bords du Potomac la place où Lehman fut fusillé.

La nuit est de retour quand on rentre à l'hôtel du pays. C'est à ce moment que la vue de Harper's Ferry est curieuse à observer. Les montagnes se dressent sombres comme des masses de houille, et, derrière ces pics, la lumière argentée de la lune éclaire le tableau. Çà et là, sur le canal, le chemin de fer, la rivière, des reflets brillants, pareils à d'énormes lucioles, éblouissent les yeux. Ce sont des machines qui arrivent à toute vapeur, des bateaux qui sont remorqués, ou bien un esquif qui a élevé son falot, afin d'éviter un accident. Une flamme rouge se montre de l’autre côté du pont. C'est le signal qui annonce l'arrivée d'un convoi plein de passagers, sur la voie ferrée de « Winchester and Potomac Railway », dont la jonction s'opère à Harper's Ferry.

Tout le monde se précipite hors des voitures pour changer de train, et quand le transbordement a été opéré, la vapeur entraine à nouveau les voyageurs affairés qui volent vers des pays divers.

Et le bruit s'éteint, le silence règne de nouveau, interrompu seulement par le murmure incessant des eaux du Potomac, ou la trompette des bateliers, laquelle avertit Péclusier de l'approche de leur embarcation.

On ne doit pas oublier, afin de se mettre en paix avec sa conscience, de visiter aux environs de Harper's Ferry les rivages du Potomac et les différents cours d'eau des montagnes où les cascades sont innombrables. La route qui conduit à Antiétam et au champ de bataille de Sharpsburg est particulièrement digne d'être parcourue d'un bout à l'autre.

Le chemin que l'on prend longe les montagnes qui bordent la « Pleasant Valley »,

“et l'on circule tantôt sous des rochers qui surplombent le passage, tantôt au-dessous de ravins couverts de broussailles au fond desquels on entend le bruit dés eaux d'un torrent emporté, Les horizons sont toujo :rs splendides et dignes d’être contemplés attentivement.

Nous voici arrivés à Antiétam. De vieux moulins bordent la rivière que les habitants ont nommée une crique — a creek. — Quelques ponts de pierre, d'une architecture démodée,

sont jetés d'une rive à l'autre et, à l'endroit où le'cours d'eau rejoint le Potomac, on se trouve en présence des anciennes constructions appelées « Antiétam Rolling Mills ».

C'est sur la route qui aboutit à «Pleasant Valley » et qui vient de Boonsborough, que l'on vit arriver l'armée de Mc. Clellan pour livrer la bataille à Antiétam et à Sharpsburg. Les ponts de pierre placés en cet endroit sont d'ailleurs les seuls passages sur l'Antiétam que l'on trouve dans le pays. Le pont Burnside est placé du côté de « Pleasant Valley », et c’est dans ce voisinage que le combat fut le plus meurtrier, vers l'extrême droite de l’armée de Lee.

Non loin de ce point stratégique, on aperçoit les hauteurs de Sharpsburg. Il était fort important pour Lee de préserver ses ailes; s'il avait été contourné et si les montagnes de Sharpsburg eussent été occupées par les soldats de Mc. Clellan, le gué de Shepherdstown lui était fermé et rendait la retraite impossible. Aussi l'armée confédérée, sous les ordres du général Toombs, alla-t-elle occuper le pont et se fit-elle aider par des batteries placées sur les montagnes, en arrière de la position.

Burnside reçut l'ordre d'ouvrir le feu et d'enlever le pont coûte que coûte. La bataille commença à huit heures du matin et, depuis ce moment jusqu’à une heure après midi, le point contesté fut tantôt entre les mains des Sudistes, tantôt entre celles des soldats du Nord.

L'ordre vint, donné par Mc. Clellan, d'enlever le pont à la baïonette et de se rendre maitre des hauteurs d’où la canonnade retentis, ‘it. Cela fut fait vers les quatre heures; mais c'était trop tard, Le commandant A.-P, Hill arrivait de Harper's Ferry et repoussa les iédérés, Mc. Clellan, qui avait livré la bataille depuis le matin, n'avait plus assez de soldats pour venir à l'aide de Burnside.

La nuit vint et les deux armées se reposèrent forcément.

Mais le lendemain Lee se retirait dans la Virginie, après avoir traversé le gué de Shepherdstown.

Ce site de Harper's Ferry, bien avant que la guerre de Sécession l'eût mis en évidence, devait sa renommée à la description qu'en avait faite Jefferson :

Celui qui te créa, nature sans pareille,

Savait qu'il nous offrait une grande merveille, Un paradis divin.

I avait bien prévu que sur notre planète

Un jour l'homme viendrait qui ferait ta conquête... Tel était le destin!

On peut bien dire que l'auteur américain avait quelque peu exagéré les beautés du pays qu'il voulait rendre immortel; mais on doit se rappeler qu'à l'époque où il écrivait, toutes les sublimités naturelles de ce Harper’s Ferry étaient encore inconnues.

N'importe, quel qu'ilsoit, ce coin du territoire du Maryland méritait une mention particulière et nous le lui avons donnée ici.

LE VIEUX PONT FT LE VIEUX MOULIN, — ANTIÉTAM ET SON USINE — LE PONT DE BURNSIDE,

WASHINGTON

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