LE SAUT DES AMOUREUX, VU AU SOLEIL LEVANT
Le portrait de cet homme sans peur et sans reproche, peint par Harding, en 1820, se trouve installé à la place d'honneur dans le State House du Kentucky.
La vie et les aventures de Daniel Boone, écrites par lui-même, ont été publiées par John Felson. C'est un roman historique des plus intéressants.
Revenons maintenant au ruisseau de Reems.
A quelques milles en deçà de ce courant d'eau, on peut visiter plusieurs vallées d'une beauté unique. Sur l'un des sommets des montagnes, tout près de cet endroit, on montre certains champs de maïs placés à 3,500 pieds de hauteur, au-dessus du niveau de la mer, qui rapportent cinquante boisseaux de grains mesurés par acre.
Les luzernes et les sainfoins croissent admirablement dans ces parages. Depuis cinq ou six ans, on a installé des fabriques de fromages dont les produits rivalisent avec ceux du Nord. Des Allemands et des Américains industrieux et entreprenants sont venus utiliser la force motrice du courant du French Broad, Ils ont établi là une scierie dont le but est de fabriquer des planches de chêne, de noyer, d'érable et de châtaignier, pour en tirer des ornements destinés à l’embellissement des maisons d'habitation.
Dans un laps de temps qui n'est pas éloigné, l'on entendra dans ces parages les sifflets de la locomotive, les bruits saccadés de la machine à tisser, les éclats de la forge et les retentissements du marteau sur l’enclume, unissant leurs frémissements à celui des eaux écumantes qui changeront en quelque sorte l'aspect du paysage ou embelliront ces sites pittoresques.
Parmi les nouvelles importations dans ce pays du Sud qui démontrent la marche du progrès, il faut mettre en avant les bacs et les grandes routes. Autrefois la cabane devant laquelle était amarré le Ferry servait de rendez-vous aux habitants du voisinage qui venaient y boire du whisky de grains et y chercher les nouvelles apportées par les voyageurs. Dans cette taverne, on jouait au « seven up » — le sept victorieux — sur une pierre lisse embellie de mousse. Le propriétaire du Bar Room — le cuffee — se tenait couché sur une planche, le dos au soleil, quand il n'avait rien à faire dans sa boutique.
Une corde tendue du premier arbre venu à un autre, sur la rive opposée, un batelier nègre conduisant le bateau plat à l'aide d'une longue barre-gouvernail, tel fut le spectacle qui s'offrit à nos yeux, le jour où le hasard — sous la forme d'un guide assez cocasse — nous amena au Reems Creek. Le bac était de l’autre côté de la rivière : nous hélâmes le pilote, qui nous répondit aussitôt, et nous attendimes son retour. Il arriva enfin ; nous nous installâmes de notre mieux, nous et nos montures, et le passage commença. La corde glissait au moyen d'une poulie et nous nous laissions aller à la dérive. Nous nous demandions, à mesure que l'embarcation avançait, ce qu'il adviendrait dans le cas où le câble romprait, — Ce qui arrivait quelquefois, nous disait-on, à l'époque des inondations. — Nous courions le risque de nous noyer, ou tout au moins de prendre un bain désagréable.
Il nous faudrait un pius grand espace que celui dont nous disposons pour décrire dans ce chapitre les endroits admirables qui se trouvent à chaque pas dans les parages du French Broad : g'ottes, montagnes, chutes d’eau et curiosités naturelles que l’on peut visiter à très peu de distance les unes des autres.
L'un de ces sites remarquables est le Hickory Nut Gap, la plus vaste ouverture aboutissant à l'enceinte de la vallée du French Broad. Lorsqu'on suit la route qui s'éloigne de Charleston, dans la Caroline du Nord, on y arrive par la jolie petite ville nommée Ruther-
fordton. De là le voyageur embrasse une vue qui le ravit. La grande route et le passage des grandes eaux de Broad River sont tracés à travers d'énormes roches de granit sur une étendue de plus de 1,000 pieds, Au delà de cet endroit, dans le lointain, le touriste peut admirer les chutes charmantes de Hickory Nut Creek. Le soleil brille sur les eaux argentées du ruisseau, qui s'élance en gouttes diamantées du haut d'une roche de 350 pieds, au milieu d'un prisme d'arc-en-ciel. Un peu plus loin on va voir un pic rongé par l'érosion atmosphérique, que l'on a nommé dans la contrée le Roc Cheminée; on dirait un obélisque mal équarri. L'étendue du Gap est de ç milles, dont 5 seulement sont arrosés par les eaux du Rocky Broad River. Cette partie du vaste cañon, qui peut être appelée l'ouverture, est située à l'extrémité et n’a pas plus d’un demi-mille de large, Les rochers les plus élevés sont ceux que l'on aperçoit sur le côté du sud, et c’est à cet endroit que l'on fait remarquer aux voyageurs la forme d’une roche qui ressemble fort à celle de la tour d'un vieux castel. Toute la montagne, qui se compose de pierre granitique, est située au-dessus d'un abime : la paroi en est usée par l'action de la pluie qui l'a polie sans l'aide d'un carrier. Sur une des faces de cette montagne admirable coule un ruisseau qu'on dirait tombé du haut des cieux et qui va se perdre au milieu d'un précipice insondable,
Tout près de la base de ce gouffre, on mène le touriste devant trois cascades jaillissantes au pied desquelles sont trois puits creusés dans la roche, de 10 pieds de diamètre sur 50 ou 60 de profondeur, L'eau qui tombe dans ces trous se meut d’une façon rotatoire et quand on jette au fil de l'onde une branche ou un bâton, ils disparaissent d’abord, puis remontent au-dessus de l’eau pour s'enfoncer ensuite.
Les richesses minières dans cette région du French Broad sont très nombreuses. Du reste, il en est de mème dans toute la Caroline de l'Ouest et du Nord. Le grand Western Turnpike d’Ashville — autrement dit le Grand Chemin — passe sur une étendue de plus de 120 milles au-dessus de mines de fer, de cuivre et de plomb. On prétend même qu’on trouverai: de l’or et de l'argent, si l'on cherchait bien. Mais ce qu'il y a de plus visible, ce sont les couches de brèche multicolore qui varient, du rose foncé au rose päle, jusqu'aux couleurs les plus sombres et les plus brillantes,
Le voyageur parcourt un territoire sur lequel coulent des eaux minérales de plusieurs sortes. On lui montre des cataractes grandioses, des abimes dont la profondeur le fait frémir, des fourrés — chapparals — fréquentés seulement par les animaux carnassiers, et des forêts où le pied de l'homme ne s’est jamais posé. Mais, d'un autre côté, voici des vallées fertiles, des déclivités de collines où l'agriculture déploie ses prodiges.
Tel est ce pays étrange, riche et pittoresque, que l'on appelle le French Broad, qu'il ne faut point dédaigner quand on parcourt les États du centre de l'Union américaine.