LE & PAINT ROCK » LE ROCHER PEINT, - SUR LE FRENCH BROAD
ainsi un moyen de comparaison intéressant entre les usages modernes qui ont décidément prévalu et ceux du temps passé qui disparaissent tous les jours,
Le touriste qui veut se rendre dans cette « terre du ciel » doit suivre la route de l'Est Tennessee et descendre du chemin de fer à Greenville, On prend là une place dans la diligence et l'on suit un chemin des plus curieux qui contourne les collines et les montagnes couvertes de bois touffus, parmi les essences à feuilles blanches, dans le nombre desquels on compte les banniers du Canada, les pins de la Norwège, les épicéas et les pins. D'un côté le voyageur aperçoit les vallées éloignées, d'une fécondité sans égale, au milieu desquelles surgissent des fermes ombragées par des arbres fruitiers; de l'autre il lève forcément les yeux pour admirer des pics plus élevés que ceux des montagnes Rocheuses.
Un parcours de quelques milles sur ce chemin raboteux amène le touriste au pied des Monts de Fer ou autrement les Great Smoky, — Grands Enfumés, — ce qui signifie plutôt « enveloppés de nuages », C'est là que se trouve ce rocher étrange désigné sous la qualification de « Paint Rock », par cette raison que les pierres dont cette masse est formée sont de couleurs diverses, comme la brèche la plus colorée, A ce même endroit, la rivière French Broad se développe dans toute sa beauté et de là, jusqu'à Asheville, dans la Caroline du Nord. Au dela, le paysage prend une sublimité propre à ramener l'homme à l'humilité, qu'il ne devrait jamais oublier de pratiquer s'il tient à prouver sa sagesse.
Cette rivière du French Broad mérite assurément qu'on fasse son éloge, car elle a pour le touriste des attraits sans pareils. À l'époque de l'occupation indienne, on appelait ce cours d'eau le Tselica : mais les Cherockees qui existent encore, — il est vrai, peu nombreux — ont qualifié cette rivière du nom de Tockyeste, qui signifie le Petit Rageur, où bien, suivant d'autres traducteurs : « le cheval de race ».
Nous donnerons ici l'étymologie de la dénomination actuelle, qui a aussi sa légende, On raconte qu'au commencement de la colonisation du pays, quelques chasseurs s'éloignèrent de Mecklembourg, un village de la Caroline du Nord, pour se rendre dans les montagnes, ils découvrirent une rivière dont la largeur était assez grande et ils la nommèrent : « Broad River ». Le courant d'eau qui se trouva ensuite sur leur passage, fut pour eux le « Second Broad » et le troisième le « Main Broad ».
Ces pionniers franchirent plus tard la chaîne des monts Bleus au Gap de Hickory Nut — la Noix de Hickory — et virent devant eux un courant d'eau auquel ils donnèrent le titre de « Cane Creek », eu égard à la quantité de roseaux dont ces bords étaient couverts, En suivant le lit de ce torrent, les chasseurs pionniers arrivèrent près d'un grand affluent qu'ils nommèrent le Grand Français, — French Broad, — par cette raison qu'il les séparait du pays où tous les colons appartenaient à cette nationalité.
Le French Broad prend sa source dans les monts Bleus, vers les frontières de la Caroline du Sud, à quelques milles de Congaree, du côté sud de la colline.
A peine sortie du rocher, la rivière prend son cours vers le nord, du côté du Tennessee, à travers une superbe vallée dont l'étendue est de 4o milles et que sa richesse, sa fertilité et le paysage enchanteur rendent chère à ceux qui l'ont choisie pour résidence. La route qui traverse ce territoire est sans contredit la plus confortable que l'on puisse suivre lorsqu'on se rend à Asheville.
Le touriste aperçoit sur son passage de superbes villas bâties par de riches Caroliniens qui ont eu le bon goût de se choisir des maisons de campagne ravissantes dans un véri-
table Éden, On montre la Tète de César, montagne fort élevée sur l'un des côtés de laquelle se trouve un précipice fort dangereux. Du sommet de ce rocher, on jouit d'une vue admirable qui domine toute l'étendue de la Caroline du Sud. On a bàti, à quelques mètres du goutfre, un hôtel où les voyageurs viennent passer quelques jours afin de se reposer et dans le but de respirer la brise la plus fraiche qui soit au monde,
A mesure que l'on approche d'Asheville, la scène change d'aspect; les collines bordent la rivière, les eaux se précipitent avec fureur et finissent par se jeter par-dessus Mountain Island, d'une hauteur de 65 pieds. Le chemin qui là haut longeait le courant d'eau descend par des pentes inclinées et suit les bords d'un abime d'un aspect terrifiant.
Le point central et géographique du pays arrosé par le French Broad est Asheville, charmante petite ville, perchée sur une montagne, à 2r2 pieds au-dessus du niveau de la mer et dominant la rivière, La vue embrasse, en cet endroit, toute la chaine des montagnes du milieu de laquelle émergent des pics semblables à des obélisques, De l'autre côté, l'on aperçoit une vallée superbe, dont le centre est parcouru par les méandres argentés du French Broad.
Le sol de ce pays est d'une fertilité sans pareille, eu égard aux eaux qui s'écoulent des montagnes dans les vallées, et pourtant il est certains de ces pics qui sont couverts de végétation, depuis la base jusqu'au sommet. Un fait assez curieux à remarquer dans cette région, c'est que, tandis que les cônes pointus sont généralement peu propres à l'agriculture, tous les mamelons à dos arrondi se prêtent aux travaux des champs les plus variés.
On ne trouve point de lacs dans ces parages, quoique pourtant on soit disposé à croire ,si l'on examine la formation géologique de plusieurs terrains, que des amas d'eau existaient, à diverses places, dans les temps reculés. Généralement le sol se compose d'un mélange de granit pilé, d'humus et de pierres à sable, de potasse et de mica non dissous. La terre, de couleur sombre, est grasse au toucher, Parmi les arbres les plus répandus, nous avons rencontré les châtaigniers, les chênes, les noyers hickorys, les noyers blancs et noirs, l'arbre à concombre, les frènes, les tilleuls et les érables à sucre. L'on prétend même, dans le pays, que tous les arbustes et toutes les fleurs que l'on trouve près des chutes du Niagara poussent également sur le sol de la Caroline du Nord, dans le comté de Buncombe.
La route que l'on suit, en descendant le French Broad jusqu'au Warm Springs, — les Fontaines Chaudes, —et au delà encore, pendant plusieurs milles, est, certainement, la plus pittoresque que l'on ait jamais vue. A chaque détour du chemin, un spectacle nouveau se présente devant les yeux, dont on conserve le souvenir. Les gravures que nous offrons à nos lecteurs, dans le courant de ce chapitre, donnent une idée très exacte de ce kaléidoscope incessant. L'on suit des voies tracées sur des terrasses que lon prendrait pour une planche d'étagère; d'un côté, la montagne est couverte par une forêt épaisse et sombre, et çà et là des roches s'élancent au milieu des bois. De l'autre, on domine le cours de la rivière, qui trottine sur des cailloux ou roule au-dessus de profondeurs importantes.
A certains détours du French Broad, la vue s'étend sur des vallées immenses, ensevelies sous un dôme de verdure composé de beaux arbres verts, de lauriers et de vignes vierges, impénétrables aux rayons du soleil, sous lesqueis l'ombre invite le voyageur à se reposer.
Çà et là un torrent jaillit hors de la montagne et, — coulant le long des roches comme
560 L'AMERIQUE DU NORD PITTORESQUE le feraient des lamelles de cristal en fusion, — vient traverser Le chemin et précipite sa course pour se jeter dans un autre courant d'eau, lequel ira, lui, rejoindre la mer,
Vu par un beau clair de lune, ce paysage est vraiment splendide, Que nos lecteurs veuillent bien monter avec nous dans la vieille diligence dont les roues craquent et les ressorts tressautent à chaque mouvement, Voici le cocher qui fait elaquer son fouet et sonne dans une trompe, dont les notes font parler les échos, Du haut du siége, placé près du conducteur, nous sondons à loisir les profondeurs de la forèt ensevelie dans Fobscurité de la nuit; nous suivons le vol de la chevelure des saules pleureurs courbés sur la rivière, qu'éclairent lune après l'autre les lueurs de la lanterne de notre véhicules nos veux papillotent en éxaminant les eaux ecumantes qui se précipitent avec bruit sur un lit de rochers, et quand ils se relèvent pour chercher à voir la roche du « Saut de Amoureux », ils ne perçcoivent plus que les masses des rochers géants, En somme, tous ces incidents de voyage le long du French Broad récréent le touriste, qui ne s'est jamais vu à pareille fête,
Le chemin, bien entretenu, est tracé sur le bord même du courant d'eau et bien souvent on a oublié de poser des parapets pour empêcher les accidents. Cette négligence pourrait maintes fois être fatale, car c'est à peine S'il v a passage pour deux voitures; aussi les rencontres sont-elles redoutables et redoutées, L'on voyage toujours avec Fappréhension d'un choc possible en longeant le précipice. À ces craintes d'un péril vient s'ajouter le bruit du torrent qui crépite, tantôt en résistant aux roches qui s'opposent à son passage, tantôt en se précipitant, du haut d'une pierre, dans un creux profond; et lon n'a pour horizon que les cimes taillées à pic à plus de 1,000 pieds d'élévation, au-dessus de l'endroit où lon passe.
Tout à coup la diligence boiteuse s'engouflre sous une voûte de feuillage, Au-dessus de la tête des voyageurs s: développe un vaste dais de verdure, supporté par les épaules d'un Atlas imvisible, et paraissant à chaque instant prèt à tomber au moindre effort de la tempête.
On avance ainsi, envisageant avec étonnement les formes qui s'offrent à votre vue, S'abandonnant à l'admiration bien naturelle de ces roches extraordinaires, preuves palpables de la torsion volcanique et de leflet des caux dans des äges qui ne sont pas trop éloignés, On repose enfin son esprit par l'aspect des vallées calmes ct mystérieuses, et la placidité de ‘la rivière qui s'écoule lentement vers des horizons distincts, entre deux rives bordées d'arbustes, couverts, en la saison, de baies rubescentes et fort bonnes à manger.
Dans certains endroits de ce courant d'eau, ressemblant souvent à un lac allongé, on distingue des iles vertes qui paraissent faites pour servir de retraite aux fées du pays; est du reste dans ces refuges cachés aux yeux des profanes que les Indiens Cherockees avaient placé le séjour favori des « Esprits puissants » qui protégeaient la destinée des Peaux- Rouges de leur nation.
Là, comme dans les monts Catskill, ou sur les bords du fleuve Hudson, les peintres trouveraient des sujets dignes d'inspirer leur pinceau.
Non loin des frontières du ‘Fennessee, à peu de distance des « Sources chaudes », le chemin s'étend à l'ombre des précipices rocailleux que lon appelle dans le pays « Paint Rocks», —les Roches peintes, — dont l'élévation dépasse 300 pieds. La raison de cet adjectif se rapporte à certains dessins coloriés que l'on aperçoit sur la pierre et qui sont attribués
56a L'AMERIQUE DU NORD PITTORESQUE,
aux Indiens, Dans un poème écrit par William Gilmore Simnes et intitulé : T'relica, on lit le passage suivant :
Dans la nuit brillante et sereine,
On aperçoit une sirène
Qui, se balunçant sur les eaux,
Dit au passant : « Viens! je suis belle
À mes vœux ne sois point rebelle; Nous irons là, sous les roseaux,
Causer tous les deux, » — S'il succombe, Le malheureux trouve une tombe
Au milieu de ces grands ruisseaux,
La sirène du paysage, c'est le paysage lui-même; aussi n'est-il pas extraordinaire que les « Sources chaudes » soient frequentées par de nombreux visiteurs, quand vient la belle saison, Ne trouvent-ils pas dans cette contrée un air pur et vivifiant, quelques remèdes pour les souttreteux et du plaisir pour ceux qui le cherchent, à quelque prix que ce soit?
Ces Sources chaudes sont réellement une des curiosités des États voisins de la mer Atlantique, Leurs qualités curatives sont mises à contribution pour les malades souffrant de rhumatismes et d'affections cutanées, On prétend même que ces eaux rivalisent avec celles du même genre que l'on trouve dans l'Arkansas, La température varie de 80 à 110 degrés, d'après la place occupée par les différentes ouvertures. L'analyse des docteurs médecins a démontré que ces eaux contenaient de l'acide carbonique et de l'hydrogène sulfurique, du carbonate et du sulfate de chaux, voire même de la magnésie.
Les propriétaires du terrain où jaillissent ces eaux minérales ont fait disposer des salles et des cabinets pour prendre les bains, qui sont très fréquentés. Le prix de la pension, les plaisirs de la pêche aux truites, et la chasse, telles sont les attractions de cet établissement balnéaire.
Un des points curieux à visiter du French Broad, c'est la ferme bâtie au-dessous de la barrière de péage de Buncombe et accrochée aux flancs de la montagne, dont la cime semble escalader jusqu'au ciel. A la base de cette roche titanesque coule la rivière profonde, bordée d'arbres séculaires, que la route domine,
Cette voie passagère fut construite par l'État il y a quarante ans environ. C’est par là que s'acheminent les troupeaux de bestiaux, — bœufs, moutons et pores, — quittant le pays de l’est du Tennessee pour se rendre dans la contrée au coton de la Caroline du Sud. Dans l'origine, ce chemin n'était qu'un « sentier indien ». Avant 1860, on voyait «circuler » sur ce macadam plus de 60,000 têtes de bétail, pendant la saison d'hiver, Ces animaux trainaient eux-mêmes au marché le surplus du produit de la récolte de leur maitre.
Il ne faut point s'imaginer cependant que la profession de fermier dans ces contrées intérieures soit aussi lucrative que sur d'autres zones des États-Unis. Quoique le sol passe pour être très riche en potasse et en matières organiques, — sorte de masse noire et grasse, — les difficultés sont grandes pour les travailleurs de la terre, qui doivent montrer autant de zèle que de patience dans leurs travaux.
Un habitant des basses terres se rendant, certain jour, aux Sources Chaudes demandait à l’un de ces fermiers dont nous venons de parler :
« Dites-moi, monsieur, comment parvenez-vous à planter le maïs dans vos champs?
— tien n'est plus facile, Nous chargeons nos fusils à poudre, et nous plaçons ensuite sur la matière détonante les grains de maïs, Pan! nous pressons la détente, le coup part et les grains pénètrent à travers la roche jusque dans la terre »,
Un des spectacles curieux à contempler, le long du French Broad, c'est le passage d'un de ces schooners auquel sont attelés des bœufs, aiguillonnés par leur conducteur,
On appelle « schooners » des chariots d'une fabrication grossière, primitive, à peu près pareils à ceux dont se servent les pionniers se rendant au milieu des prairies. Ces wagons viennent généralement du côté est du Tennessee et se dirigent vers la Caroline du Sud :on remarque avec une certaine curiosité l'affection naturelle qui lie les hommes à leurs animaux, le long de la route, dans le campement et dans les champs cultivés.
Nous visiterons maintenant, sans nous écarter du chemin, le Vieux-Moulin, placé sur la rivière Reems. C'est là ce qui servait de délimitation à l'époque où les « Visages-Pâles » faisaient la guerre aux Peaux-Rouges pour conquérir le pays du Grand Man-l-Fou, Ce ruisseau du Reems, qui prend sa source dans le Black Mountain, — les monts Noirs, — va se jeter dans le French Broad,
Le moulin date de loin : on aflirme qu'il fut construit à l'époque la plus reculée de la conquête du pays. La maison, — qui porte le nom de son premier maitre, — était, dans l'origine, plutôt une forteresse qu'une usine.
L'ancien gué du French Broad est situé près de l'embouchure de ce ruisseau de Reems. La tradition raconte que ce fut dans ce voisinage que Daniel Boone s'exerçait la main à massacrer des Indiens et des ours.
C'était un homme légendaire que ce pionnier du siècle passé, et son histoire est du nombre de celles qui passent à la postérité, Ce qu'il y a de certain, c'est que ce héros des guerres contre les Peaux-Rouges est constamment cité lorsqu'on parle, en Amérique, d'un trappeur qui n'avait pas « froid aux yeux », expression vulgaire en France, mais qui remplace celle employée aux États-Unis : rough and ready — « brutal et prêt à tout ».
Ce Daniel Boone était né dans le comté de Bucks, en 1738; il suivit plus tard son père, qui vint s'établir sur les bords de la rivière Yadkin, dans la Caroline du Nord. Daniel, à l'âge de dix-huit ans, épousa une jeune fille hardie et audacieuse comme lui, Rebecca Bryan, et s'occupa pendant quelque temps à défricher un terrain sur lequel il avait bâti sa ferme.
De temps à autre, le courageux pionnier partait pour la chasse dans le désert américain, qui était, à cette époque, situé de l'autre côté des montagnes Bleues et des Cumberlands. Cette vie des bois, les dangers qu'il courait par ses rencontres avec les Indiens et les bêtes féroces, ours, lynx, Coyotes, tout entrainait vers ces parages l'audacieux hunter. C'est pour satisfaire plus souvent sa passion favorite que Daniel Boone émigra, en 1769, dans le Kentucky. Il était non seulement suivi de sa famille, mais encore de cinq de ses voisins et amis, qui, entraînés par les récits de leur chef, s'en allaient vers le véritable pays de la « Toison d’or » des chasseurs, dans la contrée où la terre était à qui-voulait la prendre, où, quand on avait de l'audace, il n'y avait rien à redouter.
Tous ces Argonautes d'un nouveau genre se fixèrent sur les rivages du Red River, et, quand ils eurent achevé leur installation : « log cabin, Blockade » enceinte fortifiée, et tout ce qu'il fallait pour ne rien redouter des attaques des Peaux-Rouges, ils rayonnèrent de tous les côtés à la poursuite des ours, très abondants sur toute l'étendue de la chaîne
des Cumberlands, Dans une de ces chasses, — au dire de la légende, — Daniel Boone ayant êté poursuivi par un ours énorme qu'il avait blessé, se retourna tout à coup, le couteau en main, se jeta à son tour sur l'animal écumant de rage, le combattit corps à corps et finit par lui plonger la lame de son coutelas en pleine poitrine.
Quelques jours après ce trait d'audace, le pauvre Boone tomba dans une embuscade indienne et fut emmené prisonnier : enchainé dans un wigwam et attendant la mort qui lui était promise, il sentit pendant la nuit une main délicate détacher ses entraves, et il se trouva libre de ses mouvements, C'était une sguar à peine âgée de dix-huit ans, qui, charmée par l'allure cavalière du « visage pâle », avait resolu de l'arracher aux mains de ses frères, Boonc la pria de fuir avec lui; mais la jeune fille refusa : elle redoutait la vengeance des siens, Le trappeur retrouva sa femme et ses amis, se disposant à aller le venger : on ne comptait plus sur lui, et son retour leur fit éprouver une joie veritable, Quelque temps après cette délivrance, Boonc vit arriver deux de ses frères, qu'il emmena à la chasse et à qui il fit partager ses dangers. Ces excursions étaient réellement périlleuses, car Daniel et ses frères tombérent dans une embuscade indienne et furent emmenés captifs dans une tribu voisine du confluent de l'Ohio et du Mississipi, Mais Boonc n'était pas disposé à se laisser scalper, Pendant la nuit qui suivit son arrivée au camp des Peaux-Rouges, il s'échappa en emmenant ses fréres, et tous les trois, en chassant à travers bois, reprirent le chemin de la Red River, où ils parvinrent sans encombre.
En 1773, Daniel Boone vendit sa ferme et, toujours accompagné de sa femme, de ses frères et de plusieurs autres familles, vint s'établir hardiment dans le Kentucky. Mais cette audace était trop grande; les pionniers, traqués, poursuivis par les possesseurs aborigènes, se virent forcés de reculer. Is arrivèrent ainsi sur les rives du Clinch River, près de la frontière de la Virginie, et y restèrent quelque temps, non point dans l'oisiveté, mais défrichant et chassant, et créant une habitation agricole importante.
Daniel Boone, nommé, à cette époque, capitaine des fronticres par le gouvernement anglais, fut chargé de commander trois garnisons qu'il établit sur les bords de l'Ohio, afin de repousser les Indiens et de protéger les colons contre leurs déprédations, I fit construire un fort sur les bords du Kentucky et lui donna le nom de Boonesborough, C'est de là qu'il courait sus à toutes les tribus de Peaux-Rouges qui se montraient dans les environs.
Vers le mois de mars de 1778, Boones s'était rendu à Blue-Lick pour obtenir du sel pour son établissement, quand, au retour, il fut de nouveau capturé par les Peaux-Rouges et emmené à Détroit. La Providence, qui n'abandonnait pas notre héros, lui permit encore de garder la vie sauve. Grâce à la connaissance qu'il avait du caractère indien, il se fit bien venir de ceux qui le retenaient prisonnier et qui l'adoptèrent pour un des leurs.
Il se trouvait done ainsi libre, mais surveillé, quand ayant découvert une conspiration des Anglais qui voulaient pousser les Indiens à s'emparer de Boonesborough, il crut devoir fuir pour revenir à son établissement. I accomplit ce voyage en cinq journées; mais quelle ne fut pas la tristesse du courageux soldat, quand if trouva sa maison vide? Sa femme, ses enfants l'avaient cru mort et étaient repartis pour la Caroline du Nord, Ce désappointement n'empêcha pas Daniel Boone de rester au fort pour le défendre : il se rendit cependant afin de ne pas livrer ses soldats à un massacre inévitable, Cette reddition le fit passer devant un conseil de guerre, mais il fut acquitté.
Devenu vieux, infirme, Boone alla vivre dans le Missouri, où il mourut en 1790.