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LA GROTTE MAMMOTH

L fut un temps où l'on ne comptait Pis sept merveilles dans le monde entier, mais à cette époqit: l'es beautés de l'Amérique étaient encore à découvrir, et l'on ignorait celles de l'Afrique et de l'Asie. S'il en cût été autrement, si la grotte du Kentucky eût été connue,

les géographes eussent indubitablement

NS hi Fc ajouté une unité de plus à l'addition des meérveiiles, Cette « cave », comme l'ont

qualifiée les Yankees, — la plus vaste du globe terrestre, placée près de la rivière Verte, sur la route de Louisville à Nashville, mesure 10 milles d'étendue, au dire de certains

visiteurs qui se sont plu à l'explorer, d'un bout à l'autre, dans tous ses méandres, Il y a sans doute quelque exagération dans ce calcul, mais ce qu'il y a de certain, c'est que, pour bien examiner les curiosités de ce souterrain, il est indispensable d'y passer deux ou trois journées,

Afin d'être exact dans notre narration, nous devons tout d'abord avouer que la grotte Mammoth n'offre pas à ses visiteurs des stalactites et des stalagmites aussi brillantes que celles d’autres souterrains du même genre, mais, nulle part au monde, on ne trouve des saillies plus élevées, des excentricités de la nature plus fantastiques.

Le chem'n de fer qui traverse le Kentucky dépose le voyageur à Cave City, un tout

petit village où l'on prend la diligence qui fait le trajet, de cet endroit à l'hôtel ou plutôt à la taverne qui s'ouvre à tout venant et qui fournit des guides aux visiteurs,

Muni d'une lampe et de quelques bougies, le touriste et ses autres compagnons d'excursion se mettent en marche à la suite d'un nègre qui prend son rôle de guide au sérieux et crie, de temps en temps, — comme le ferait le capitaine d'un régiment, — ces mots sacramentels : « Halte! Marche! », avant même d'être entré, avec ceux qui le payent, dans les profondeurs de la grotte Mammoth.

L'orifice de cette caverne — spelunca ingens — est à moitié caché par des plantes grimpantes et des mousses qui retombent sur la paroi du rocher et la porte d'entrée, Ce coup d'œil est aussi agréable que celui du mince filet d'eau qui coule le long de la roche et va remplir un bassin taillé par la main des hommes, à la base de la montagne.

Dans le vestibule de la grotte, le guide, toujours sur le ton du commandement, crie à ses voyageurs : « Allumez lampes! » et l'on obéit aussitôt... — « En avant! arche! » — ct l'on se met en route, Un fait curieux à signaler, c'est que le courant d'air semble vous pousser dans les entrailles de la montagne, où plutôt, au dire des gens du pays, c'est l'aspiration de la grotte qui « vous avale », La première impression du touriste est celle du froid, mais peu à peu le frisson disparait et l'on respire un air sec, salubre et bienfaisant.

Vous ne rencontrez d'abord sur votre chemin, pendant 1 mille de parcours, que des débris de salpètre, car le gouvernement américain, en 1808, faisait exploiter ce produit pour la fabrication de la poudre; mais tout à coup vous pénétrez dans la « Rotonde », où le guide produit une vive clarté, au moyen d'une feuille de papier imprégnée d'huile, Cette salle, haute de 75 pieds et large de 170, est placée, dit-on, au-dessous de la salle à manger de l'hôtel où l'on est descendu, près de l'entrée de la grotte, C'est là, à proprement dire, l'antichambre du Mammoth Cave, toujours au dire du cornac fourni par l'administration.

En avançant toujours sur les pas du chef de l'excursion, le long de l'avenue, l'on rencontre de temps à autre des couloirs qui, à ce que l'on nous à raconté, s'étendent sous terre, où plutôt « sous roche », à environ 100 milles de profondeur,

A mesure que l'on marche, on se demande ce que l'on deviendrait dans ce labyrinthe américain si les lumières venaient à s'éteindre : mais il n'y a rien à craindre, Le guide s'est pourvu de nombreuses boites d'allumettes et il assure ses clients qu'il n'y a pas un coin de la grotte qu'il ne connaisse à fond, de telle sorte que si l'on s'égarait, il vous retrouverait à coup sûr, À mesure que la petite caravane se glisse dans les « rues » de la grotte Mammoth, on peut se figurer sans trop d'imagination que l'on a devant soi des gnomes ou des fantômes, car le bruit des pas est amorti par le sable fin sur lequel posent vos pieds et ceux de vos compagnons,

De temps à autre, une chauve-souris vient frôler la lampe que vous tenez dans la main; c'est encore une terreur qui n'était pas inscrite sur le programme, On pénètre enfin dans une salle que l'on appelle « la chambre des chauves-souris », Tout est expliqué : ces vampires minuscules tapissent les parois de la pierre; il y a là des milliers de ces bats, dont quelques-unes daignent voltiger et frôler vos têtes, pour faire acte de présence et vous donner leur certificat de vie, Ces « noctilions », quelques lézards, certains grillons de mœurs très bizarres, et enfin des poissons sans yeux, sont les seuls animaux que l'on rencontre dans les grottes Mammoth.

Le premier point que l'on visite, après avoir laissé la Rotonde, se nomme la Cha-

LA GROTTE MAMMOTH, 579 pelle, vaste salle assez basse de plafond, qu'il serait bien plus convenable d'appeler la Crypte, Des piliers ornés de satuettes s'élèvent de tous les côtés et on vous montre une concrétion de pierre ressemblant fort à un autel saupoudré de toute sorte de micas brillants, qui, éclairés par la lampe, produisent un effet merveilleux, A quelques pas plus loin, vous passez dans la « Chambre nuptiale », Le guide vous raconte qu'en cet endroit avait eu lieu le mariage d'une jeune Américaine qui, ayant fait à sa mère — au moment où celle-ci allait mourir — le serment de ne jamais prendre de mari sur la terre, éluda sa promesse en venant s'unir sous la montagne à celui qu'elle aimait, Ce même cicérone vous apprend que les stalactites mettent cinquante ans à acquérir l'épaisseur d'une feuille de papier; et sur cette assertion, prononcée avec l'aplomb imperturbable d'un savant, le brave homme, reprenant sa voix de commandement, vous ordonne de le suivre,

Les souterrains mystérieux de la grotte Mammoth contiennent des rivières et des lacs. A un certain point de la promenade, vous montez dans un bateau que le nègre guide lui-même, au moyen de rames, sur une « mer tranquille » au-dessus de laquelle lu voûte constellée est supporté par des piliers brillants dont la lumière fait plus encore ressortir l'éclat, Du reste, il est impossible de se rappeler toutes les formes fantastiques que l'on a eues sous les yeux dans cette pérègrination souterraine, C'est dans ce lac — que l'on appelle la mer Morte — que l'on pêche les goujons que la nature s'est complu à créer aveugles. Ce sont là, du reste, des organes inutiles à des animaux qui vivent dans l'obscurité, La curiosité que l'on montre ensuite au touriste est celle d'un rocher ayant la forme d'un tombeau, lequel est placé au centre d'une vaste salle ressemblant à la moitié d'un vaste melon, Cette « tombe » est celle des « Géants »; c'est là que le guide exhibe un de ses tours familiers, celui de l'ombre chinoise qui atteint une taille formidable, On dirait une énorme araignée cherchant à dévorer des fourmis. .

Voici un peu plus loin la « Chambre étoilée », à la voûte étincelante de ...micas, et le « dôme Shelby », dont la grandeur est réellement imposante.

Les murailles, en effet, se perdent dans l'obscurité, au-dessus de la tête des visiteurs : çà et là des pierres se projettent hors de la paroi lisse et brillante et enfin, vous apercevez un gouffre immense, entouré d'un garde-fou, — de peur d'accident, — que l'on appelle « le Puits sans fond », quoique l'on ait mesuré sa profondeur, qui est de 175 picds.

C'est non loin de là que l'on traverse le pont des Soupirs, construction de bois aboutissant à un autre gouffre que le guide appelle Side saddle pit, — le Trou de la selle de côté, — une selle de femme. Ces deux « points de vue », éclairés d'une façon fantastique par le nègre conducteur, offrent un coup d'œil des plus curieux.

Enfin on arrive devant l'Angle aigu, — Acute Angle, — où se trouve le monument de Mac Pherson, amas de pierres assez rustique, qui fut bâti en ce lieu par les officiers d'état-major qui ont survécu à cet illustre général. Enfin l’on revoit la lumière. Nous sommes revenus au point de départ : il faut avoir risqué pareille aventure pour comprendre le bonheur que l'on éprouve à sc retrouver en présence du soleil.

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