‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 115 sur 211 · GREAT FALLS, — LES GRANDES CHUTES DE NEW RIVER · texte numérisé non relu

GREAT FALLS, — LES GRANDES CHUTES DE NEW RIVER

traces au milieu des pierres brüûlées. Du reste, cela n'a rien d’extraordinaire dans ces parages, car, il y a quatre ans, une sorte de « geyser » s'élança hors de ces décombres, à plus de 20 pieds d'élévation. Un pécheur du voisinage, qui se trouvait là au moment où cette explosion aquatique se produisit, oublia sa pêche abondante composée de poissons-chats, — qui sont très nombreux dans cette rivière, à certaines époques de l’année, — et s'enfuit terrifié du côté de sa demeure.

New River, — la Rivière Nouvelle, — est comptée parmi les merveilles de la Virginie et quand on a visité cette portion du terroir, le souvenir qu'on en garde, tout solennel et même attristant qu'il ait été, est un de ceux qui vous troublent toujours, quelque éloigné que soit le moment où l’on a passé par là.

Le convoi du chemin de fer conduit à la station d’Alleghany. La rivière Roanoake fait dans cet endroit de si nombreux contours qu'il faut en traverser cinq fois le lit, avant d’arriver à Alleghanie's Springs. À 5 mètres en deçà, un des ruisseaux qui forme la sourec du Roanoake se précipite du haut d'une ouverture béante au milieu de rochers: c'est le « Saut du Purgatoire ». Pourquoi cette appellation? Elle serait assez difficile à expliquer: disons seulement que les abords de ce site sauvage sont très bizarres.

Le lit du torrent est encombré par une masse de rochers énormes, aui sont peu en rapport avec le mince filet d'eau qui forme la cascade. Entre ces pierres massives sont enchevètrés d'énormes troncs d'arbres, preuves évidentes de la rage du torrent quand les eaux sont élevées dans la montagne par l'effet des orages.

Ce site, au dire des gens du pays, est un nid de serpents; aussi prend-on la précaution de se munir de bâtons pour assommer les reptiles que l'on rencontrerait sur ses pas : mais ces reptiles sont invisibles ; du moins le jour où nous étions là, ils se tenaient cachés dans les interstices du roc et n'osèrent ou ne voulurent pas en sortir.

L'eau tombe d’une hauteur de 70 pieds. Des érables et des frênes de grande taille couvrent cette gorge et la maintiennent dans une obscurité relative. Cela tient de la féerie de théâtre, et l’on se sent plongé dans une douce rêverie.

Il y a quelques années, un accident arriva dans ces parages qui coûta la vie à un gentleman visiteur des sources. Il tomba du haut d'un arbre, et les gens du pays ont donné, à cause de cela, le nom de cet infortuné à la source elle-même; inspiration d'un goût contestable, qui, du reste, n'a pas été adoptée par la majorité des Virginiens.

En se dirigeant vers l’est, on arrive à Liberty, dans le comté de Bedford. II s'agit d'aller visiter en cet endroit les « Peaks of the Otter », — Pics de la Loutre — dont l’un, le plus élevé des deux, mesure 5,307 pieds au-dessus du niveau de la mer.

La vue dont on jouit, quand on se hasarde à grimper jusque sur le sommet de ce rocher, est vraiment sans pareille. Du côté de l’est s'étend une plaine à perte de vue, tandis que, vers l’ouest, la chaîne de montagnes se développe jusqu'au plus lointain horizon, On ne peut oublier un panorama semblable quand on l’a vu une fois.

Un hôtel superbe, admirablement tenu, avait été détruit par un incendie, il y a quelques années; mais on a reconstruit un autre splendide caravansérail à la place où le « beau monde » se plaît à se rendre dans la saison d’été.

Du comté de Bedford on parvient à la région pierreuse de la vallée : on va voir là des grottes assez bizarres et en très grand nombre, dont on ne trouve les pareilles qu'aux alentours des grands lacs.

Les « Tours Naturelles » sont debout au milieu du comté d'Augusta. On les aperçoit en descendant le chemin qui borde la Rivière du Nord. Ce qu'il y a de particulièrement curieux dans ces trois fortifications séparées les unes des autres, c'estqu'elles ne sont accotées à aucune montagne. Lorsqu'on a traversé la rivière, on voyage dans une plaine bordée par une chaîne de collines boisées, d'une très petite élévation, et c'est à la base de ces mamelons que s'élèvent les tours, comme des champignons, hors du sol. L'illusion est parfaite : on les

prendrait pour les ruines d'un forteresse gothique ou romaine. Vues à distance, ces tours paraissent être percées de meurtrières et surmontées de créneaux. Les plantes grimpantes, les anas de décombres à la base, ia porte close, tout fait illusion à une petite distance. On s'attend à voir la muraille factice de la porte s'ouvrir tout à coup, pour donner passage à un cortège de chevaliers aux armures étincelantes, pennons en tête, se disposant à aller guerroyer contre l'ennemi ou à lever quelque impôt sur des vassaux rebelles.

Mais, tout en se livrant à ces rêves, le voyageur s'est avancé près des tours, et il comprend que son illusion ne doit pas avoir de suite. Ce triple amas de pierres est formé de couches superposées : c'est un phénomène géologique et rien de plus. N'importe, cela n'en est pas moins fort curieux.

En s'éloignant de ce site pittoresque, on parvient, en longeant la voie ferrée de Chesapeake et Ohio, jusqu'à Goshen Pass. Une diligence entraîne les touristes pendant l'aprèsmidi jusqu'aux « Bains de Rockbridge » où ils restent la nuit pour aller visiter, le lendemain, Jump Mountain, — la Montagne du Saut. — Ils reviennent ensuite à Goshen Pass.

Dans cette excursion on contemple des précipices curieux, des ravins protonds, des pics pelés et exposés à la foudre, des forêts sombres à travers lesquelles le bruit du vents'unit à celui des torrents invisibles qui précipitent leur course sous la feuillée, Ce spectacle est à la fois simple et grandiose.

C'est ainsi que l'on revient aux Bains de Rockbridge, où l’on peut se reposer, a saison à la mode n’est point encore commencée.

Le lendemain du jour où l'on a fait l'excursion dont nous venons de parler, on se hisse dans une petite voiture légère pour gravir les déclivités' du Jump Mountain. Bien souvent, pendant cette ascension, on entend l'orage gronder sur les hauteurs cachées par les nuages.

On visite en passant les restes d’un « Mound », — cimetière indien, — qui contenait une masse d'ossements de Peaux-Rouges : mais les pluies et la charrue ont abaissé le tertre de ces débris humains.

La légende raconte que, bien avant l’époque où les visages pâles vinrent attaquer les Indiens maîtres du territoire, une grande bataille fut livrée à cette place par les Shawnee: aux Cherokees. Une Squasw surveillait le combat du sommet de la montagne, et quand elle eut vu son époux tomber mort, à l'endroit où il s'élançait à la tête de ses frères, elle se précipita du haut du rocher et se tua.

Nos lecteurs se souviendront avoir déjà trouvé pareille légende publiée dans les premiers chapitres de notre ouvrage.

Il est fâcheux que la lunette d'approche qui servit à ce modèle des épouses pour voir un combat, à la distance qui sépare le Mound du Top n'ait pas été soigneusement conservée : cette curiosité aurait aussi une grande valeur.

On conduit le voyageur dans une vallée profonde, à la base de ce « saut de Leucade ». Là se trouve une maison hospitalière, un bon foyer et surtout un bon gite, à la manière écossaise: ce qui signifie que le châtelain n'a rien de commun avec les hôteliers rapaces qui éventrent les escarcelles des passants. Ce n'est pas en Suisse que l’on agirait ainsi.

La base de « Jump », du côté de l’ouest, aboutit à Goshen Pass. La montée, de ce côté de la montagne, est tellement douce que les dames à cheval peuvent parvenir jusque sur la cime du rocher. De là on peut examiner à loisir les pierres tombées jusqu’en bas, comme si le chaos avait passé par là. Cela fait frémir. On ne s'arrête pas longtemps à

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PAYSAGES DE LA VIRGINIE, 477 contempler un spectacle de ce genre : aussi se hâte-t-on de rentrer au logis par la route la plus directe, De là vérandah qui borde la maison des hôtes, on assiste, si le temps le permet, à un admirable coucher de soleil qui disparaît derrière le « Jump », tandis que les vapeurs du soir se glissent subrepticement dans la montagne.

Dès le lendemain matin, on continue son chemin pour revenir à Goshen Pass, dans

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