‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 15 sur 211 · IA | || AN. A · texte numérisé non relu

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LA

intriguer quelque peu; mais, à un moment donné, les masques tombent, et c'est alors que les danses commencent.

Les grands journaux des Etats-Unis ont envoyé à Newport des «reporters» — la fleur des pois de leur rédaction — pour rendre compte de cette fête de l'élégance, et chacun d'eux s'ingénie à décrire, le plus exactement possible, le costume de tous ceux qui ont été présents à la fête, Il leur serait impossible d'accomplir ce miracle complet et très exact, s'ils n'étaient aidés dans leur tâche par les figurants, lesquels apportent eux-mêmes aux reporters leurs cartes de visite, avec noms et prénoms, et la description des oripeaux dont il se sont couverts. Il n'y a plus qu'à classer le tout et à expédier ce compte rendu au rédacteur en chef de la feuille que lon représente à Newport.

Les journaux qui contiennent le récit de la fête se vendent à des millions d'exemplaires.

Un fait assez curieux à noter, c'est que c'est à Newport et à Saratoga — dont nous parlerons plus loin — que se négocient la plupart des mariages dans tout le nord des États- Unis. La grande agglomération de citoyens et de citoyennes de tous les rangs de la société qui se trouve réunie dans ces caravansérails ouverts à toutes les bourses facilite les relations, ouvre des portes aux présentations entre ceux-ci et ceux-là, si bien qu'au bout d'une semaine, chacun se connait et s'apprécie à sa juste valeur. La jeune fille qui cherche un « compagnon pour la vie» a appris le chiffre exact, ou tout au moins probable, de la fortune de tel ou tel gentleman qui lui a plu la veille au bal, au concert, où à la promenade sur le bord de la mer, ou vers les routes intérieures de l'ile; quant au jeune homme ou au vicillard, — quærens quem deroret, -- il s'est informé des « espérances » et de la parenté de la fille qui a charmé ses veux. Reste à savoir maintenant ce que vaut le caractère intime des deux aspirants au mariage. Pour arriver à ce but, les mœurs américaines ont donné toute facilité aux personnes des deux sexes.

Nous n'apprendrons rien à personne en disant ici que les jeunes misses américaines jouissent de toute la liberté possible; qu'il leur est loisible de se promener avec tout gentleman qui leur à été présenté, avec lequel elles vont au spectacle, dans les bals, à la promenade, sans que personne trouve cela shocking. Dès lors, à Newport — comme ailleurs — les jolies demoiselles de toutes les villes de l'Union, rassemblées en ce lieu, usent-elles de leurs droits. On les rencontre partout côte à côte avec un patito, le coude contre le coude — car on ne peut pas se donner le bras, à moins d'être fiancés — errant à l'aventure et causant de toute autre chose. que de politique. Après les temps d'épreuve, si le couple se convient, on échange des serments mutuels et dès ce moment-là l'homme est rivé, comme ie galérien à sa chaine. Il ne peut plus se dédire, à moins de s'exposer à trouver sur son chemin un frère, un cousin, mème un neveu, qui prendra la défense de miss. Sarah où Ophelia, et demandera raison à l'insolent qui aurait compromis celle-ci et refuserait de lui rendre... l'honneur.

Un exemple suffira pour résumer toutes ces savantes plaisanteries d'une jeune miss à la recherche d'un mari.

Certaine après-midi — un dimanche de 1845 — nous nous trouvions assis « dévotement » sur les marches de l'hôtel de Newport, devisant avec un de nos amis sur ceci et sur cela, sans oublier maint autre sujet; nous regardions passer devant nous — en aspirant la fumée d'un exquis ruelta-abajo — les « misses » et leurs familles qui revenaient

NEWPORT ET PROVIDENCE, 55 du prèche, lorsque tout à coup un jeune beau de l'hôtel vint se planter, à trois fauteuils des nôtres, devant un monsieur qui fumait comme nous, en se livrant aux mêmes plaisirs dominicaux,

« Monsieur, je suis le frère de miss Ada.

— Qu'est-ce que cela me fait! Je ne connais ni miss Ada ni vous.

— Pas de faux-fuyants.

— Je vous prie de me laisser tranquille,

-— Vous avez compromis ma sœur et vous l'épouserez, »

Le monsieur ainsi interpellé ne répondit rien et l'autre continua de la sorte :

« Vous avez tort, je vous en préviens, de faire la sourde oreille à des propositions jusqu'ici amicales; car si vous refusez de vous rendre à ma juste demande, il pourrait vous en coûter cher, Voulez-vous, oui où non, épouser miss Ada, ma sœur?

— Eh bien, non! répliqua le second jeune homme.

— Je ne vous adresserat plus qu'une seule fois ma question: Voulez-vous....,?

— Non! non! non!

Sans ajouter un mot de plus, le premier interlocuteur avait immédiatement tiré un révolver de sa poche ct, ne S'occupant point des voisins de celui qu'il venait traiter de Ture à More, 1l fit feu cinq fois et atteignit enfin en pleine poitrine cet homme:qui, quelques minutes auparavant, était plein de vie. M. X... était mort.

Nous allions, mon ami et moi, nous jeter sur l'assassin et nous emparer de sa personne pour la livrer aux policemen; on nous empècha d'en rien faire.

Le frère de miss Ada se dirigea lentement, au milieu de la foule qui l'escortait, vers la maison du «Chief of Justice », à qui il raconta ce qui s'était passé. Celui-ci demanda une caution et laissa en liberté le jeune vengeur de l'honneur de sa famille jusqu'au jour du jugement.

M... se présenta devant le tribunal, plaida lui-même sa cause et fut condamné à... six cents d'amende pour la forme.

Ce qui prouve qu'en Amérique il ne faut pas se « frotter » au coude des demoiselles. de peur de S'y «piquer ».

Revenons à nos champs, car les idylles valent mieux que les drames.

En l'an 1635, la Compagnie de Massachusetts’ Bay crut nécessaire de bannir hors de son territoire le gouverneur de Salem, Roger William, dont la manière de voir relative aux règlements de l'Eglise, à la liberté de conscience et à celle de la religion était considérée comme dangereuse et peu orthodoxe. L'exilé alla s'établir aux confins des plaines du Secckonk, où il se Tia d'amitié avec les Indiens possesseurs de ce territoire, et dont il demeura le protecteur et Füllié jusqu'à la fin de sa vie, Pendant l'été qui suivit son arrivée à Secckonk, Roger William et quelques amis de sa maison traversérent la rivière dans un canot et abordèrent à l'endroit nommé State Rock, à la frontière est de Providence.

La tribu des Naragansett était à cette époque la plus nombreuse et la plus puissante de toutes celles de la Nouvelle-Angleterre, et quand le nouveau venu, dont les Peaux- Rouges surveillaient l'approche du sommet de leurs vertes montagnes, aborda sur la plage, ils s'écrièrent, pour lui faire fête : What cheer! expression qui s'est conservée dans le Rhode Island et que l'on voit inscrite sur les vignettes des billets de banque, sur le

fronton des édifices publics et sur les chartes de plusieurs institutions et sociétés savantes.

machines pour chemins

de fer, des armuriers,

des

William et quelques camarades s'ingénicrent aussitôt a élever une habitation à un mille de distance de l'endroit où avait eu lieu le débarquement. Peu à peu se groupérent autour de ces pionniers de la civilisation des gens qui voulaient également jouir de leur liberté de conscience et de leur libre arbitre, sans courir le risque d'étre tourmentés ct censures, Pendant un siècle, peu d'entre ces nouveaux venus furent des gens riches, çar ils étaient de simples ouvriers et avaient une nombreuse famile à supporter, C'est pour cela que Îles monuments publics dont les vestiges restent encore debout n'étaient point bâtis avec des matériaux durables: leur architecture était plus que primitive, On montre méme une sorte de construcion bizarre de ce temps-là, le « OÙ Homestead », qui est tout simplement un amalgame de planches et de torchis branlant et ouvert à tous les vents,

Quoi qu'il en fût, Providence est, de nos jours, la seconde ville de la Nouvelle- Angleterre. elle comptait dans son enceinte, en 187$, quatrevingt mille habitants. Elle passe pour très florissante, grâce à la richesse des propriétaires, des industriels et des commercants qui y sont Ctablis, On y trouve des manufactures de cotonnades et de draperies, des

fonderies et des fabriques de

quiucailliers, des maisons célèbres,

EN fr 2e | WESTMINSTER STEC

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